Quand le FMI donne raison à la politique monétaire de la BCE

Face à la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE) est accusée d’agir trop tardivement pour resserrer sa politique monétaire. Mais le FMI pense aussi que les situations américaine et européenne sont différentes, et qu’elles demandent donc des réponses différentes.

Alors que la Fed a déjà commencé à augmenter ses taux directeurs et qu’elle entame ce mois-ci une réduction de son bilan de 95 milliards d’euros, la BCE tarde à agir. La banque de Francfort va cesser une partie de son programme d’achat d’actifs seulement en juillet et procéder à une hausse des taux d’intérêt « quelques semaines plus tard », a affirmé sa directrice, Christine Lagarde. La grande question en Europe est de savoir si les taux seront relevés de 25 ou 50 points et combien de fois, pour arriver à un taux neutre d’ici le mois de septembre. Aux États-Unis, on se pose moins de questions et les taux ont déjà été augmentés de 50 points en mai dernier. La Fed devrait répéter la même action en juillet.

Pourtant, l’inflation galopante semble désormais toucher les deux entités de la même manière. Un temps épargnés, les États-Unis sont à leur tour affectés par des prix de l’énergie élevés. Si l’inflation avait stagné au mois d’avril, elle est repartie à la hausse du côté de l’Atlantique, boostée par l’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

La BCE est soumise à beaucoup de pression, aussi bien de la part de certains États membres de la zone euro, comme l’Allemagne, que de l’intérieur. Pourquoi ne pas agir plus vite pour enrayer l’inflation ?

Fed vs BCE

Interrogé ce matin sur BFM TV, l’économiste en chef du FMI, a porté secours à la politique monétaire de la Banque centrale. Pour Pierre-Olivier Gourinchas, la situation reste différente en Europe et aux États-Unis: « La politique monétaire est restée souple longtemps, pas seulement à la BCE. Elle est dans une situation différente de la Fed, puisque la zone euro est plus dépendante des effets de la guerre, du fait de la dépendance énergétique. L’Europe subit un ralentissement très fort de sa croissance lié au choc de la guerre, et la BCE doit naviguer entre la croissance et l’inflation. Elle est aujourd’hui obligée d’intervenir et doit revenir à une politique ‘neutre’, mais il est trop tôt pour dire qu’elle a maintenu sa politique expansionniste trop longtemps. »

C’est peu ou prou la ligne défendue par Lagarde qui, même avant le début de la guerre en Ukraine, pointait du doigt ces réalités différentes. Un autre exemple: le marché de l’emploi aux États-Unis est en surchauffe avec un taux de chômage très bas de 3,5%, ce qui crée une spirale inflationniste prix-salaire issue du manque de main-d’œuvre sur le marché. Le taux de chômage en Europe est lui en amélioration, mais atteint en moyenne le double: 6,8%, avec des disparités importantes entre les pays, avec près de 13% de chômage pour l’Espagne ou la Grèce. Faire baisser l’inflation en augmentant les taux d’intérêt peut provoquer un ralentissement de la croissance, qui peut affecter à son tour l’emploi. On voit donc qu’ici, les États-Unis ont plus de marge de manœuvre que l’Europe.

Récession

Il y a aussi une forme de pression politique. Augmenter les taux d’intérêt fait augmenter aussi les charges annuelles sur la dette. Une dette qui a explosé avec la crise sanitaire. Les plans de relance ont certes préservé une bonne partie de l’emploi en Europe, mais cela s’est fait au détriment des finances publiques et des dettes, devenues abyssales. Les pays du Sud, mais aussi la France et la Belgique, ont intérêt à ce que la BCE n’augmente pas ses taux de manière trop importante. Au contraire de l’Allemagne qui fait pression pour que la zone euro revienne au plus vite aux critères de base de Maastricht, qui seront pourtant en pause pour une année encore, en 2023.

Le risque majeur bien sûr d’une politique monétaire trop stricte sur les emprunts, c’est le risque de récession. Mais pour le moment, selon l’économiste en chef du FMI, ce n’est toujours pas le scénario privilégié : « Il se peut qu’il y ait une révision significative de nos prévisions de croissance par rapport à ce que nous avions annoncé. La récession est un risque, mais pas un scénario central aujourd’hui. »

Les dangers sont connus: guerre en Ukraine, ralentissement de la chaine d’approvisionnement provoqué par la réponse covid de la Chine ou encore l’augmentation des prix des matières premières. Globalement, les économistes restent très divisés sur la question de la récession, entre les optimistes et les pessimistes, c’est le traditionnel jeu des prévisions.

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