La protection de vos données et de votre vie privée est en danger : ‘Facebook, c’est encore mieux !’

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Le journal Le Soir rapporte ce mercredi une histoire digne d’un film de science-fiction. Et on y retrouve au centre de celle-ci, comme souvent depuis le début de cette pandémie, le nom de Frank Robben, qui mérite définitivement son nom de ‘Big Brother de l’Année’.

Une nouvelle idée émerge des têtes pensantes de la Smals, cette ASBL qui assure les besoins informatiques de l’Etat, spécifiquement dans les organismes liés à la santé et à la sécurité sociale.

À sa tête, le désormais célèbre Frank Robben, l’homme à tous les étages du traitement des données, décrit par Wilfried l’été dernier comme le ‘despote de l’État’. Il connait tout le monde : des pouvoirs publics aux directeurs de l’INAMI et de l’ONSS. Il chapeaute les réunions des directeurs informatiques des différents Services publics fédéraux. Il fait aussi partie de l’Autorité de protection des données ou est encore administrateur de la Banque Carrefour de la sécurité sociale. La carte SIS, c’est lui. La plateforme eHealth qui permet l’échange d’informations entre les acteurs des soins de santé, c’est lui. Depuis le déclenchement de la pandémie, il est aussi membre de la task force ‘Data against corona’. L’ASBL Smals gère d’ailleurs tout ce qui est tracing, testing et base de données de Sciensano. Joli tableau de chasse.

Cette idée, c’est le ‘Putting Data at the center’. Une banque carrefour qui regrouperait toutes les bases de données sensibles des Belges. Les clients intéressés seraient tant publics que privés. ‘C’est du délire total. À côté de ça, Facebook, c’est mieux’, explique au Soir un lanceur d’alerte.

Pas encore totalement aboutie, l’idée aurait déjà franchi un certain cap dans son développement. Une idée qui engage en tout cas 6 consultants de la Smals pour un budget alloué de 1 à 2 millions d’euros. Un outil qui croise des données personnelles (nom, adresse, date de naissance…) avec d’autres données confidentielles (santé, sécurité sociale, données fiscales, économiques, liées à la justice…).

Que fait le politique?

Si les intentions ne sont à ce stade pas malveillantes, on imagine très bien les dérives d’un tel système. L’accès ou le partage de vos données confidentielles ne peut être autorisé que dans un but précis, défini par la loi, et qui répond à un objectif de proportionnalité.

Or, le projet de la Smals ne répond ni à un but précis (pour faire quoi?), semble complètement disproportionné, et ne s’inscrit dans aucune loi. Que fait donc le monde politique?

La Smals n’est mandatée par aucun parlement, ministre ou administration. Si la presse n’en parle pas ou que des lanceurs d’alerte ne s’expriment pas, le problème n’existe pas, puisqu’il passe sous les radars.

Selon la même source qui s’adresse au Soir, ‘le politique a complètement perdu pied dans les discussions techniques. Des techniciens ont pris le pouvoir.’ Des responsables informatiques de l’administration qui sont tentés d’échanger des données entre eux. Sans mandat, ils ont développé un outil qui pourrait intéresser de nombreux clients.

Le rapport que le journal a pu parcourir énumère certains dangers liés à cet outil. Il évoque aussi ‘un nécessaire amendement de la loi’. À ce niveau, nul doute que Frank Robben fera jouer toutes ses relations.

Smals nie les faits

Interrogé par l’Echo, Smals nie en bloc les accusations portées par Le Soir. Un nom de projet similaire existait bien, mais au sein du SPF Bosa (Stratégie et Appui). Rebaptisé depuis sous le nom de Smart Data Services, le projet qui n’est pas encore entré en production a pour but d’obtenir des informations sans y attacher l’identité de la personne impliquée à destination de l’administration.

Côté politique, Ecolo-Groen a demandé de faire toute la transparence sur l’outil incriminé : ‘Nous demandons dès lors que Frank Robben soit entendu dans les meilleurs délais en commission parlementaire afin de faire toute la lumière sur ce projet, ses balises et sa légitimité démocratique.’ De son côté, le président de DéFI François De Smet appelle le Parlement à reprendre le contrôle sur les bases de données.

Au-delà du désastre sanitaire, la pandémie aura révélé la fragilité de nos démocraties. Tant pour les libertés individuelles que pour la préservation de nos données personnelles. Restons vigilants: la fin ne justifie jamais les moyens.