Tempêtes économiques en perspective: le moment où 70% de la population dépend du gouvernement pour ses revenus approche

Alexander De Croo – Daina Le Lardic / PE / Isopix)

La politique monétaire a depuis longtemps cessé d’être une compétence propre à chaque pays, pour devenir celle de la Banque centrale européenne. Et cela nous a menés dans des eaux totalement inconnues, avec une politique très agressive de quantitative easing (‘assouplissement quantitatif), l’impression massive de monnaie afin d’acheter des obligations d’Etat et d’ainsi faire baisser les taux d’intérêt.

  • L’avantage de cette politique est que nous ne nous retrouverons pas dans des eaux turbulentes et instables à court terme. Mais les conséquences à long terme sont dangereuses: l’économie européenne, comme celle du Japon des années 1990, risque de se retrouver dans une sorte d’état zombie.
  • En outre, la Commission européenne a lancé massivement un plan de sauvetage de 750 milliards d’euros. Le fait que cela se soit produit, presque silencieusement, en rendant les dettes «communes», est peut-être la plus grande révolution de 2020 et un grand pas vers une union toujours plus étroite’.
  • Mais ces deux mesures ont un effet trompeur sur le travail politique belge: l’élaboration d’un budget est un jeu d’enfant, sans pression des intérêts, sans règles de l’UE et avec les vannes sur les dépenses ouvertes. La question est de savoir qui va payer sur le long terme, afin de retrouver un équilibre.
  • Soit dit en passant, tous les niveaux politiques sont responsables de cette situation : il ne s’est pas passé un jour en 2020 sans que le gouvernement flamand ne lance une nouvelles subvention ou de nouvelles mesures de dépenses. Dans le même temps, la Belgique dépense pas moins de 3,4 % de son PIB en subventions.
  • De plus, un certain nombre de dépenses structurelles importantes en matière de sécurité sociale ont été ajoutées, sans avoir été correctement financées.
  • Dans les accords de coalition fédéral et flamand, des objectifs sont quant à eux fixés, tels que la Belgique devrait atteindre un taux d’emploi de 80%: une utopie complète, très éloignée de celle-ci. Certainement quand on sait qu’en 2020 une grande partie de la population active était au chômage technique pendant des mois à cause de la corona. Il y a de fortes chances qu’ils se retrouvent sans emploi en 2021, une fois les mesures expirées.
  • En attendant, les accords de coalition fédéraux et flamands fixent des objectifs tels que celui de faire passer la Belgique à un taux d’emploi de 80% : une utopie totale, dont on est très loin. D’autant plus quand on sait qu’en 2020, une grande partie de la population active a été au chômage technique pendant des mois à cause du coronavirus. Il y a de fortes chances pour que ces personnes se retrouvent sans emploi en 2021, à l’expiration des mesures.
  • 7 Belges sur 10 ne ressentent pas la crise, a proclamé la Banque nationale avec euphorie, fin 2020. Jamais auparavant les Belges n’avaient autant épargné: 22 milliards, qui ne sont pas allés vers la consommation. Mais ce genre de message est complètement déplacé par rapport aux 30% qui saignent. Et cela souligne surtout le pourcentage déjà très élevé de la population active dont les salaires sont payés par l’Etat.
  • Le point où 70% de la population dépend en fin de compte du gouvernement pour ses revenus, comme c’est déjà le cas dans certaines régions de Wallonie depuis un certain temps, n’est plus si éloigné.