Quelle différence pour l’économie entre une guerre et une pandémie ?

(EPA-EFE/Paolo Aguilar)

Emmanuel Macron et Donald Trump ont parlé à plusieurs reprises de ‘la guerre contre le Covid-19’. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a également déclaré récemment qu’il dirigeait ‘un gouvernement de guerre’ afin de faire face à ‘la plus grande crise depuis la Seconde Guerre mondiale’. Nous lisons dans les médias des informations sur le personnel des soins de santé ‘en première ligne’. La comparaison entre une guerre et la pandémie a souvent été faite. Mais peut-on aussi comparer les conséquences économiques d’une véritable guerre et les conséquences économiques d’une pandémie mondiale?

La banque d’investissement française Natixis publie une série de graphiques qui mettent les choses en perspective.

1944-1948: l’après-guerre

‘Après une guerre, le capital qui a été détruit pendant les affrontements est reconstruit parce que ce capital (logement, infrastructure, usines, etc.) est nécessaire. Cela conduit à un niveau d’investissement élevé (ligne grise) et à une croissance économique constante (ligne violette), comme le montre le graphique ci-dessous, qui met en lumière l’investissement réel dans l’économie britannique dans la période d’après-guerre (1944-1948).

La période post-Covid-19

En revanche, après la crise de Covid, des capitaux seront perdus dans certains secteurs de l’économie qui seront en difficulté permanente. L’industrie aéronautique en est le meilleur exemple. Plusieurs compagnies aériennes ont dit au revoir à certaines parties de leur flotte, le nombre de passagers dans le monde étant pratiquement réduit à néant. Étant donné que ces avions sont devenus obsolètes, ils ne devraient pas être remplacés.

La transition énergétique

Cela a également eu des conséquences sur le tourisme, le secteur de l’énergie et des transports. Là aussi, le capital existant est devenu inutile et ne devrait pas être remplacé. Le fait que divers gouvernements souhaitent utiliser la crise du coronavirus pour accélérer leur transition énergétique – loin des énergies fossiles – contribue également à l’accumulation de capital inutile.

Dans d’autres secteurs, cependant, une augmentation des investissements est perceptible. Pensez aux TIC, à la sécurité, au commerce en ligne, aux secteurs pharmaceutique ou des soins de santé, ce sont les gagnants de la crise du coronavirus. Mais il est loin d’être certain que ces investissements compenseront la perte d’investissements dans d’autres secteurs. Comme le montre le graphique ci-dessous, qui montre la production de biens d’équipement dans l’OCDE.

Guerres vs. COVID-19

Le monde est donc confronté à une configuration très différente de ce que l’on voit après une vraie guerre. Les guerres détruisent le capital utile, qui doit être reconstruit, générant des investissements et une croissance économique.

La crise Covid détruit le capital, le rendant obsolète dans les secteurs touchés par la crise de manière permanente. Ce capital ne doit pas être remplacé, de sorte que la croissance économique reste faible car les investissements sont insuffisants dans la reconstruction de ce capital.

Conclusion: Les conséquences économiques de ‘la guerre contre Covid’ sont donc incomparables aux conséquences économiques d’une véritable guerre.