Principaux renseignements
- Les Russes utilisent plusieurs appareils et VPN pour contourner les restrictions numériques strictes imposées par l’État.
- La crainte de la surveillance pousse même les partisans du gouvernement à désactiver leur matériel et à dissimuler leurs activités.
- Face aux nombreuses critiques, le Kremlin s’est récemment montré un peu plus souple en matière de réglementation relative aux restrictions sur Internet.
Pour contourner les restrictions numériques de plus en plus strictes imposées par Vladimir Poutine, de nombreux Russes ont adopté des habitudes techniques complexes, comme alterner entre plusieurs smartphones et divers réseaux privés virtuels (VPN).
Une collaboratrice du Japan Times, Irina, illustre bien cette situation. Elle utilise un VPN pour accéder à des plateformes bloquées comme WhatsApp, mais le désactive lorsqu’elle accède à des services nationaux tels que les Chemins de fer russes, qui interdisent l’utilisation de tels outils. Pour éviter la surveillance de l’État, elle utilise un appareil distinct pour l’application MAX, approuvée par le gouvernement, ce qui reflète un désir largement répandu d’isoler les logiciels surveillés par l’État de la communication personnelle.
Souveraineté numérique
Cette campagne agressive en faveur de la « souveraineté numérique » a entraîné des perturbations importantes dans le commerce électronique, les transports et le secteur bancaire. Ces obstacles techniques, combinés à des pressions économiques telles que l’inflation et la lassitude face à la guerre, auraient contribué à la baisse de la cote de popularité du président Poutine, qui est passée de plus de 75 pour cent en février à environ 66 pour cent en avril, selon les données du VTsIOM.
Alors que le Kremlin affirme que ces contrôles sont essentiels dans le cadre de son affrontement avec l’Occident, certains critiques et entreprises technologiques mettent en garde contre le fait que des applications soutenues par l’État, telles que MAX, pourraient être utilisées pour surveiller les citoyens.
L’essor de l’adoption des VPN
La demande en VPN a explosé ; les données de Digital Budget indiquent que les téléchargements des cinq principaux services ont été multipliés par quatorze en mars par rapport à l’année précédente. Sarkis Darbinyan, un militant qualifié d’« agent étranger » par Moscou, note que ce niveau d’adoption est sans précédent.
Malgré la répression, l’utilisation des VPN est passée de 23 pour cent en 2022 à 36 pour cent cette année, selon le Centre Levada. Cependant, le gouvernement s’est lancé dans un jeu du « chat et de la souris », bloquant des centaines de fournisseurs de VPN et ordonnant aux banques et aux commerçants de refuser l’accès aux utilisateurs disposant d’un VPN actif.
Craintes de surveillance parmi l’élite
Les restrictions numériques ont même touché les partisans du gouvernement et les fonctionnaires. Des sources suggèrent que certains responsables possèdent plusieurs téléphones et vont jusqu’à retirer physiquement les caméras et les microphones des appareils sur lesquels tournent des applications d’État pour échapper à la surveillance du FSB. Même des personnalités de haut rang, comme l’envoyé Kirill Dmitriev, utilisent ouvertement des VPN pour accéder à des plateformes telles que X. Les perturbations ont atteint leur paroxysme en mars avec une panne massive à Moscou, qui aurait contrarié les efforts du parti au pouvoir pour mobiliser les électeurs.
En dehors des villes, le FSB a périodiquement coupé l’accès à l’Internet mobile dans diverses régions, invoquant la nécessité d’empêcher les drones ukrainiens de naviguer. Ces coupures ont contraint les livreurs à recourir à des réseaux Wi-Fi tiers et ont entraîné une forte hausse des ventes de cartes papier. Si certains citoyens se sont simplement adaptés ou ont accepté ces options limitées, d’autres restent profondément frustrés.
Concessions du Kremlin
Conscient de l’irritation du public et du risque pour les services essentiels, Poutine a récemment conseillé au gouvernement d’éviter de trop recourir aux interdictions. Cela a conduit au report d’un projet visant à facturer des frais supplémentaires en cas d’utilisation intensive de données à l’étranger. Malgré ces légères concessions, des citoyens comme Irina restent sceptiques, estimant que ces restrictions « temporaires » risquent de devenir des éléments permanents de la vie russe. (fc)
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