Pourquoi 200 000 drones ne suffiraient pas à Taïwan dans le cadre d’un conflit de longue durée avec la Chine


Principaux renseignements

  • La capacité de production durable est plus importante que le volume des stocks initiaux.
  • La guerre des drones exige le remplacement rapide des drones perdus et des mises à jour logicielles continues.
  • Washington doit sécuriser des chaînes d’approvisionnement indépendantes de la Chine afin de garantir la résilience de Taïwan.

Le Parlement taïwanais a récemment mis fin à un différend de longue date concernant le développement des capacités en matière de drones (UAV). Alors que le gouvernement du président Lai Ching-te proposait un budget spécial de 210 milliards de dollars taïwanais (5,7 milliards d’euros) sur six ans pour l’acquisition d’environ 210 000 drones, le Parlement, dirigé par l’opposition, a présenté son propre plan.

Cette approche alternative prévoit des dépenses plus élevées, s’élevant à 240 milliards de dollars taïwanais (6,5 milliards d’euros) sur la même période, bien que la supervision soit confiée au ministère de l’Économie et que l’on recoure à des crédits budgétaires annuels plutôt qu’à une autorisation unique.

Le cœur du désaccord portait sur le contrôle administratif et le risque qu’un achat massif en une seule fois conduise à une technologie obsolète.

Conception erronée des stocks initiaux

Cependant, ce conflit politique se concentre sur un indicateur erroné. Se focaliser sur le nombre initial de drones disponibles dès le premier jour d’un conflit est une erreur stratégique comparable à la logique fallacieuse du « décompte des morts » utilisée par les forces américaines pendant la guerre du Vietnam.

La question cruciale n’est pas l’ampleur du stock initial, mais la capacité de Taïwan à continuer de déployer un flux constant de drones si, en cas d’attaque, la Chine tente de neutraliser les usines, les ports et les réseaux de communication.

Leçons tirées du conflit ukrainien

Le conflit en Ukraine offre une leçon qui donne à réfléchir : la guerre des drones est un jeu d’usure rapide. Ces systèmes sont constamment détruits, brouillés ou rendus inutilisables par l’évolution des signatures de guerre électronique, ce qui nécessite des mises à jour logicielles et matérielles perpétuelles.

Alors que l’Ukraine bénéficie de liaisons terrestres avec ses alliés européens pour se réapprovisionner, Taïwan est une île vulnérable à un blocus total. De plus, la chaîne d’approvisionnement mondiale constitue un obstacle majeur ; la Chine dominant la production des aimants en terres rares indispensables aux moteurs des drones, les chaînes de montage taïwanaises restent tributaires des composants chinois.

Tests de résilience nationale

Malgré ces défis, l’armée taïwanaise se prépare de manière proactive. Lors des récents exercices Han Kuang, la perte du commandement centralisé et la perturbation des services Internet ont été simulées. Le ministère de la Défense s’est également entraîné à déplacer des arsenaux d’armes essentiels et des usines d’assemblage civiles vers des zones plus sûres.

La production nationale s’élève actuellement à 15 000 unités par mois, l’objectif étant de porter ce chiffre à 100 000 d’ici 2030. Cette capacité repose toutefois sur une situation stable en temps de paix. Il n’est pas certain que Taïwan puisse maintenir un tel niveau de production sous la pression d’une invasion à grande échelle.

Incertitude pour l’armée chinoise

Du point de vue de l’Armée populaire de libération (APL), un stock fixe est une variable dont on peut tenir compte dans les calculs et la planification. Si la Chine connaît le nombre exact de drones dont dispose Taïwan, elle peut estimer quand ce stock sera épuisé.

En revanche, une capacité de production résiliente qui alimente les forces armées crée une dangereuse incertitude pour Pékin. Si Taïwan est encore en mesure de lancer des drones plusieurs semaines après le déclenchement d’un conflit, la logistique et les têtes de pont chinoises resteront constamment exposées, rendant ainsi imprévisibles le coût et la durée d’une invasion.

Un nouveau paradigme pour le soutien américain

En conséquence, les États-Unis doivent adapter leur stratégie de soutien. Au lieu de se concentrer sur la quantité de matériel fourni, Washington doit donner la priorité à la pérennité de la production taïwanaise. Cela implique de sécuriser des chaînes d’approvisionnement en matières premières indépendantes de la Chine.

En fin de compte, le véritable critère de la défense de Taïwan ne sera pas le nombre de drones stockés au moment du déclenchement d’une guerre, mais la capacité à les maintenir en vol après que la première vague de missiles se sera abattue. (lv)

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