Le commandant de l’OTAN, Vandier, met en garde contre la faiblesse de la défense européenne


Principaux renseignements

  • L’OTAN doit de toute urgence renforcer les capacités de défense européennes afin de dissuader l’agression russe et de faire face efficacement à l’évolution de la nature de la guerre.
  • Pour faire face aux menaces modernes, l’Europe doit adopter des solutions innovantes qui vont au-delà de la défense aérienne traditionnelle et accordent la priorité à la rapidité.
  • Face à la capacité d’adaptation et à l’ingéniosité de l’Ukraine, l’OTAN doit encourager l’innovation et le développement rapide afin de garantir sa supériorité militaire à l’avenir.

Le conflit en cours en Ukraine est en train de redéfinir la guerre, exigeant des adaptations rapides de la part des armées occidentales qui sont actuellement mal préparées à ce nouveau paradigme. L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême de la transformation de l’OTAN, souligne le besoin urgent de renforcer les capacités de défense de l’Europe, le 25 mars, lors du Paris Defense & Strategy Forum. L’écart entre les capacités de défense souhaitées et réelles sape la dissuasion, risquant d’encourager l’agression russe si Moscou perçoit une faiblesse de l’Europe ou de l’OTAN.

Vandier souligne la nécessité d’une « augmentation spectaculaire » de la crédibilité de la dissuasion pour la sécurité de l’Europe au cours de la prochaine décennie. La guerre en Ukraine a déclenché une course technologique, les deux camps innovant pour surmonter leurs limites. Il en résulte un conflit sans précédent pour l’OTAN, caractérisé par l’utilisation massive de drones, une guerre électronique omniprésente, une surveillance constante et des systèmes sans pilote ciblant les chars et les navires de guerre.

Défis

Vandier décrit cette période comme une « ère de chocs », où l’innovation et l’adaptation rapides sont cruciales. Il met en garde contre le fait que l’Europe reste enlisée dans un mode de gestion de crise, malgré les signaux clairs provenant d’Ukraine et du Moyen-Orient. Les pays doivent produire rapidement des résultats tangibles, car leur faiblesse perçue invite à l’agression. Le défi ne réside pas simplement dans la poursuite des pratiques existantes, mais dans l’évaluation et la mise en œuvre de ce qui est nécessaire pour sécuriser un monde fondamentalement transformé.

Selon Vandier, l’un des principaux défis consiste à s’adapter à la « guerre de masse » – un contexte auquel de nombreux systèmes occidentaux sont mal adaptés en raison de leur capacité de production limitée. Il souligne le fossé entre la production de drones en Russie et en Iran (des centaines) et celle des missiles intercepteurs occidentaux (quelques unités seulement). Une simple augmentation de la production ne suffira pas à combler cet écart.

Vandier soutient qu’il est insuffisant et peu réaliste de s’appuyer uniquement sur des systèmes de défense aérienne traditionnels tels que les batteries Patriot, compte tenu de leurs longs délais de livraison et de leur coût élevé. Il insiste sur la nécessité de solutions innovantes, en citant le succès de l’Ukraine en matière d’adaptation et d’improvisation.

Un simple investissement financier est insuffisant, souligne Vandier. La rapidité et la prise de décision stratégique sont primordiales. L’Occident doit tirer les leçons des États du Golfe qui, malgré leurs vastes ressources, ont eu du mal à défendre leurs infrastructures critiques contre des drones et des missiles iraniens relativement peu coûteux.

Vulnérabilité 

Il met en garde contre la vulnérabilité des navires de guerre traditionnels dépourvus de défenses adéquates contre les drones. Vandier souligne que l’OTAN doit « inventer la prochaine guerre » plutôt que de se préparer à des conflits passés. Il rejette l’idée selon laquelle la guerre menée par l’Ukraine serait unique en raison de son manque de puissance aérienne, soulignant que c’est l’ennemi lui-même qui a évolué.

Pour dissuader toute agression, l’Europe doit démontrer sa capacité à gagner, en tirant parti de son vaste vivier d’ingénieurs et des sanctions existantes contre la Russie. Vandier se dit confiant dans la capacité de l’Europe à tenir ses engagements, mais souligne l’urgence d’une action immédiate.

Accélérer les progrès 

Pour accélérer les progrès, l’OTAN mènera un exercice de lutte contre les drones à grande échelle en Roumanie, en invitant tous les États membres et les partenaires de l’industrie de la défense. L’exercice vise à identifier des solutions véritablement efficaces par le biais d’essais pratiques plutôt que de se fier aux arguments marketing. Vandier préconise de nouveaux indicateurs de performance clés qui reflètent les réalités de la guerre moderne, tels que le coût par tir, l’évolutivité, l’interopérabilité et l’adaptabilité. Il rejette les systèmes de verrouillage des fournisseurs qui entraînent des coûts exorbitants pour des mises à jour logicielles mineures.

Vandier conclut en évoquant une visite dans une usine de drones dissimulée à Kiev, où 1 000 ouvriers produisent 3 000 drones par jour tout en fonctionnant hors réseau pour échapper à la détection. Cet exemple souligne la nécessité pour l’Europe d’être plus intelligente et plus innovante dans le développement de ses capacités de défense. L’objectif ultime est d’amener la Russie à reconsidérer toute intention agressive en lui insufflant un sentiment de risque et d’incertitude permanents.

(jw)(fc)

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