Pour contrer la Chine, l’Europe met sur la table 300 milliards pour sa propre Route de la soie

L’Europe lance un projet faramineux d’investissements dans le monde. 300 milliards d’euros pour développer les transports, la numérisation, la santé, les énergies renouvelables et l’éducation dans les pays à faibles ou moyens revenus. Un projet qui fait penser aux Routes de la soie, un plan chinois d’investissements, qui est aussi un puissant outil de diplomatie et de propagande. Face à ce plan bien établi, quel poids peut avoir celui de l’Europe?

Global Gateway, ou « portail sur le monde ». L’Europe injecte 300 milliards d’euros dans un programme d’investissements de ce nom, dans les pays à faibles et à moyens revenus. Comme l’initiative chinoise appelée les nouvelles Routes de la soie, ou belt and road initiative en anglais, mais ici, c’est pour contrer l’influence de la Chine dans le monde justement.

« Avec le programme Global Gateway nous voulons créer des liens forts et durables, et non des dépendances, entre l’Europe et le monde et construire un nouvel avenir pour les jeunes », annonçait Jutta Urpilainen, commissaire en charge pour les partenariats internationaux, mercredi. Les investissements seront répartis sur les six ans à venir.

La présidente de la Commission Ursula Von der Leyen vise le plan chinois des nouvelles Routes de la soie, en disant offrir une « vraie alternative ». Elle indique que le Global Gateway sera transparent, mené en bonne gouvernance et sans créer de situations de dettes impayables dans les pays partenaires – ce dont on accuse souvent le plan chinois.

Ce plan de l’Empire du Milieu a été lancé en 2013. La Chine a construit des routes, des chemins de fer et des ports partout dans le monde, pour étendre son réseau de commerce et diplomatique. En mars 2021, le plan comptait 139 pays inscrits, représentant 40% du PIB mondial.

Le plan européen se compose en deux parties, 18 milliards seront des subventions, et le reste (280 milliards) des investissements de la part de différents organes, comme les Etats membres, leurs banques consacrées au développement, ainsi que le secteur privé et des instances financières européennes, comme la BEI.

Quelques détails

  • Transport : Des routes, des chemins de fer, des ports, des aéroports : à l’image du plan chinois. Aussi pour aider les pays à se développer et à diversifier leurs chaines d’approvisionnement. L’Europe veut créer un réseau de transports durables à travers la Méditerranée, pour lequel 4,6 milliards d’euros sont prévus.
  • Energie renouvelable : L’Europe mise sur l’hydrogène renouvelable. Elle veut en favoriser la production et faciliter le marché également. L’Afrique subsaharienne reçoit ainsi 2,4 milliards d’euros en subsides et l’Afrique du Nord un milliard, pour favoriser la production efficiente d’énergies renouvelables.
  • Numérisation : Des investissements sont prévus pour installer des câbles de fibre optique, des satellites, de l’infrastructure de cloud, pour mieux organiser l’échange de données, la recherche sur l’IA et la coopération générale. 15 millions d’euros supplémentaires sont prévus pour améliorer un réseau de fibre optique vers et en Amérique du Sud, long de 35.000 kilomètres.
  • Santé : Le but est d’aider les pays à développer leurs propres vaccins, et à diversifier leurs chaines d’approvisionnement en produits pharmaceutiques, en Afrique en particulier. L’Europe va collaborer avec les centres locaux de contrôle et de prévention des maladies. Aucune somme n’a cependant été indiquée dans ce volet.
  • Recherche et éducation : L’Europe mise ici sur l’apprentissage en ligne. Elle veut créer des partenariats pour la recherche de talents, pour attirer des jeunes travailleurs ou étudiants sur le vieux continent. Le programme d’échange Erasmus+ se voit aussi doté de 400 millions d’euros supplémentaires.

Quelle marge de manoeuvre à côté du plan chinois?

Le programme européen ira aussi de pair avec le programme des Etats-Unis, « Build Back Better World », qui se « renforceront mutuellement », indique le communiqué. Mais quelle relation avec le plan chinois? Les pays (139 tout de même) qui ont bénéficié ou bénéficient toujours du plan chinois peuvent-ils également profiter du plan européen ? La Chine laissera-t-elle grappiller ses partenaires? Quel poids aura l’Europe face au plan chinois, déjà en place depuis des années (même si les investissements ont diminué ces derniers temps)? Des questions géopolitiques qui ne sont pour l’heure pas répondues, mais qui seront intéressantes à observer et resteront fortement d’actualité dans les années à venir.

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