Qu’est-ce qu’être allergique au Wi-Fi ?

L’hypersensibilité électromagnétique ou EHS n’est pas une condition reconnue par la majorité des médecins. Selon certains médias, la supposée science derrière l’hypersensibilité électromagnétique serait surmédiatisée et les symptômes de cette condition relèveraient davantage de la psychologie que de la physiologie, explique Alexa Tsoulis-Reay sur Science of Us.

Même si l’EHS est reconnue par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’institution estime que ses symptômes associés (étourdissements, nausées, palpitations cardiaques, rougeurs, sensations de brûlures sur le derme, picotements, etc.) ne font partie d’aucun syndrome reconnu. L’hypersensibilité électromagnétique n’affecterait que quelques individus parmi des millions et seuls 10% des cas sont considérés comme graves.

Cependant, les personnes qui souffrent de ces symptômes aigus ne sont pas d’accord. Il existe des communautés de personnes atteintes par cette condition partout à travers le monde. On trouve ces groupes de soutien aux victimes de l’EHS dans des endroits tels que Greek Bank, en Virginie-Occidentale. Au sein de ces associations, la plupart des formes de rayonnement électromagnétique sont interdites.

Dafna Tachover, avocate américaine de 42 ans qui vit à Jérusalem et à New York, est atteinte d’hypersensibilité électromagnétique depuis 5 ans. Elle a expliqué à Science of US en quoi consistait cette condition.

D’un point de vue général, la jeune femme peut utiliser tout ce qui n’a pas de rapport avec l’Internet « sans fils ». Elle peut, par exemple, utilisé un ordinateur et un téléphone connecté avec un câble, un téléphone fixe mais pas de smartphone. Sur l’écran de son ordinateur, elle superpose un autre écran de protection afin de réduire le champ électrique. Son clavier et sa souris sont également pourvus d’un câble. Les transformateurs des différents dispositifs sont placés dans des boîtes métalliques afin de diminuer les champs magnétiques. Le Wi-Fi et le Bluetooth sont désactivés sur son PC.

Tachover a détecté ses premiers symptômes en juillet 2009 lors de l’achat d’un nouvel ordinateur portable. Lorsqu’elle a sorti l’ordinateur de sa boîte et a commencer à l’utiliser, quelque chose n’allait pas : la partie gauche du tapis de la souris vibrait et elle avait des fourmis dans les doigts. Il devait y avoir un problème technique, peut-être trop d’électricité statique, explique-t-elle. Le magasin lui a confirmé que l’ordinateur était défectueux et lui en a fourni un autre modèle. Mais lorsqu’elle a allumé le nouvel appareil, elle explique avoir ressenti une pression cardiaque et tous les symptômes sont réapparus. Tachover raconte que lors d’une conversation avec son mari, elle n’est plus arrivée à comprendre ce qu’il lui disait et elle avait l’impression qu’une partie de son cerveau s’était déconnectée, son cœur palpitait et son visage avait rougi. Ces manifestations physiques avaient lieu chaque fois qu’elle se rapprochait de son ordinateur.

Dans un premier temps, l’avocate n’a pas compris que l’ordinateur était la cause de ses maux étranges. Lors d’une recherche sur Internet, elle s’est rendu compte que plusieurs personnes disaient être atteintes de palpitations lorsqu’elles étaient proches d’un ordinateur. Son ex-mari, médecin, titulaire d’un doctorat en biologie moléculaire de l’Université de Princeton, lui a recommandé, après avoir consulté un collègue, de se passer quelques temps éloignée des ordinateurs car son corps était peut-être victime des taux élevés de produits chimiques émis par ces appareils. Par ailleurs, Dafna Tachover explique qu’elle se sentait également mal lorsqu’elle utilisait son téléphone portable et avait l’impression qu’on lui trouait le cerveau. Les symptômes ont perduré et son devenus plus forts. Elle ne pouvait par exemple pas rester à moins de quatre mètres d’un ordinateur et son cœur sautait littéralement. Elle a donc décidé d’aller voir un cardiologue. Tachover avait apporté avec elle son ordinateur. La cardiologue n’a rien trouvé en ce qui concerne une potentielle pathologie cardiaque. A l’époque, Tachover ne savait pas que le Wi-Fi était la cause de ses symptômes et lorsque la cardiologue a réalisé les tests en présence de l’ordinateur, le Wi-Fi n’était pas activé sur l’ordinateur.

Des symptômes bizarres ont continué à se manifester. Dans son appartement, elle souffrait de migraines quand elle dormait d’un côté du lit mais celles-ci disparaissaient si elle changeait de place. Tachover a contacté un neurologue qui lui a avoué n’avoir jamais rien entendu de tel auparavant. Il lui a fait passer une électroencéphalographie qui détecte l’activité électrique du cerveau et une électromyographie qui analyse la façon dont les nerfs réagissent aux courants électriques. Mais, à nouveau, le médecin n’a rien découvert. Les symptômes sont devenus de plus en plus récurrents et la jeune ne pouvait plus se déplacer ni dormir sans les subir. Elle a ensuite appelé un médecin de Manhattan qui lui a expliqué qu’elle souffrait d’hypersensibilité électromagnétique et lui a recommandé deux sites grâce auxquelles elle a pu en savoir plus sur cette condition. Elle est partie faire un séjour à Green Bank où personne n’est autorisé à utiliser des dispositifs sans fils et les symptômes ont disparu. Mais il lui était impossible de vivre dans un endroit pareil, déconnectée du monde. Apres avoir cherché différents endroits pour vivre avec son mari, elle s’est finalement séparée de lui car les tensions consécutives à son mal étaient devenues trop présentes. Elle ne pouvait plus dormir dans leur appartement et a ainsi passé sept mois à dormir dans leur voiture. Sa vie était devenue un cauchemar. Elle ne pouvait plus être soumise à un quelconque rayonnement électrique qu’il provienne d’un réfrigérateur, d’un lave-vaisselle, d’un four à microondes ou d’une machine à laver.

Finalement, Dafna Tachover est partie vivre en Caroline du Sud dans un endroit isolé où son corps a fini par se calmer. Par la suite, elle s’est installée définitivement en Israël, pays très technologique, et ne sort presque plus de chez elle. « Il faut beaucoup d’énergie pour ne pas déprimer. Les gens disent que les personnes électro-sensibles sont folles mais comment puis-je vivre dans un monde sans fils qui me rend malade ? ».