1,8 milliard pour l’agriculture wallonne: un compromis entre « l’ancien » et « le nouveau monde »

Le gouvernement wallon devait s’entendre sur la répartition des aides de la PAC européenne. Et le moins que l’on puisse écrire est que ce ne fut pas simple, MR et Ecolo ayant une vision diamétralement opposée. L’Europe attendait un plan pour le 31 décembre. Près de 20 jours plus tard, la majorité wallonne s’est finalement entendue sur un grand compromis.

Dans l’actu: la Wallonie s’est mise d’accord ce lundi sur la répartition des aides européennes pour soutenir son agriculture.

  • Un document de 800 pages renferme le plan qui doit répartir 1,86 milliard d’euros, soit 18% de moins qu’initialement prévu. L’aide doit couvrir la période 2023-2027.
  • MR et Ecolo se sont opposés dans ce dossier, les premiers voulant à tout prix soulager un maximum d’agriculteurs, les seconds voulant conditionner les aides à certaines normes environnementales. Les syndicats n’ont pas été en reste en exerçant une pression supplémentaire, mais c’est bien leur rôle. Le tout a donné l’impression d’un affrontement entre l’ancien et le nouveau monde.
  • On parle ici de 14.000 bénéficiaires potentiels. Et l’ampleur du compromis peut être mesurée par quelques grands principes:
    • Garantir un revenu de base aux agriculteurs.
    • Viser plus d’autonomie agroalimentaire.
    • Atteindre 30% d’agriculture bio pour 2030.
    • Une exigence du MR : lutter contre l’érosion démographique: l’âge moyen des agriculteurs est de 54 ans. Le MR voulait absolument soutenir les jeunes qui se lancent. Une aide de 70.000 euros est prévue pour la reprise ou la création d’une exploitation par un jeune.
    • Une exigence d’Ecolo : mettre en place des éco-régimes. Ce sont des aides conditionnées à des critères durables. 25% du budget total sera destiné à ces mesures. Les agriculteurs recevront plus d’aides s’ils privilégient l’agriculture bio, la réduction des pesticides et engrais, le maillage écologique, les prairies permanentes, la réduction du nombre de têtes de bétail, etc.
    • Les aides iront aux agriculteurs actifs et plus aux retraités ou aux sociétés de gestion et autres associations dont l’activité principale n’est pas l’agriculture.
  • Par communiqué, Ecolo se félicite de ce plan qui « va plus loin que les exigences insuffisantes de la PAC européenne ». En outre, les éco-régimes permettent selon les Verts de rééquilibrer les différences entre petites et grandes exploitations. « Il s’agit d’un plan pour toutes nos fermes », se réjouit Jean-Philippe Florent, député wallon Ecolo.

Ailleurs: l’AFCN relance-t-il vraiment le plan B: la prolongation du nucléaire ?

  • Dans son rapport rendu public hier soir, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire estime qu’une prolongation des deux plus récents réacteurs – Doel 4 et Tihange 3 – n’est techniquement pas impossible, malgré « un travail de préparation qui sera considérable ».
  • Quand on se penche de plus près sur ces conditions qui rendent envisageable une prolongation du nucléaire, on se rend compte que c’est beaucoup plus compliqué que sur papier.
    • Il faut d’abord mettre tous les acteurs d’accord et changer de réglementation. C’est-à-dire trouver une majorité pour modifier la loi de 2003. Bonne chance.
    • Il faut ensuite convaincre Engie qui s’est positionné en faveur d’une sortie du nucléaire. Il est trop tard pour le géant de l’énergie français, il fallait prendre une décision en 2020. Selon Engie, qui est cité dans le rapport de l’AFCN, rien que la réalisation de l’étude d’incidence et de la consultation publique prend environ 18 mois. La position de la multinationale, proche de la Vivaldi, a sans doute été facilitée par l’obtention de l’exploitation des centrales à gaz, prévues comme alternatives au nucléaire, mais quand bien même.
  • Groen est immédiatement monté au front pour se saisir du rapport. Pour la ministre Petra De Sutter, c’est « case closed », car il faut l’accord de l’exploitant, mais Engie ne se considère plus comme candidat. Pour Meyrem Almaci, la présidente de Groen, il est impossible de mettre tout le monde d’accord et Engie ne veut pas consentir les investissements pour se mettre aux normes de sûreté.
  • De l’autre côté, le président du MR Georges-Louis Bouchez s’est bien sûr félicité de ce rapport: « C’est ce que le MR a toujours dit. Nous n’avons aucune position dogmatique sur le sujet. C’est la science et la technique qui guident nos positions. Notre Pays doit faire les bons choix stratégiques.
  • Politiquement, ce rapport ne change pas grand-chose et renforce chaque camp dans ses positions. Le rapport d’Elia sur la sécurité d’approvisionnement, juste avant la décision finale du 18 mars, sera nettement plus décisif.
  • Quid si le projet de centrale à gaz à Vilvorde tombe à l’eau suite au refus de la N-VA de donner un permis d’exploitation à Engie? D’autres projets issus des enchères pourraient être relancés comme alternatives. Des sites ont déjà été évoqués, notamment en Wallonie, avec Luminus comme exploitant.
  • Mais si Engie perd l’exploitation des centrales à gaz, le géant de l’énergie sera-t-il toujours aussi déterminé à sortir du nucléaire ? La stratégie des Verts pourrait-elle alors voler en éclat ?
  • On en est pas là, et il restera la contrainte politique: convaincre les Verts de renier un accord de gouvernement et un trophée majeur qui marqueront leur législature.

Blue monday: la rébellion contre Bouchez s’organise au MR.

  • Les mots choisis par Denis Ducarme dans son interview accordée à La DH sont très édulcorés, mais il s’agit bien d’une attaque en règle. L’ancien candidat à la présidence, désormais député recasé à Charleroi par son adversaire, se voyait reprendre le poste de ministre wallon des Finances et du Budget, laissé vacant suite à la démission de Jean-Luc Crucke. Bouchez lui a logiquement préféré un proche, Adrien Dolimont, pour renforcer son pouvoir au MR, mais aussi en Wallonie. Rappelons que Ducarme avait déjà manqué un poste de ministre suite à la règle de parité au sein du gouvernement wallon.
  • Trois camouflets pour Ducarme qui ne quittera pas le parti, mais organisera une alternative au sein du MR. Le député est amer suite au départ de « son ami », Jean-Luc Crucke.
    • « Voir un ministre qui est un poids lourd du mouvement, qui fait partie de ceux d’entre nous qui sont les plus plébiscités par les sondages, à qui le citoyen accorde une confiance importante, voir une personne comme lui s’en aller de la sorte, c’est juste catastrophique. »
    • « Mais je veux lui dire à lui comme à l’ensemble des libéraux démocrates, des libéraux sociaux du Mouvement réformateur qu’ils ne seront pas orphelins.”
    • « Je veux prendre date et leur dire qu’il y aura à l’échéance du mandat de Georges-Louis Bouchez une candidature d’inspiration libérale démocrate ou libérale sociale. »
  • Denis Ducarme estime que le MR a toujours été traversé par plusieurs courants, et que Georges-Louis Bouchez n’a pas à décider à lui seul le positionnement du parti. « Le MR n’est pas un mouvement de droite, c’est un mouvement qui va du centre à la droite depuis toujours et on aurait tort de rétrécir ainsi nos valeurs uniquement à un mouvement de droite conservateur. » Le député craint, avec la méthode Bouchez, de voir son MR « se retrouver dans l’opposition à tous les étages ».
  • Bouchez doit-il craindre cette fronde ? Tant qu’il a le soutien des ténors du parti – Wilmès, Borsus et Jeholet – le président du MR est tranquille. Personne ne peut être surpris par la méthode Bouchez qu’il déroule maintenant depuis deux ans.
  • Cette méthode énerve, fâche ses partenaires et même sa famille politique, mais le jeune président finit toujours pas retomber sur ses pattes.
  • On a d’ailleurs eu droit à un nouvel exercice de communication de sortie de crise, hier avec l’Open VLD: Vincent Van Quickenborne, Egbert Lachaert et Georges-Louis Bouchez autour d’une bonne bière pour enterrer la hache de guerre. Bouchez ne boit pourtant pas d’alcool, mais c’est le sourire qui compte.

TVA sur l’énergie: le ministre de Finances n’abandonne pas.

  • Le ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V) a élaboré une proposition visant à réduire la TVA sur le gaz et l’électricité. Elle sera soumise à ses collègues du gouvernement fédéral.
  • Une réduction linéaire de la TVA, un « chèque énergie » ou une autre mesure ? Le gouvernement fédéral cherche un moyen d’atténuer le choc de la hausse des factures d’énergie pour les ménages, sans pour autant faire un trou dans le budget.
  • Le cabinet du ministre des Finances a élaboré une proposition technique en deux étapes. Il pense à une réduction immédiate qui prendrait effet directement. Cette situation serait alors atténuée par un mécanisme permanent, selon lequel la pression fiscale sur les prix de l’énergie fluctuerait en fonction du niveau de ces prix, comme voulu par les libéraux.
  • Pour répondre aux besoins immédiats, le taux de TVA sur l’énergie serait ramené de 21 à 6 % à partir du 1er février. La réduction de la TVA ne s’appliquerait qu’aux particuliers, et non aux entreprises.
  • À moyen terme, Van Peteghem présente deux options :
    • Un système flexible dans lequel le taux de TVA pour les particuliers fluctue en fonction du prix de l’énergie. Si un certain seuil est dépassé, le taux normal passerait de 21% à 6%. Les ménages bénéficiant d’un taux social ne devront payer que 6 %, ce qui permet d’intégrer une correction sociale dans le nouveau système de prix.
    • Soit une baisse définitive de la TVA, avec une augmentation des droits d’accises en compensation pour limiter l’impact sur le budget. Après cela, les accises joueraient le rôle d’une variable flexible. Les droits d’accises ne sont pas un pourcentage, mais une taxe fixe. Les accises permettraient au gouvernement de mener une politique plus diversifiée, par exemple des taux différenciés en fonction de la consommation d’énergie, et de les réduire lorsque les prix s’envolent.
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