Trois économistes allemands flinguent Lagarde : « La BCE succombe aux intérêts politiques depuis des années »

Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, fait-elle trop de politique et pas assez de politique monétaire ? C’est l’avis de trois éminents économistes allemands qui, ce faisant, reflètent probablement l’opinion de nombre de leurs compatriotes.

En Allemagne, la plus grande économie de la zone euro, l’insatisfaction règne depuis longtemps à l’égard de Mme Lagarde, qui a été surnommée « Madame Inflation » par le magazine populaire Bild il y a quelques mois. Depuis lors, l’inflation n’a fait qu’augmenter, et la pression s’accentue sur la BCE pour qu’elle intervienne, par exemple en laissant entendre qu’elle pourrait relever ses taux.

« Une politisation croissante »

Sous la direction de Mme Lagarde, la BCE a racheté en masse les titres publics des États membres ces dernières années, offrant ainsi aux gouvernements des taux d’intérêt bas et de l’oxygène financier, et la banque centrale explore de nouvelles voies, notamment celle de la politique climatique qui nécessite d’énormes investissements. L’argent gratuit a donc bon dos.

L’ancien président de la BCE, Jürgen Stark, Thomas Mayer, ancien économiste en chef de la Deutsche Bank, et le professeur d’économie Gunther Schnabl ont qualifié cette politique monétaire d' »activiste » et de « politisée » dans une carte blanche publiée mercredi.

Jusqu’à récemment, la politique monétaire n’entraînait pas de conflit majeur avec le mandat officiel de la BCE – assurer la stabilité des prix – mais la hausse des prix de l’énergie a changé la donne.

« Il est de plus en plus clair que l’inflation gagnera du terrain sans contre-mesures de politique monétaire », écrivent-ils. « Cela place la BCE dans une position difficile, car elle sera simultanément confrontée à un certain nombre de problèmes aigus qu’elle a elle-même créés. »

Après tout, le taux d’inflation élevé est en partie dû à la politique monétaire accommodante de ces dernières années, affirment les trois économistes allemands. « Deuxièmement, il est de plus en plus clair que la ‘transition verte’ s’accompagnera d’une poussée de l’inflation. »

Stabilité des prix

Alors que la Fed, le système des banques centrales américaines, a un double mandat selon ses statuts, la stabilité des prix et la croissance économique, la BCE n’a officiellement qu’un seul mandat, la stabilité des prix. Les trois grands économistes allemands appellent la BCE à mettre de côté toute autre ambition pour se concentrer uniquement sur la lutte contre l’inflation. Après tout, c’est sa raison d’être, affirment-ils.

Ils reconnaissent que des facteurs temporaires sont à l’œuvre dans la flambée actuelle des prix – thèse défendue par Mme Lagarde depuis des mois – mais craignent que des effets à long terme ne maintiennent l’inflation à un niveau élevé.

« La Banque centrale européenne succombe aux intérêts politiques depuis des années, poursuivant des objectifs qui dépassent son mandat principal. Mais à mesure que les pressions inflationnistes augmentent, la crédibilité de la BCE est en jeu. »

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