Trois pays européens ont doublé leurs expéditions de pétrole russe, sapant les tentatives de l’UE de nuire à la Russie

Pour que les sanctions décidées par l’Union européenne parviennent à faire flancher Moscou, tous les États membres doivent jouer le jeu. Une contrainte difficile à mettre en place, d’autant plus quand certains vont à l’encontre même de la stratégie adoptée par l’UE. Depuis le début de la guerre, 3 des plus grands expéditeurs de l’UE ont en effet doublé leurs expéditions de pétrole russe.

La Grèce, Chypre et Malte disposent des plus grandes flottes maritimes de l’Union européenne. Un avantage certain, notamment pour le transport de pétrole sur les mers et océans. Ainsi, malgré les sanctions de l’UE sur l’or noir russe, les trois pays ont doublé leurs transports de pétrole russe depuis le début du conflit en Ukraine, selon The Independent, citant une analyse de l’organisation non gouvernementale Global Witness.

Les efforts de l’UE sapés

Les compagnies maritimes et navires liés à la Grèce, Chypre et Malte ont ainsi transporté 58 millions de barils de pétrole russe le mois dernier, soit près du double de ce qu’ils avaient transporté collectivement en février (31 millions de barils). Au total, depuis le début de la guerre, elles ont transporté 178 millions de barils par voie maritime, pour une valeur totale de 17,3 milliards de dollars – au prix actuel du brut russe.

En février, les navires liés à la Grèce, à Chypre et à Malte transportaient un peu plus du tiers des exportations de pétrole russe. En mai, ils sont passés à un peu plus de la moitié. La situation est « très préoccupante », selon Anastassia Fedyck, professeure de finance à la Haas School of Businesse de l’UC Berkeley.

« L’UE a un effet de levier sur la Russie en raison d’un approvisionnement énergétique inélastique : il est difficile et coûteux pour la Russie de détourner son énergie ailleurs. Autoriser les navires battant pavillon européen à transporter du pétrole russe ne fait donc que saper le pouvoir de négociation de l’UE », a-t-elle déclaré.

« Les navires liés à la Grèce, à Chypre et à Malte tournent en dérision les efforts de l’UE pour sanctionner la machine de guerre de Poutine, en gardant des flux de trésorerie vers la Russie alors que les forces armées du pays continuent de frapper l’Ukraine », a déclaré Louis Goddard, conseiller principal en matière d’enquêtes sur les données chez Global Witness, au média britannique.

Une mascarade

Les agissements des différents pays ne sont pas totalement un affront direct à l’UE. La Grèce a en effet recours à des transferts « de navire à navire » de pétrole russe pour masquer le transport du carburant et ainsi éviter les critiques, selon les conclusions du Sunday Times. Un navire russe décharge du pétrole sur un autre navire d’une partie neutre, afin de continuer à distribuer l’or noir russe.

Le fait est que les entreprises et navires européens impliqués dans le transport de pétrole russe n’enfreignent pas les sanctions de l’UE infligée à la Russie, soulignent The Independent et Sunday Times. Il n’empêche que cela ne fait pas bonne figure et que cela sape les plans de l’UE.

La semaine dernière, l’Union européenne a en effet convenu de réduire d’environ 90% ses importations de pétrole russe d’ici la fin de l’année. Au préalable, il était question d’interdire aux navires européens de transporter du pétrole russe vers des pays extérieurs, tels que la Chine et l’Inde, mais le projet fut finalement abandonné.

L’UE et le Royaume-Uni prévoient cependant de dissuader cette pratique en empêchant les navires transportant du pétrole russe de souscrire à une assurance. Une importante mesure puisque les assurances sont cruciales pour l’industrie du transport maritime.

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