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Le supplément de GNL que les Etats-Unis ont promis à l’Europe pourrait tripler, mais à quel prix ?

Le supplément de GNL que les Etats-Unis ont promis à l’Europe pourrait tripler, mais à quel prix ?
crédit: Getty Images

Les États-Unis ont promis de livrer 15 milliards de mètres cubes de gaz naturel supplémentaires à l’Europe. Les livraisons entre janvier et juin ont déjà dépassé celles observées sur toute l’année 2021. Au vu de ces chiffres, l’excédent devrait tripler, mais quelques éléments pourraient ralentir cette rapide croissance au second semestre. Cette augmentation pourrait aussi jouer en faveur de la Russie, car d’autres pays sont laissés pour compte.

Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Europe a eu peur (et a toujours aussi peur) pour son approvisionnement en gaz. Elle s’est dès lors tournée vers d’autres sources, et les États-Unis ont proposé leur aide, en augmentant leurs livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) de 15 milliards de mètres cubes.

Un geste solidaire certes, mais qui a rapidement relevé de l’impossible : d’un côté, il est improbable de vouloir remplacer l’énorme quantité (155 milliards de mètres cubes en 2021) de gaz russe importé par du gaz de schiste américain. De l’autre, il serait impossible d’augmenter la production aux États-Unis, tournant déjà à plein régime, ainsi que les livraisons dans des ports déjà congestionnés.

Le triple de ce qui était promis ?

Pour le premier obstacle, il n’y a rien à faire, mais pour le second, les chiffres montrent que les importations ont bel et bien augmenté, et que la promesse de 15 milliards de m3 supplémentaires devrait même être dépassée et finalement tripler, rapporte Euractiv.

Sur la première moitié de l’année, les États-Unis sont devenus le premier exportateur mondial de GNL, avec 57 milliards de mètres cubes. 39 milliards d’entre eux, soit plus de deux tiers, sont allés à l’Europe, selon les données de Refinitiv. Ainsi, les exportations de janvier à juin dépassent déjà les exportations observées sur l’année 2021, qui étaient de 34 milliards de mètres cubes vers l’Europe, et qui ne représentaient qu’un peu plus d’un tiers des exportations totales.

Concrètement, les États-Unis ont déjà exporté 5 milliards de m3 supplémentaires vers l’Europe. Si on poursuit le calcul avec les mêmes chiffres pour la deuxième moitié de l’année, le total pour l’Europe sera de 78 milliards de m3. Il y aurait donc un excédent de 44 milliards de m3, soit le triple de ce que Biden a promis comme livraisons supplémentaires.

Bien entendu, avec des « si » on refait le monde. Est-ce que cette quantité pourra être atteinte ? On ne le saura qu’au début de l’année 2023. Mais quelques bémols pourraient d’ores et déjà peser dans la balance, comme l’incendie, au mois de juin, du terminal de Freeport aux États-Unis. Celui-ci assurait environ un cinquième des exportations, et tournera à régime réduit pour le reste de l’année. La météo pourrait également jouer un mauvais tour aux exportations : on s’attend à plus de tornades que d’habitude, entre juin et novembre, ce qui devrait compliquer les traversées de l’Atlantique.

Un point pour l’Europe, mais aussi pour la Russie?

A l’heure où Nord Stream ne tourne qu’à 20% de sa capacité, la perspective d’une telle augmentation de livraisons sera accueillie comme une bonne nouvelle en Europe. Mais cette augmentation pourrait aussi être une nouvelle précieuse pour la Russie. Prenons les chiffres du point précédent : les exportations américaines sont de 57 milliards de m3 de janvier à juin 2022. Si la tendance se poursuit plus ou moins sur la deuxième moitié de l’année, les exportations totales dans le monde atteindront 114 milliards. Cela n’est pas beaucoup plus qu’en 2021, où les exportations ont atteint environ 100 milliards de m3.

Ce qui a augmenté, c’est la part des livraisons qui va à l’Europe. D’autres pays voient leur approvisionnement depuis Washington diminuer en conséquence. Pour satisfaire la course folle de l’Europe vers le gaz, et pour profiter des prix élevés sur le marché européen (plus élevés qu’en Asie par exemple), les exploitants des méthaniers n’hésitent pas à changer de trajectoire, même s’ils doivent payer des pénalités pour avoir rompu un contrat. Ainsi, la Belgique voit ses importations de GNL américain augmenter de 650%, et le Pakistan voit les siennes chuter de plus de 70%.

Selon des experts, ce détournement pourrait cependant prendre fin (et voilà un autre bémol pour le calcul des 44 milliards de mètres cubes de gaz américain supplémentaires livrés en Europe), à cause d’une hausse des prix dans les pays concernés, ou à cause de procès qui pourraient forcer les fournisseurs à satisfaire leurs engagements.

Mais toujours est-il que les pays lésés pourraient chercher d’autres sources d’approvisionnement. La Russie a du gaz à fournir et n’hésitera pas à tendre sa main à ceux à qui l’Occident a « fermé le robinet ». En attendant, le prix de référence du gaz fonce à nouveau vers les 200 dollars, un prix plus atteint depuis mars dernier.

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