Quels sont les risques réels du vaccin AstraZeneca ? Le sang de tous les Écossais a été passé au crible

Un patient écossais recevant un vaccin contre le coronavirus, à Aberdeen.

Des quatre vaccins approuvés à peu près partout en Europe jusqu’ici, celui conçu par AstraZeneca a concentré le plus de polémiques. Une étude d’envergure menée sur des millions d’Écossais vient de livrer son verdict. Elle est plutôt rassurante.

Après un vent de panique qui avait soufflé sur une bonne partie de l’Europe, l’Agence européenne du médicament (EMA) avait rendu son verdict début avril. D’après elle, les caillots sanguins font partie des effets secondaires très rares du vaccin AstraZeneca.

Depuis, quasiment tous les pays ont recommencé à l’administrer, le réservant aux personnes plus âgées. La Belgique, par exemple, ne l’inocule qu’aux personnes âgées de minimum 41 ans. Une limite similaire a été fixée au Royaume-Uni, où il s’agit d’une forte recommandation – très suivie – plutôt que d’une règle.

Afin d’avoir une vue d’ensemble sur les possibles effets du vaccin AstraZeneca sur le sang des vaccinés, des chercheurs britanniques ont analysé le dossier médical des 5,4 millions d’Écossais. Parmi eux, au moment d’arrêter la récolte des données, 1,7 million avaient reçu une dose du vaccin AstraZeneca, 800.000 une de Pfizer.

Objectif de l’étude: repérer tous les troubles hémorragiques (caillots sanguins, saignements inhabituels, maladie appelée purpura thrombocytopénique idiopathique – PTI).

Un risque très légèrement accru

D’après les données récoltées, les patients ayant reçu une dose du vaccin étaient légèrement plus susceptibles de développer une PTI. les chercheurs estiment qu’il y a 11 cas supplémentaires de PTI pour chaque million de doses du vaccin.

La PTI correspond à une réduction des plaquettes sanguines, pouvant entraîner des ecchymoses, des saignements des gencives, voire des hémorragies internes.

Ces cas de PTI sont apparus généralement chez les personnes âgées (âge médian: 69 ans) souffrant de problèmes de santé chroniques tels qu’une maladie coronarienne, un diabète ou une maladie rénale chronique. Le problème survient entre la deuxième et la quatrième semaine suivant la vaccination.

Cette légère hausse des PTI est similaire à celle observée chez les personnes qui reçoivent un vaccin contre la grippe, la rougeole, les oreillons, la rubéole ou l’hépatite B, soulignent les chercheurs britanniques. Toutefois, dans le cas du vaccin contre le coronavirus, un lien causal n’a pas encore pu être établi.

Les chercheurs notent que le risque de développer une PTI est plus élevé en contractant le Covid-19 qu’en se faisant vacciner avec AstraZeneca. D’après Stephen Evans, professeur de pharmacoépidémiologie à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, le risque encouru avec le coronavirus s’élève à… 3400 pour 1 million de personnes.

En revanche, aucun cas de PTI n’a été décelé chez les personnes qui ont reçu le vaccin Pfizer.

Concernant les cas caillots sanguins et de saignements inhabituels, les chiffres des personnes vaccinées avec AstraZeneca sont là aussi plus élevés que ceux n’ayant pas reçu de vaccin, mais dans des proportions encore plus faibles que pour la PTI.

Des résultats ‘rassurants’

Les auteurs de l’étude estiment que leurs chiffres sont de bon augure. ‘Cette analyse minutieuse du programme de vaccination d’un pays entier […] a révélé une légère augmentation du risque de PTI, de coagulation et d’hémorragie après l’administration du vaccin Oxford-AstraZeneca. Ce risque très faible est important, mais il doit être considéré dans le contexte des avantages très clairs des vaccins et des risques potentiellement plus élevés de ces résultats chez ceux qui développent Covid-19’, a commenté le professeur Aziz Sheikh, directeur de l’Usher Institute à l’université d’Édimbourg.

‘Dans l’ensemble, c’est plutôt rassurant’, a-t-il ajouté, cité par le Guardian. ‘Au niveau de la population, nous constatons que les risques liés au vaccin sont faibles et qu’il existe des traitements pour les personnes qui développent un PTI.’

Les chercheurs recommandent toutefois de rester attentif dans les semaines qui suivent l’administration du vaccin. En cas de bleu ou de saignement, il est conseillé de contacter un médecin, qui saura traiter la PTI – si c’en est une – comme il le faut.

L’étude sur les 5,4 millions d’Ecossais a été publiée dans la revue Nature. Elle est disponible ici.

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