Pourquoi le Portugal devrait devenir un exemple de prévention contre les feux de forêt

Les feux de forêt ou de broussailles qui ravagent l’Europe du sud chaque été sont amenés à se multiplier avec la sécheresse, et surtout à remonter vers le nord. Pourtant, des solutions existent pour prévenir ces catastrophes, et elles passent souvent par une gestion de la biodiversité des zones à risque.

L’Europe brûle. Ce n’est certes pas la première fois que l’été est le théâtre d’une série de dévastateurs incendies, mais c’est la première fois que les feux se déclarent aussi loin au nord, jusqu’en Bretagne, où le massif montagneux des monts d’Arrée voit ses landes en proie aux flammes. Or, avec un réchauffement climatique qui n’est pas près de s’atténuer, ces épisodes de sécheresse et de chaleur extrêmes qui génèrent de monstrueux incendies sous des latitudes autrefois épargnées risquent de se multiplier. Les différents pays d’Europe doivent se préparer, qu’ils soient déjà la proie des incendies ou qu’ils risquent de le devenir dans les années à venir, comme c’est d’ailleurs le cas pour la Belgique.

Année noire en 2017

Ces pays pourraient profiter du retour d’expérience d’une contrée du sud qui, face aux feux à répétition, s’est hissé au rang de précurseur en termes de lutte et de prévention des incendies : le Portugal. Ce petit pays de la façade atlantique du sud de l’Europe avait été le théâtre de terribles feux de forêt en 2017, dans lesquels 64 personnes ont péri, pour la plupart au volant de leur voiture en tentant d’échapper aux flammes.

Depuis ce drame, les pompiers portugais sont devenus des experts de la lutte contre les incendies en milieu naturel, et leur expertise est souvent mise en avant à l’échelle européenne, rappelle le média scientifique Futura.

L’eucalyptus, torche végétale

Mais le pays ibérique ne se contente pas d’avoir des soldats du feu compétents ; il a aussi massivement investi dans la prévention. Il a mis sur pied une agence de gestion des feux (Agif) dont le but est de s’occuper de la cause des incendies, et non pas seulement de combattre ceux déjà en cours.

Et la tâche est bien plus large qu’on ne pourrait l’imaginer, car le premier facteur de feu que l’agence cherche à éliminer, c’est l’eucalyptus. Ces arbres originaires d’Australie sont très courants au Portugal, où ils ont remplacé de nombreuses forêts de pins traditionnelles au XIXe siècle afin de produire des huiles essentielles. Un phénomène qu’on a observé aussi au Maroc et en Espagne.

Or l’eucalyptus est un arbre particulièrement inflammable : il est gorgé d’huile, et ses feuilles mortes et écorces, très sèches, constituent une sorte de tapis forestier qui peut prendre feu très facilement, puis faire circuler l’incendie à grande vitesse et sur de longues distances.

Lutter contre l’exode rural

L’Agif travaille donc à couper systématiquement tous les eucalyptus à proximité des villages et à replanter des espèces locales d’arbres, tout en redonnant sa place à l’agriculture dans des régions fort frappées par l’exode rural, et donc laissées sans surveillance. Elle appelle aussi à développer l’éco-pâturage, notamment avec des chèvres et des moutons sur les terres à débroussailler, afin de limiter le développement de broussailles sèches qui peuvent favoriser la circulation des feux. Une démarche qui passe aussi par des politiques de redynamisation des zones rurales du pays, afin qu’elles voient se renouveler leurs habitants, qui ont une part importante à jouer dans la prévention.

Le Portugal a été choisi pour accueillir la Conférence internationale sur les feux de forêt en 2023, où ces mesures préventives seront mises à l’honneur. Celle-ci intéresse déjà beaucoup les autorités d’autres régions sujettes aux incendies, comme dans le sud de la France, mais aussi en Californie, dont les pompiers viennent régulièrement se former au Portugal.

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