Le projet européen d’installation de terminaux gaziers suscite l’incompréhension des experts du climat: « Il enfermera le monde dans une dépendance continue aux combustibles fossiles »

Peu après le début de la guerre en Ukraine, un certain nombre de nations européennes ont décidé d’installer des terminaux gaziers flottants pour augmenter leur capacité d’importation. Le premier d’entre eux devrait livrer du gaz sur le continent d’ici la fin de 2022. Mais, selon les experts du climat, ce plan pourrait conduire l’Europe à rester dépendante des combustibles fossiles sur le long terme.

Au total, une vingtaine de terminaux gaziers seront à terme mis en service pour rendre le continent moins dépendant du gaz russe. À l’heure actuelle, l’Europe importe toujours de grandes quantités de ce pays par le biais de pipelines, mais maintenant que l’important pipeline Nord Stream 1 est à nouveau fermé et que l’on craint qu’il ne le reste, tout le monde est sur le pont pour trouver d’autres fournisseurs.

Cependant, ces remplaçants, qui comprennent les États-Unis, le Canada, le Qatar et même la Chine, n’ont pas la capacité d’utiliser les infrastructures existantes. Ainsi, pour importer du gaz de ces pays, l’Europe doit construire des terminaux gaziers.

Les terminaux, qui auront une longueur d’environ 300 mètres, pourront chacun stocker jusqu’à 170.000 mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL). Une fois réchauffé pour former un gaz, le volume est multiplié par 600, ce qui signifie que chaque terminal peut fournir environ 102 millions de mètres cubes de gaz. Les terminaux flottants présentent également l’avantage d’être plus rapides et moins chers à construire que les installations de stockage à terre, bien qu’ils soient plus coûteux à entretenir.

Les experts du climat ne comprennent pas

Mais les experts en climatologie ne sont pas très enthousiastes à ce sujet. Ils tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme, car la mise en service des terminaux gaziers pourrait avoir des conséquences néfastes pour le climat à long terme. L’Europe resterait dépendante des combustibles fossiles au lieu d’accélérer la transition énergétique vers des sources d’énergie vertes.

En 2016, au sommet de Paris sur le climat l’Europe et de nombreux autres pays ont convenu qu’ils devaient réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de pas moins de 40% d’ici à 2030. Cela serait nécessaire pour limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Pour atteindre cet objectif, il faut produire de plus en plus d’énergie à partir de sources durables.

En restant dépendante du gaz naturel, troisième pollueur parmi les combustibles fossiles après le pétrole et le charbon, les experts estiment que l’Europe pourrait ne pas atteindre ces objectifs. Ils ajoutent que la transition n’est d’ores et déjà pas assez rapide pour limiter suffisamment les dégâts.

Les infrastructures sont en cours de construction

Une grande partie du GNL qui sera importé provient des États-Unis. La capacité d’exportation de ce pays est en train d’être considérablement augmentée pour répondre à la demande croissante en Europe. Les États-Unis ont déjà fourni plus de gaz naturel au continent au cours du premier semestre de l’année que pendant toute l’année 2021, mais même cela ne suffit pas à compenser les énormes quantités importées de Russie avant la guerre.

« La construction de cette immense infrastructure de GNL maintiendra le monde dépendant des combustibles fossiles pendant des décennies et continuera à nuire au climat », indique un climatologue du Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Bloomberg. D’autres climatologues suggèrent que l’argent utilisé pour construire les terminaux serait mieux dépensé dans des sources d’énergie vertes.

Mais il faut des années pour construire des parcs solaires et éoliens et le secteur de l’énergie ne semble pas avoir d’autres solutions à court terme que de revenir au gaz naturel. L’Europe a désormais opté pour cette solution : l’Allemagne, l’un des principaux partisans des nouveaux terminaux, a déjà débloqué 3 milliards d’euros pour le projet. En outre, le pays a adopté une loi qui permet de les construire sans que leur impact sur le climat ait été préalablement évalué.

(CP)

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