Une coopération avec le gouvernement taliban est-elle possible ? Les États-Unis y réfléchissent avec leurs alliés

Les États-Unis ont convoqué les représentants d’une vingtaine de pays occidentaux pour tenter de voir s’il est possible d’établir un cadre de coopération avec le nouveau gouvernement taliban, fraichement établi.

Pourquoi est-ce important ?

Difficile d’imaginer une forme de coopération internationale avec le gouvernement taliban, tant le groupuscule défend des idées contraires à celles défendues par les pays occidentaux. Pourtant, isoler purement et simplement l’Afghanistan aux mains des talibans pourrait finalement s’avérer plus dangereux qu’il n’y parait.

Ce mercredi, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, tiendra une réunion virtuelle avec les dirigeants d’une vingtaine de pays occidentaux, dont l’Allemagne, pour décider des conditions nécessaires à une éventuelle coopération avec les talibans. Il est notamment question que la libre circulation des ressortissants afghans et étrangers vers l’extérieur du pays, de la protection des droits des femmes et de l’engagement à protéger les travailleurs humanitaires.

Cette réunion virtuelle devrait également être l’occasion de discuter de la bonne manière de traiter le nouveau gouvernement taliban intérimaire qui ne comprend pour l’instant aucune femme ni aucun non-membre du groupe crépuscule. Les conditions de l’octroi de l’aide humanitaire, alors que l’économie afghane est au bord de l’effondrement, devraient aussi être au cœur des discussions.

À noter que cette réunion ne signifie en aucun cas que les États-Unis reconnaissent pour l’instant le gouvernement taliban qui compte tout de même parmi ses membres Sirajuddin Haqqani en tant que ministre de l’Intérieur. Ce dernier est recherché par les États-Unis pour des faits de terrorisme. Pour l’instant, ni Turquie ni la Russie, relativement proches du gouvernement afghan, n’ont encore reconnu ce dernier.

Un gouvernement peu encourageant

Si pour certains, l’isolement des talibans lorsqu’ils étaient au pouvoir dans les années 90 n’était pas une bonne idée, la composition du nouveau gouvernement n’encourage pas vraiment position différente.

  • Premier ministre : Mohammad Hassan Akhund. Prochain collaborateur et conseiller politique du fondateur du mouvement et chef suprême du mouvement islamiste, le mollah Omar- un érudit musulman. Dans les années 90, sous le premier gouvernement taliban, Mohammad Hassan Akhund occupait la fonction de vice-président des Affaires étrangères et gouverneur de la province de Kandahar. Les Nations unies le considèrent comme l’un des « commandants talibans les plus efficaces », rapporte l’AFP.
  • Abdul Ghani Baradar : le numéro deux de l’exécutif. Également proche du mollah Omar, il aurait contribué à la fondation des talibans durant la guerre civile afghane du début des années 90. Chef militaire du mouvement islamiste, il a été arrêté par les États-Unis en 2010, puis relâché en 2018, sous la pression de Washington.
  • L’autre numéro deux du gouvernement est Abdul Salam Hanafi. Il était vice-ministre de l’Éducation sous le premier gouvernement taliban. Le Conseil de sécurité de l’ONU le soupçonne d’être impliqué dans le trafic de drogue.
  • Le ministre de l’Intérieur, Sijaruddin Haqqani, est le chef du réseau Haqqani, fondé par son père. Considéré comme terroriste par Washington, ce réseau est l’une des plus dangereuses factions de talibans. Adepte des kamikazes, ce groupe aurait orchestré plusieurs attaques parmi les plus violentes en Afghanistan.
  • Ministre de la Défense : le mollah Yaqoub. Fils du mollah Omar, dont les talibans lui vouaient un véritable culte, Yaqoub incarne une figure unificatrice dans un mouvement quelque peu désorganisé.

D’autres personnalités doivent encore rejoindre le gouvernement, dont « des gens venant d’autres régions du pays », a indiqué Zabihullah Mujahid, le porte-parole des talibans.

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