« Reportez d’un mois votre baisse de production » : Biden a-t-il tenté d’influencer l’OPEP en vue des midterms?

Dans un communiqué, le ministère saoudien des Affaires étrangères indique que « le report d’un mois de la réduction, comme suggéré » par les Etats-Unis, ne serait pas possible. Cela laisse entendre que Biden aurait tenté d’influencer l’OPEP pour reporter la décision. Il craignait que la réduction de la production de pétrole entraine une hausse des prix, qui lui serait fatale aux élections américaine de mi-mandat qui ont lieu… dans moins d’un mois. Les États-Unis démentent, mais pas tout.

Dans les coulisses de la décision de l’OPEP, épisode II. Après la révélation du fait que la décision de réduire la production ait, probablement, en partie été prise pour dissuader le plafonnement des prix du pétrole russe, voici d’autres révélations, sur une question de calendrier cette fois.

C’est une formulation dans un communiqué du ministère saoudien des Affaires étrangères, publié ce jeudi, qui pose question. Le Royaume réfute les commentaires faits par une source officielle en son sein, comme quoi la décision de l’OPEP aurait été « politiquement orientée » contre les États-Unis. La décision a été prise selon « des considérations économiques pour maintenir l’offre et la demande », note le ministère, et « à l’unanimité avec tous les pays membres », et pas selon « les décisions unilatérales d’un seul pays. »

« Reporter d’un mois, comme suggéré par l’administration des États-Unis »

Voilà pour le contexte du communiqué. Mais c’est plus loin qu’une formulation interpelle. « Le Royaume (d’Arabie Saoudite, NDLR) a précisé, à travers ses consultations continues avec l’administration américaine, que toutes les analyses économiques indiquent que le report d’un mois de la décision de l’OPEP+, selon ce qui a été suggéré, aurait eu des conséquences économiques négatives », peut-on lire.

« Le report d’un mois » peut faire froncer les sourcils, surtout au détour d’une phrase qui sous-entend que c’est là une suggestion de l’administration américaine. Depuis la fin de la crise sanitaire, l’OPEP a graduellement augmenté ses quotas de production, et les États-Unis ont toujours demandé à ce que cela se fasse plus vite. Une demande de reporter une baisse importante de production (pressentie à un million de barils par jour par les analystes, avant l’annonce officielle des deux millions de barils par jour) n’est donc pas surprenante.

Mais cette demande en particulier, si elle est vérifiée, se distingue un peu comme un aveu de faiblesse pour le président américain: ce 8 novembre ont lieu les élections de mi-mandat, qui risquent de chambouler la composition des deux Chambres. Biden est impopulaire, et sait que son parti risque de perdre des plumes. Une hausse des prix, suite à une telle décision de l’OPEP, ne va qu’ajouter à son impopularité, même si dans les faits il n’y est pour rien. Les prix élevés des carburants sont inacceptables pour les consommateurs américains. Ainsi, le report d’un mois d’une telle réduction de la production aurait pu limiter la casse pour Biden.

Recours aux réserves stratégiques

Est-ce un pur hasard de calendrier ou une vraie stratégie pour garder une bonne image avant les midterms? On ne le saura sans doute jamais. Mais une chose est sûre : depuis cette décision, Biden se plie en quatre pour limiter la hausse des prix des carburants, qui semble le préoccuper plus que tout : une bataille juridique qui pourrait aboutir à une classification de l’OPEP en tant que « cartel », une libération de millions de barils des réserves stratégiques (qui sont déjà à un niveau bas) ou encore proposition de limitations voire interdiction des exportations de pétrole.

Au final, la hausse des prix du pétrole s’est vite calmée. Les peurs de récession mondiale gardent la main sur le marché, et le baril n’a pas pu atteindre les 100 dollars, malgré les tentatives de l’OPEP de jongler avec l’offre pour gonfler les prix.

Les États-Unis démentent, mais pas tout

Les États-Unis réagissent, tard ce jeudi, au fameux communiqué, par le biais d’une conférence de presse organisée par le porte-parole du Conseil de sécurité, John Kirby, à laquelle Reuters a assisté.

  • Pour les États-Unis, l’unanimité dont parle l’Arabie Saoudite n’est qu’une unanimité de façade. « Plusieurs » membres n’auraient pas été d’accord avec la réduction. Le Royaume aurait forcé ces pays à suivre la décision.
  • La décision ne serait pas non plus « purement économique » comme le décrivent les Saoudiens. Les États-Unis ont présenté des analyses économiques au pays, peu avant la décision, qui montraient que la réduction n’était pas nécessaire et n’avait pas de « base de marché », explique Kirby.
    • « Cela aurait pu attendre un mois », selon cette analyse, ajoute-t-il. La volonté d’éviter que cette réduction ne nuise aux résultats des démocrates lors des élections de mi-mandat n’est donc pas niée.
  • Il en profite pour accuser à nouveau le Royaume de jouer le jeu de la Russie. Pour les États-Unis, ces réductions de production vont « augmenter les revenus de la Russie et atténuer l’efficacité des sanctions ».
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