Space Force veut se lancer dans le nettoyage de l’espace et s’attire les critiques du secteur privé

L’encombrement de notre espace proche devient un problème de plus en plus pressant. Space Force, le département de l’armée américaine dédié à l’espace, veut lancer une grande collaboration avec les milieux scientifiques et civils pour y trouver des solutions. Mais ceux-ci rappellent que l’Amérique est fort en retard sur cette question, alors qu’elle a sans conteste une part de responsabilité.

En novembre dernier, plusieurs sorties extravéhiculaires ont été annulées sur l’ISS à cause de débris passant à proximité, et la destruction d’un vieux satellite par la Russie a créé un nouveau champ de déchets dangereux pour la station spatiale. Et en décembre, la Chine s’en prenait à SpaceX, accusant la firme d’Elon Musk d’encombrer dangereusement l’orbite terrestre avec ses milliers de mini-satellites, qu’elle accuse d’avoir manqué de provoquer des accidents avec sa propre station.

Face à cette situation, Space Force, le département de l’armée américaine consacré aux questions spatiales, a annoncé se lancer dans un programme de nettoyage de notre orbite. Mais les militaires ne comptent pas mener cet objectif à bien tout seuls : SpaceWERX, la branche technique du département militaire, va mener un programme appelé Orbital Prime qui sollicite des propositions d’entreprises privées et d’institutions universitaires sur des technologies qui pourraient être utilisées pour faire face au problème croissant des débris spatiaux. Les propositions pour la première phase d’Orbital Prime sont attendues pour le 17 février.

L’armée lance un appel d’offres – Et un appel à l’aide

Le général David Thompson, chef des opérations de Space Force, s’est adressé au secteur privé dans une vidéo publiée le 5 janvier dernier sur le site de SpaceWERX. Et son message, adressé au secteur spatial privé, est limpide: « Nous avons besoin de votre aide. L’objectif d’Orbital Prime est de s’associer à des esprits novateurs de l’industrie, du monde universitaire et des instituts de recherche pour faire progresser et appliquer des technologies et des concepts opérationnels de pointe dans les domaines de la réduction et de l’élimination des débris. »

L’objectif à long terme est d’effectuer une démonstration dans l’espace des technologies d’enlèvement des débris dans moins de trois ans. Le projet est financé dans le cadre du programme STTR (Small Business Technology Transfer). Les entreprises doivent faire équipe avec des institutions universitaires ou à but non lucratif. Les grandes entreprises peuvent participer, mais en tant que sous-traitants d’une petite entreprise. Les équipes peuvent remporter des prix de 250.000 dollars pour la phase 1 et de 1,5 million de dollars pour la phase 2. Si une équipe est sélectionnée pour une démonstration dans l’espace, le gouvernement financera une partie des coûts.

Les USA, derniers arrivés sur le chantier

Sauf que cette initiative n’a pas été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par le secteur aérospatial civil. Darren McKnight, chercheur technique principal chez LeoLabs et membre du comité sur les débris spatiaux de l’Académie internationale d’astronautique a rappelé que, parmi les puissances spatiales, s’il y en a une qui ne fait pas sa part dans la gestion des déchets, c’est bien l’Amérique.

« J’apprécie le fait que Space Force ait dit ‘oui, nous sommes concernés par le ramassage des débris’. Mais je peux vous dire que les États-Unis sont terriblement en retard sur le reste du monde dans ce domaine », a déclaré M. McKnight lors d’une émission sur le web organisée par le Space Policy and Research Center de l’université de Washington. « Je trouve embarrassant d’entendre les gens parler de la nécessité de l’enlèvement actif des débris et de la médiation des débris comme s’il s’agissait de quelque chose qui ne se ferait que dans plusieurs décennies. L’Agence spatiale européenne et l’agence spatiale japonaise sont très en avance sur ce genre de choses. »

L’Agence spatiale européenne a attribué à ClearSpace un contrat de 104 millions de dollars pour le lancement d’une mission visant à retirer un débris de l’orbite en 2025. L’Agence japonaise d’exploration aérospatiale (JAXA) a choisi Astroscale pour envoyer un engin spatial en orbite en 2023 afin d’inspecter un étage supérieur de fusée mis au rebut, une étape qui ouvrirait la voie à une mission d’enlèvement des débris, donne en exemple le site spécialisé Space News.

Vieilles carcasses de la guerre froide

Darren McKnight considère aussi que la régularisation de la « circulation » en orbite des nombreux véhicules qu’ont y a placé n’est pas tant une priorité que la gestion des « épaves » et des anciens objets inactifs qui ont été abandonnés à leur sort là-haut. Et dont la position et la trajectoire peuvent devenir bien moins aisées à estimer.

« Les deux tiers du potentiel de génération de débris en orbite terrestre basse ne proviennent pas de la gestion du trafic spatial. Il vient de la gestion des débris spatiaux, il vient du fait d’empêcher les gros objets morts de heurter d’autres gros objets morts » insiste McKnight. « Ce sont de grands bus scolaires jaunes sans freins et sans conducteur », a déclaré McKnight. « Il n’y a pas une seule entreprise à l’heure actuelle qui prévoit de faire tomber vers la Terre un objet de 9.000 kilos. » La solution la plus réaliste de se débarrasser de ces gros débris, de vieux satellites américains, russes, ou encore chinois en général, serait plutôt de les repousser vers l’espace. Comme une sorte de grand coup de balai sous le tapis, mais à l’échelle cosmique.

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