Une poignée de pays détient les clés de la ‘révolution verte’ européenne

Une mine de terres rares en Chine. – Isopix

Tous les 3 ans, la Commission européenne actualise sa liste des ‘matières premières critiques’. Il s’agit de métaux, minéraux et matières naturelles importants sur le plan économique et qui présentent un risque élevé de pénurie d’approvisionnement, notamment parce que la production est aux mains d’un très petit nombre de pays, voire d’un seul.

La ‘révolution verte’ initiée par le ‘Green Deal’ européen sera fortement dépendante de la production de matériaux rares et actuellement concentrée dans un nombre très restreint de pays à travers le monde. Éoliennes, panneaux solaires, véhicules électriques, ampoules LED, etc. sont autant de dispositifs plus écologiques, mais qui dépendent de matières relativement rares, aux noms méconnus comme dysprosium, néodyme, gallium, indium…

Alors que l’OCDE table sur un doublement de la demande mondiale en matières premières d’ici 2060 – de 79 milliards de tonnes à 167 milliards de tonnes – la Commission européenne établit depuis 2011 une liste des ‘matières premières critiques’. Celle-ci constitue un outil l’institution notamment dans le cadre de la négociation d’accords commerciaux, lorsqu’il s’agit de cerner les besoins en investissements, pour orienter la recherche et l’innovation ou encore pour orienter le recyclage, voire promouvoir l’économie circulaire.

30 matières premières critiques

Pour établir sa liste 2020, la Commission a procédé à l’évaluation de 83 matières différentes. L’importance économique (utilisations finales, applications industrielles…) et le risque de pénurie d’approvisionnement (concentration au niveau national de la production mondiale, gouvernance des pays fournisseurs, dépendance de l’UE à l’égard des importations…) constituent les deux principaux paramètres pris en compte pour déterminer le degré de criticité pour l’Union européenne. C’est pourquoi des matériaux relativement rares en quantité côtoient sur la liste des matières plus répandues comme le caoutchouc. Au final, il en ressort une liste de 30 matières, dont 26 étaient déjà reprises en 2017 et auxquelles 4 nouvelles se sont ajoutées.

Source: https://eur-lex.europa.eu/

Si l’hélium a disparu de la liste en raison d’un recul de son importance économique, il reste toutefois un sujet de préoccupation pour la Commission en ce qui concerne la concentration de l’approvisionnement. Le nickel, utilisé entre autres pour la fabrication des batteries – fera également l’objet d’une surveillance particulière de la part de la Commission à l’avenir.

La domination chinoise

De manière générale, l’approvisionnement de bon nombre de ces matières premières critiques est fortement concentré. Par exemple:

  • La Chine fournit 98% de l’approvisionnement de l’UE en terres rares.
  • La Turquie fournit 98% de l’approvisionnement de l’UE en borate.
  • L’Afrique du Sud couvre 71% des besoins de l’UE en platine.
  • Et l’UE dépend d’entreprises individuelles pour son approvisionnement en hafnium et en strontium.

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Tous matériaux confondus, l’Union européenne est dépendante de la Chine à hauteur de 44% de ses approvisionnements. Loin derrière, on retrouve la Turquie comme second fournisseur avec seulement 6% des parts de marché.

Les principaux pays fournisseurs de matières premières critiques à l’UE:

Source: https://eur-lex.europa.eu/

Cette concentration est le fruit d’une répartition inégale et d’un accès variable à ces matières premières à travers le globe. A titre d’exemple, le sous-sol chinois renfermerait 29 des 30 matières premières critiques à l’UE et le pays détiendrait 66% de l’ensemble de ces ressources, peut-on lire sur le site du journal français Les Echos.

L’Afrique du Sud profiterait, elle, d’un quasi-monopole sur les métaux du groupe des platines: iridium (92%), platinium (71%), rhodium (80%), et ruthénium (93%). Le Brésil possèderait 92% des parts de marché pour le Niobium. La République Démocratique du Congo abriterait 59% des réserves mondiales de cobalt, etc.

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