Semaine décisive pour le tracing en Belgique: serons-nous prêts pour le 11 mai ?

Le virologue Emmanuel André, ex-responsable du tracing en Belgique. – Thierry Roge / Pool / Isopix

Le déconfinement progressif débute officiellement ce lundi 4 mai. Mais le véritable enjeu sera pour lundi prochain: avec la réouverture des commerces. Le groupe d’experts a conditionné ce déconfinement à plusieurs paramètres dont le testing et le tracing. Où en est-on?

Testing

Les tests et le tracing doivent aller de pair. Pour les premiers cités, la capacité de 25.000 tests par jour semble acquise. Il reste toutefois plusieurs soucis à corriger rapidement: les médecins généralistes, qui sont supposés effectuer ces tests en partie, manquent de matériel (de tests et de protection). Ils peuvent toutefois renvoyer les malades suspects vers des centres de prélèvement. Il y en aurait 30 en Wallonie et une dizaine à Bruxelles contre 90 en Flandre. Problème: ils ne sont pas encore prêts.

Ajoutez à cela l’attente du résultat des analyses (laboratoires agréés) qui peut aller jusqu’à 5 jours. Alors que pour un traçage efficace, il faudrait agir dans les 24 heures. Sinon l’individu multiplie les rencontres et cela devient très difficile de retracer ses contacts. Rappelons que les critères de test ont été élargis à toute personne présentant des symptômes.

La dernière grande interrogation concerne les tests sérologiques. Si on connait nos capacités (plusieurs millions en juin), il n’y a pas encore de réelle stratégie autour de ces tests qui détermine la réponse immunitaire d’un individu. Or, idéalement, après chaque test négatif chez un patient, il faudrait lui faire subir un test sérologique. Pour déterminer sa production d’anticorps contre le covid-19. Mais la population étant confinée, il est logique que le taux d’immunité de groupe ne soit pas encore très élevé. Il faut se confronter au virus pour produire une réponse immunitaire. Les tests sérologiques ne sont donc pas la priorité absolue pour le moment, mais ils s’imposeront. Autant s’y préparer le plus tôt possible.

Tracing

Au niveau du tracing, la Belgique a suivi sa propre voie. Pour l’heure, il n’y a pas d’application disponible. Mais ça ne veut pas dire que le traçage, ou ‘le suivi des contacts’, expression moins négativement connotée, ne doit pas s’opérer dès maintenant. Comment? On vous en expliquait les grandes lignes ici. Le principe est simple: des call centers (2.000 personnes à engager) seront chargés d’appeler les cas contaminés. Ces derniers devront alors établir une liste de personnes avec qui elles auraient eu un contact. Ces personnes seront alors appelées à leur tour pour subir un test, en cas de symptômes ou s’isoler le cas échéants.

Sans app, pas de récolte de données automatique. Du coup, ‘prenez l’habitude de prendre note des personnes avec qui vous avez des contacts rapprochés, y compris leur numéro de téléphone. De cette façon, au cas où vous tombez malade, ces personnes pourront recevoir un accompagnement adéquat’, indiquait ce dimanche le virologue Emmanuel André, tout nouveau responsable du tracing en Belgique.

La méthode peut sembler archaïque, elle est d’ailleurs critiquée. Mais la mise en place d’une application avec une gigantesque base de données fait aussi l’objet de nombreux débats. La Belgique a donc fait ce qu’elle fait le mieux: un compromis.

Le but du tracing est de casser les chaînes de contamination. En isolant les cas problématiques. L’isolement se fera à domicile, si une personne a été en contact avec un malade plus de 15 minutes à une distance inférieure à 1 mètre et demi. Une règle bien précise donc. Si l’isolement à domicile n’est pas possible, des chambres d’hôtel (Bruxelles) ou des structures d’accueil seront mises à disposition. Mais la règle générale sera de respecter les distances de sécurité et d’aller consulter son médecin généraliste en cas de symptômes.

La deadline, ce sera le 11 mai, véritable jour du déconfinement progressif. Dans ce court délai, la Wallonie devra engager 570 personnes et Bruxelles 235. Dans la capitale, les mutuelles seront en première ligne pour effectuer ces appels. On pourrait suivre le même chemin en Wallonie. Restera à mettre en place les centres d’accueil, et surtout, la coordination de toutes ces données. Si le tracing est une compétence régionale, les Régions devront nécessairement faire preuve de cohésion pour que l’information circule bien. Une plateforme commune fera d’ailleurs son apparition.

La situation n’est donc pas catastrophique. Mais les feux ne sont pas au vert non plus. La semaine sera décisive pour que tous les instruments soient prêts pour le 11 mai, avant d’appuyer sur les capacités par la suite.

Concernant les autres indicateurs, la situation dans les hôpitaux rassure, contrairement aux masques. Chaque Belge n’a pas encore son masque, là encore, il faudra se bouger d’ici le 11 mai. Rappelons que le port du masque est obligatoire dans les transports en commun à partir de ce lundi.

Emmanuel André précise enfin que toutes ces mesures (testing, tracing, masques) sont des mesures complémentaires et devront toujours s’accompagner des règles de sécurité de base: l’hygiène et la distance sociale.