Deux mois après avoir été élu président de Groen, Aimen Horch se trouve confronté à une mission difficile. Le parti doit se ressaisir après un résultat électoral décevant et une période de tensions internes. Horch souhaite pour cela adopter un ton différent. Lors de sa campagne à la présidence, un message était au cœur de son discours : organiser l’espoir.
Dans un entretien avec Business AM, il revient sur l’avenir de Groen, aborde la politique climatique, le budget fédéral, la défense, la migration et l’IA, et s’exprime ouvertement sur le gouvernement De Wever. Les choix de la coalition « Arizona » font notamment l’objet de vives critiques.
« Nous avons redonné de l’enthousiasme »
Horch se dit satisfait de son élection à la présidence du parti. Selon lui, sa campagne a insufflé une nouvelle dynamique au sein de Groen.
« Je suis devenu président grâce à une campagne centrée sur l’idée d’organiser l’espoir. Cela a trouvé un large écho au sein du parti : on sentait vraiment qu’avec cette campagne, nous redonnions de l’enthousiasme aux gens. »
Il souligne qu’un nombre record de membres a participé à l’élection du président et que le résultat a été décidé dès le premier tour de scrutin.
« Cela a créé une dynamique très positive au sein du parti, que nous diffusons désormais dans toute la Flandre. »
Les jeunes restent une voix importante
Bien qu’Horch soit souvent décrit comme un ancien jeune militant pour le climat, il nuance lui-même cette image.
« J’ai désormais trente ans, je ne suis donc plus vraiment un jeune militant pour le climat », dit-il en souriant.
Il continue néanmoins à se sentir étroitement lié au mouvement pour le climat.
« Je serai toujours à l’écoute des jeunes militants pour le climat, mais cela vaut tout autant pour les autres personnes qui ont des préoccupations sincères, qu’elles se qualifient d’activistes ou de citoyens engagés. Je les écouterai et j’en tiendrai compte dans mon action politique. »
Selon Horch, il n’y a pas de politique sans action citoyenne.
« Qu’il s’agisse d’une marche pour le climat, de citoyens qui organisent ensemble une « rue climatique » ou d’une entreprise ou d’un entrepreneur qui investit dans l’innovation verte : ce sont ces personnes qui ouvrent la voie et nous montrent l’exemple. »
La politique climatique du gouvernement fédéral est pratiquement au point mort : « Ces personnes ont aujourd’hui le sentiment que la politique climatique du gouvernement de l’Arizona est pratiquement inexistante. Nous faisons entendre leur voix au Parlement. »
Le climat ne disparaît pas
Selon Horch, le fait que le climat obtienne souvent des scores plus faibles dans les sondages qu’il y a quelques années ne signifie pas que le sujet ait perdu de son importance aux yeux de la population.
« L’intérêt pour le climat évolue toujours par vagues. »
Il fait ici référence aux conflits internationaux qui dominent actuellement l’actualité.
« Si ce sondage n’avait pas été réalisé pendant qu’Israël et les États-Unis menaient leur attaque contre l’Iran, mais plutôt au moment d’une forte vague de chaleur ou lors de nouvelles inondations meurtrières, le climat aurait certainement obtenu un score plus élevé. »
Au sein de Groen, il voit également un rôle durable pour les jeunes.
« Cette génération s’intéresse à la politique, s’engage et exige que sa voix soit entendue. Chez Groen, les jeunes progressistes trouvent leur place. »
Selon Horch, une combinaison d’expérience et de nouveaux talents est essentielle pour maintenir la vitalité d’un parti. « La composition de l’équipe politique, y compris à l’avenir, est donc sans aucun doute une question qui me tient à cœur. Je suis président depuis environ deux mois et ce genre de choses demande bien sûr un certain temps, mais d’ici les prochaines élections, vous verrez certainement le résultat de cet effort. »
« Aujourd’hui, les gens ont besoin de sécurité »
Lorsque la conversation s’oriente vers la défaite électorale de Groen, Horch souligne que de nombreux citoyens recherchent avant tout de la sécurité aujourd’hui.
« Un professeur devant sa classe, de l’eau potable au robinet, un bus qui arrive à l’heure : ce sont des choses très élémentaires sur lesquelles on pouvait compter autrefois, mais qui ne vont plus de soi aujourd’hui. »
« On ne cesse de répéter aux gens que tout va mal et qu’il n’y a pas d’alternatives. C’est n’importe quoi. »
« Quand la N-VA affirme que la seule façon de redresser le budget est de sabrer massivement dans les retraites, les allocations et les salaires, ou qu’il est impossible d’organiser des transports publics dignes de ce nom, je me dis : où est l’ambition ? »
Avec Groen, Horch veut apporter de l’espoir, proposer à nouveau un discours dans lequel les gens croient que les pouvoirs publics peuvent faire plus que simplement réaliser des économies : « Les gens montrent qu’ils peuvent bel et bien demander à leurs gouvernements de placer la barre plus haut, de faire des choix plus justes. Pas à pas, voix après voix, nous allons convaincre les gens de cela. »
« Je suis Aimen »
Horch ne souhaite pas trop s’exprimer sur les comparaisons avec ses prédécesseurs.
Bart Dhondt et Jérémie Vaneeckhout ont régulièrement été critiqués pour leur trop grande prudence, tandis que Nadia Naji était considérée par certains comme trop provocatrice.
Horch reste simple.
« Je peux y répondre très simplement : je suis Aimen et je vais surtout rester moi-même. »
« Un beau cadeau pour Engie »
La prolongation prévue de la durée de vie des centrales nucléaires ne suscite guère d’enthousiasme chez le nouveau président du parti Groen.
Pour Horch, il manque pour l’instant une justification économique convaincante.
« Lorsque des décisions de cette ampleur sont prises, il est important pour moi que l’analyse de rentabilité soit solide. Je ne l’ai pas encore vue. Pour l’instant, j’ai surtout beaucoup de questions. »
Selon Horch, une éventuelle nationalisation ne résoudrait d’ailleurs pas automatiquement les problèmes sous-jacents.
« Ce n’est pas parce qu’on nationalise ces centrales nucléaires qu’elles deviennent soudainement neuves et modernes, ni qu’il y a tout à coup une abondance d’énergie bon marché. »
« Dans ce pays, on n’a pas d’argent pour quoi que ce soit. Les gens doivent travailler de plus en plus dur, de manière plus flexible et plus longtemps. Mais pour racheter des centrales nucléaires vétustes, là, on trouve bien de l’argent. »
Selon lui, cette opération risque surtout de profiter à Engie.
« Cela me semble avant tout être un cadeau de taille pour Engie. Ils ont tiré des bénéfices de ces réacteurs nucléaires pendant des années et, au moment où plus personne ne veut les racheter et où ils sont prêts à être démantelés, le gouvernement de l’Arizona propose de les racheter. »
« Une mesure d’austérité sévère qui touche la classe moyenne »
Horch réagit également vivement à l’introduction de l’indice des centimes.
« L’indice des centimes est vraiment une mesure d’austérité sévère qui touche la classe moyenne. »
Selon lui, ce ne sont pas seulement les revenus les plus élevés qui sont touchés.
« Si vous gagnez 4 000 euros bruts ou si vous percevez une retraite de 2 000 euros, vous êtes déjà concerné par cette mesure. Ce ne sont pas vraiment des gros salaires. »
Pour Horch, cette mesure s’inscrit dans une tendance plus large où le gouvernement fédéral fait porter la charge financière aux salariés et aux retraités.
« Cette mesure illustre parfaitement la manière dont les partis de l’Arizona font systématiquement porter le poids des efforts budgétaires sur les citoyens ordinaires. »
Budget : « Les efforts doivent être répartis équitablement »
Horch ne conteste pas la nécessité de s’attaquer au déficit budgétaire.
« Le déficit budgétaire est un problème grave. »
Mais selon lui, cela se fait aujourd’hui de manière déséquilibrée.
« D’ailleurs, c’est écrit noir sur blanc dans l’accord de gouvernement : les deux tiers des efforts de chaque cycle d’économies seront répercutés sur les retraites et le marché du travail. Cela ne peut vraiment pas continuer ainsi. »
Horch plaide en faveur de la suppression progressive des exonérations fiscales et des régimes préférentiels.
« Actuellement, 9 milliards de recettes s’envolent chaque année par les fenêtres et les portes, car trop d’avantages fiscaux et d’exonérations sont accordés en matière d’impôts et de sécurité sociale. »
Par ailleurs, Groen continue de plaider en faveur d’un impôt sur les millionnaires.
Selon lui, les subventions aux entreprises méritent également une évaluation approfondie.
« Cela représente un montant de 25 milliards d’euros, soit 4 % du PIB. La Banque nationale elle-même indique que ce montant comprend également des subventions inutiles. Il est absolument indispensable de les passer au crible de manière approfondie. »
« Un tête brûlée à la tête du ministère de la Défense n’est jamais une bonne idée »
Horch a des sentiments mitigés quant à l’augmentation des dépenses de défense.
Il reconnaît que des investissements supplémentaires étaient nécessaires, mais estime que l’équilibre avec la diplomatie et la coopération au développement a été rompu.
« Partout, on procède à des coupes budgétaires drastiques, mais le ministre Francken peut dépenser des milliards à sa guise. Rien que cette année, il est autorisé à dépenser 11 milliards d’euros. »
Selon Horch, la Belgique et d’autres pays européens risquent en outre de prendre trop de décisions au niveau national, alors qu’une coopération au niveau européen est indispensable.
« Cela n’a absolument aucun sens que l’Europe se dote de 27 armées distinctes. »
Selon Horch, il est crucial de coopérer au niveau européen tout en gardant la tête froide.
« Mais ce n’est pas vraiment ce que fait Francken. »
Il cite comme exemple la polémique survenue il y a quelques mois : « Francken diffuse anonymement des images d’un soi-disant drone survolant l’aéroport, qui s’est avéré par la suite être un hélicoptère de police, dans le but de dépenser des millions le plus rapidement possible. »
« Un tête brûlée comme Francken à un poste comme celui de ministre de la Défense, ce n’est jamais une bonne idée. »
« Mesure d’économie après mesure d’économie, ce sont les gens ordinaires qui sont mis à contribution »
Selon Horch, le gouvernement De Wever manque surtout de soutien social, car, selon lui, les charges ne sont pas réparties équitablement.
« Le Premier ministre De Wever oublie un principe très important. Les gens sont tout à fait disposés à apporter leur contribution si nécessaire, à condition que les efforts soient répartis équitablement. »
Mais ce n’est pas le cas, selon Horch.
« Vague d’austérité après vague d’austérité, ce sont les citoyens ordinaires qui sont mis à contribution. Il est donc normal qu’il n’y ait pas de soutien. »
Le gouvernement De Wever ne tient pas compte des conséquences de ses mesures d’austérité, affirme-t-il.
« Pensez simplement au ministre Jambon. Il met en œuvre une réforme des pensions totalement injuste qui touchera de manière disproportionnée les femmes, puis déclare sans ciller que celles-ci sauront s’adapter. »
Selon le président de Groen, cette attitude n’a fait qu’attiser davantage la contestation.
Talibans : « La Belgique doit rester bien à l’écart de tout cela »
Les projets de la Commission européenne visant à discuter avec les talibans d’accords de réadmission ne rencontrent guère de compréhension au sein du parti Groen. Horch met en garde contre le risque que l’Europe normalise ainsi un régime qui continue de violer les droits humains fondamentaux.
À cet égard, Horch fait également référence à la ministre Anneleen Van Bossuyt.
« Apparemment, tout cela ne pose aucun problème à la ministre Van Bossuyt. Mieux encore, elle invite les talibans à la table des négociations européennes. »
Bien qu’il reconnaisse que des accords de rapatriement puissent s’avérer nécessaires, Horch affirme que négocier est une question de concessions mutuelles.
« Que compte donc offrir la ministre Van Bossuyt aux talibans pour conclure un tel accord ? »
Groen estime que la Belgique et l’Europe doivent se tenir à l’écart de telles négociations.
L’IA offre des opportunités, mais une réglementation claire s’impose
En ce qui concerne l’IA, Horch se décrit comme un passionné de technologie qui suit de près les évolutions dans ce domaine.
« Je suis un peu un geek et je suis ces évolutions technologiques avec beaucoup d’attention et d’intérêt. »
Selon lui, l’IA offre d’énormes possibilités, mais une réglementation claire est indispensable.
« L’IA peut être bonne ou mauvaise et, pour moi, elle met surtout en évidence le besoin urgent d’une réglementation. »
Il cite les applications médicales comme exemple d’innovation positive.
« L’IA qui détecte les taches cutanées liées au cancer de la peau, c’est génial, car elle le fait désormais mieux qu’un être humain. »
Dans le même temps, Groen met également en garde contre les abus : « À l’inverse, il y a aussi l’IA de Musk, Grok, susceptible de générer des contenus problématiques, notamment liés à des abus sur mineurs : c’est inacceptable. Nous devons l’interdire, et Groen a d’ailleurs déjà déposé une proposition de loi concrète à cet effet. »
Par ailleurs, le président de Groen estime que les avantages économiques de l’IA doivent être répartis plus largement.
« Les bénéfices considérables générés par l’IA ne doivent pas simplement revenir aux actionnaires, mais doivent également profiter aux salariés. »
Horch conclut que la technologie doit, en fin de compte, soutenir les personnes plutôt que de les remplacer. « Exiger une contribution équitable de la part des grandes entreprises technologiques constitue un premier pas dans cette direction. »
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