Les actions des entreprises européennes du secteur de la défense sont sous pression cette année en raison des inquiétudes croissantes concernant leur financement


Principaux renseignements

  • Les actions du secteur de la défense européen s’effondrent, les investisseurs doutant de la viabilité financière des dépenses publiques.
  • L’instabilité politique et le non-respect des engagements budgétaires érodent la confiance dans les contrats militaires à long terme.
  • La guerre moderne fait évoluer la demande des investisseurs, qui délaissent le matériel traditionnel au profit des drones de haute technologie et de l’IA.

La récente flambée des valeurs militaires européennes s’est transformée en baisse, les investisseurs s’inquiétant de la viabilité financière des objectifs d’armement du continent. L’indice Stoxx Europe Targeted Defence a chuté de plus de 15 pour cent par rapport à son pic de janvier, effaçant des milliards de valeur boursière pour des acteurs majeurs tels que Thales, Leonardo, Rolls-Royce, BAE Systems et Rheinmetall. Ce ralentissement fait suite à une période de croissance extraordinaire déclenchée par l’invasion de l’Ukraine en 2022, au cours de laquelle le secteur a enregistré des gains annuels supérieurs à 40 pour cent et a presque doublé d’ici 2025 grâce à des objectifs de dépenses ambitieux et à des initiatives allemandes en matière d’infrastructures.

Inquiétudes concernant les dépenses publiques

Le principal facteur de ce revirement est un changement d’orientation, l’accent étant désormais mis non plus sur l’ampleur des dépenses, mais sur les méthodes de financement. Les coûts d’emprunt mondiaux ont grimpé en flèche à la suite du conflit entre l’Iran et la coalition américano-israélienne, suscitant des craintes inflationnistes et la perspective de hausses des taux d’intérêt.

Parallèlement, les pays européens peinent à soutenir leurs citoyens et leurs entreprises accablés par des coûts énergétiques élevés, ce qui crée d’importantes tensions budgétaires. En conséquence, les analystes de marché, notamment ceux de Barclays, s’interrogent sur la viabilité d’un boom financé par la dette publique dans un contexte de déficits budgétaires croissants.

Instabilité politique et promesses non tenues

L’instabilité politique et le non-respect des engagements alimentent encore davantage ce pessimisme. La démission du ministre britannique de la Défense en raison d’une allocation insuffisante des ressources et la décision de l’Allemagne d’abandonner un projet commun d’avion de combat avec la France signalent un décalage entre le discours politique et les dépenses réelles. De plus, l’incapacité probable de la République tchèque à respecter le seuil de 2 pour cent du PIB fixé par l’OTAN pour les dépenses de défense suggère que les promesses pourraient ne pas se concrétiser en contrats réels. Ce manque de preuves tangibles a conduit les investisseurs institutionnels, comme le note State Street, à réduire leurs positions dans le secteur.

Bénéfices stagnants

Les performances financières n’ont pas non plus répondu aux prévisions optimistes. Morgan Stanley a récemment revu à la baisse ses perspectives sur le secteur, les qualifiant désormais de « neutres », invoquant un manque de catalyseurs et une stagnation des révisions de bénéfices.

Les stratèges de Nuveen soulignent que la transition entre la réception des commandes et la génération de bénéfices réels prend plus de temps que prévu par le marché. Cela est évident au vu des revenus médiocres du premier trimestre 2026 pour Airbus, Thales et Rheinmetall. De plus, la rentabilité explosive des actions liées à l’IA a rendu la croissance plus lente des entreprises de défense traditionnelles moins attrayante pour les investisseurs.

L’évolution vers une guerre de haute technologie

La nature de la guerre évolue également, détournant l’intérêt des investisseurs du matériel de « l’ancienne économie », comme les chars, vers des solutions de haute technologie. Les conflits au Moyen-Orient ont mis en évidence le rôle crucial des missiles et des drones, entraînant un recentrage vers les entreprises de défense axées sur la technologie.

Cette tendance se reflète dans la hausse des cours boursiers de MilDef, spécialiste suédois des technologies de l’information militaires, et de Parrot, fabricant français de drones. En conséquence, les analystes suggèrent que l’ère des gains faciles pour les entrepreneurs européens traditionnels du secteur de la défense est révolue, le marché privilégiant désormais la modernisation plutôt que l’armement conventionnel.

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