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Scholz prêt à tout pour aider la Chine à mettre une main sur le plus grand port d’Allemagne, alors que même ses alliés s’y opposent

Scholz prêt à tout pour aider la Chine à mettre une main sur le plus grand port d’Allemagne, alors que même ses alliés s’y opposent
Le président chinois Xi Jinping, le chancelier allemand Olaf Scholz, et le port de Hambourg. (Sean Gallup/Getty Images, Rolf Schulten/Bloomberg via Getty Images)

Cette semaine, une enquête des chaînes publiques NDR et WDR a révélé qu’Olaf Scholz faisait des pieds et des mains pour permettre à un groupe chinois de détenir une partie du plus grand port du pays. Les critiques fusent, y compris au sein de la coalition au pouvoir.

Pourquoi est-ce important ?

Depuis le début de l'année, l'Allemagne paie un lourd tribut à sa dépendance énergétique à l'égard de la Russie. Dans le même temps, certaines alertes sont lancées : il faudrait aussi tout faire pour éviter de se rendre trop dépendant de la Chine. Or, un dossier majeur divise les responsables politiques allemands.

L’actualité

  • Cette semaine, les chaînes NDR et WDR ont révélé qu’Olaf Scholz faisait tout son possible pour permettre à un groupe chinois de devenir propriétaire d’un terminal à conteneurs majeur du pays.

  • L’enquête révèle également qu’au sein de son gouvernement et même au sein de son parti, le chancelier fait face à une vive opposition.

Le contexte

  • Ce dossier concerne le terminal à conteneurs de Tollerort (CTT) du port de Hambourg et l’entreprise publique chinoise Cosco.

  • Le port de Hambourg est le premier port d’Allemagne et le troisième d’Europe, derrière Rotterdam (Pays-Bas) et Anvers (Belgique). Cosco est quant à lui le premier armateur chinois.

  • Selon les termes d’un premier accord conclu en septembre 2021, Cosco veut prendre une participation de 35% dans CTT. Cela lui permettrait également de désigner un des trois directeurs généraux du terminal.

  • Le gouvernement allemand a son mot à dire dans le deal. Il peut s’y opposer, mais le temps presse.

Les détails

  • D’après l’enquête de NDR et WDR, le ministère de l’Économie, à la tête duquel se trouve Robert Habeck (Les Verts) a récemment tenté d’inscrire à l’ordre du jour d’une réunion du gouvernement la question d’un rejet de ce deal.

  • Cette demande a été refusée par la chancellerie Scholz. Résultat : il reste pour l’heure impossible de mettre un stop à l’opération.

  • À la place, la chancellerie a demandé aux ministères compétents de trouver un compromis permettant de faire aboutir le deal.

Les arguments pour

  • Scholz n’est bien sûr pas le seul à être favorable à cette opération. Ses principaux alliés sont les sociaux-démocrates (SPD, son parti) de Hambourg.

  • Rappelons que Scholz a été le bourgmestre de Hambourg de 2011 à 2018. Pendant son mandat, le commerce entre le port et la Chine s’est considérablement développé.

  • Pour les personnes favorables au deal, la prise de participation de Cosco dans CTT va permettre de renforcer les investissements supplémentaires dans le port de Hambourg, car celui-ci attirera dès lors davantage les chargeurs chinois. Notons que la Chine est déjà le client le plus important du port.

  • Ces investissements supplémentaires pourraient déboucher sur la création de nouveaux emplois.

  • En outre, Scholz et ses alliés soulignent que le groupe chinois ne prendrait pas directement une participation dans le port, mais « seulement » dans CTT.

  • Sans l’arrivée de Cosco, le port de Hambourg risquerait d’être largué par rapport à ses concurrents de la mer du Nord. Car effectivement, le groupe chinois détient déjà, entre autres, des participations dans les ports de Rotterdam et d’Anvers.

  • Cosco n’aurait pas accès aux systèmes informatiques du port et ne deviendrait pas propriétaire de terres hambourgeoises, précise Hans-Jörg Heims, le porte-parole de Hamburger Hafen und Logistik (HHLA), l’opérateur du port de Hambourg.

  • « [Les opposants du projet] poursuivent une politique symbolique. Je suis juste préoccupé par les centaines d’emplois qui en dépendent », a déclaré Heims.

Les arguments contre

  • Au total, six ministères fédéraux seraient opposés à l’opération : l’Économie, de l’Intérieur, de la Défense, des Transports, des Finances et des Affaires étrangères.

  • Les écologistes sont à la tête des ministères de l’Économie et des Affaires étrangères, les libéraux (FDP) de ceux des Finances et des Transports. À l’Intérieur et à la Défense, on retrouve par contre des sociaux-démocrates (SPD). Scholz se retrouve donc en opposition avec des membres de son propre parti.

  • Pour les détracteurs, cette opération nuirait tant à l’économie qu’à la sécurité de l’Allemagne.

  • « L’Allemagne doit faire preuve de prudence dans ses relations économiques avec la Chine et ne pas commettre de nouveau l’erreur, comme avec la Russie, de dépendre d’un pays qui ne partage pas [ses] valeur. La Chine a changé ces dernières années, elle s’isole du monde, menace d’agir militairement contre Taïwan et tente d’imposer ses propres règles en lieu et place des normes internationales », a commenté la ministre des Affaires étrangères, Annelena Baerbock (Les Verts).

  • La Chine « aurait une influence sur tous les grands ports européens et pourrait les monter les uns contre les autres », a réagi Johannes Vogel, vice-président du parti libéral-démocrate (FDP).

  • « Nous devrions, même en cas d’erreurs, avoir tiré les leçons du passé. Les infrastructures critiques, grand thème de ces derniers jours, doivent être gérées par les pouvoirs publics ! », a tweeté le président du SPD au Bundestag, Marcel Emmerich.

  • Bien que discrète, une opposition aurait également été formulée par Commission européenne, selon Politico.

L’implication extra-politique

  • Si tout cela ressemble à une lutte politico-politique, il faut noter que les services de renseignements et de contre-espionnage allemands se sont eux aussi mêlés au dossier.

  • Lors d’une audition publique devant la commission de contrôle parlementaire tenue lundi, le président du Service fédéral de renseignement (BND), Bruno Kahl, a mis en garde contre l’influence croissante de la Chine, rappelle Euractiv. Pour lui, le danger « d’une Chine autocratique accédant au pouvoir mondial » n’est pas suffisamment pris en compte par les autorités.

  • Selon un autre chef du renseignement, Thomas Haldenwang, du Bureau pour la protection de la Constitution, « aux côtés de la Russie, la Chine est un acteur important qui doit être surveillé ».

  • La quête mondiale de Pékin impliquerait des services de renseignement chinois ciblant de plus en plus les forces armées allemandes « à un niveau élevé », a également averti la cheffe du service de contre-espionnage militaire, Martina Rosenberg.

Et maintenant ?

  • Si le gouvernement allemand ne prend pas officiellement – et unanimement – position contre l’opération, celle-ci sera automatiquement avalisée.

  • Le temps presse : si le cabinet Scholz veut stopper l’opération, il doit le faire avant la fin du mois. S’il le juge nécessaire, il peut toutefois tenter de jouer les prolongations, en allongeant les délais. Mais même une telle décision reste incertaine à l’heure actuelle.

  • Scholz a bon espoir qu’aucun blocage ne surviendra d’ici dix jours. Cela lui permettrait d’avoir une bonne nouvelle à apporter à Pékin, où il sera en déplacement les 3 et 4 novembre prochains.

  • « Nous ne devons pas nous détacher de certains pays, nous devons continuer à faire des affaires avec certains d’entre eux. Je le dis expressément : également avec la Chine », a encore martelé le chancelier ce mardi devant les industriels de la fédération allemande de la construction mécanique (VDMA).
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