Pour relancer sa natalité, l’Iran limite drastiquement l’accès aux méthodes de contraception

Une femme iranienne portant un masque facial marche devant une peinture murale représentant le drapeau national, dans une rue de Téhéran. (EPA-EFE/ABEDIN TAHERKENAREH)
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Les hôpitaux publics du pays ne fourniront plus de contraceptifs ni ne réaliseront de vasectomie, a déclaré dimanche le vice-ministre iranien de la Santé. Cette décision radicale vise à rebooster le taux de natalité nationale, sévèrement en déclin.

D’ici 2050, un tiers de la population iranienne sera âgée de plus de 60 ans. ‘Que cela nous plaise ou non… Nous allons devenir un pays vieillissant’, a prévenu le week-end dernier le vice-ministre iranien de la santé, Hamed Barakati. Les familles iraniennes donnent actuellement naissance à une moyenne de 1,7 enfant. Or, il faut que celle-ci s’élève à au moins 2,2 enfants pour que la population se maintienne.

La croissance annuelle de l’Iran est ainsi tombée en dessous de 1%, et le pays sera bientôt ‘le plus vieux du monde dans les 30 prochaines années’ si ce déclin se poursuit, a prédit Barakati. Une véritable catastrophe pour son économie, que le gouvernement a donc décidé de prendre à bras-le-corps.

‘Des machines à fabriquer des bébés’

Cette suspension de la distribution n’est toutefois pas à prendre comme une interdiction générale. Elle ne vise que les établissements publics, les hôpitaux et pharmacies privés pourront encore fournir des contraceptifs et réaliser des vasectomies. Et tout établissement pourra y avoir recours si la vie d’une personne est en danger.

Reste-t-il qu’il s’agit d’une décision radicale et lourde de conséquences. Non seulement les enfants non désirés vont se multiplier, mais également les avortements clandestins, mettant en danger de nombreuses femmes. Les organisations de défense des droits de l’Homme ont déjà condamné cette décision, affirmant qu’elle réduirait également les femmes à des ‘machines à fabriquer des bébés’.

Une natalité sur des montagnes russes

Ce déclin est une conséquence directe des politiques iraniennes des dernières décennies, comme l’explique Business Insider. Entre 1968 et 1979, le gouvernement incite ses citoyens à créer des familles nombreuses. La population passe alors rapidement de 27 à 55 millions d’habitants. Trop rapidement: l’ancien chef suprême de l’Iran, l’ayatollah Khomeini, craint que le pays ne supporte pas une telle croissance de sa population après la guerre qui l’oppose à l’Irak. 

Son gouvernement inverse donc la tendance à 180 degrés, reprend le contrôle des naissances et promeut vivement l’usage de contraceptifs. Ceux-ci sont bons marché, des préservatifs sont même distribués gratuitement et des campagnes d’éducation sexuelle sont lancées à l’échelle nationale. Avec des slogans tels que ‘Deux enfants, c’est assez’ et ‘Moins d’enfants, une meilleure vie’. Entre 1980 à 2012, l’Iran connaît ainsi la plus forte chute de fertilité jamais enregistrée, selon le Los Angeles Times.

Et puis, marche arrière toute il y a une dizaine d’années. Le déclin du pays fait changer d’avis le leader suprême actuel, l’Ayatollah Khamenei, qui appelle l’Iran à doubler sa population. Des annonces insuffisantes. En 2015, le gouvernement adopte alors deux nouvelles lois pour restreindre l’accès aux contraceptifs et interdire la stérilisation volontaire. Aujourd’hui, le pays fait donc un pas de plus vers cette restriction des libertés.

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