‘Plus vert, plus propre’: la pandémie aura-t-elle la peau des voitures au profit des cyclistes?

(Isopix)

Des villes du monde entier prennent des initiatives pour libérer progressivement leur espace public des voitures au profit des cyclistes et des piétons. La pandémie modifiera-t-elle profondément la mobilité urbaine ou n’est-ce qu’une tendance passagère?

C’est un mouvement qui s’observe dans de nombreuses villes européennes. À Athènes, le maire Kostas Bakoyannis a affirmé qu’il allait ‘libérer’ l’espace public des voitures. Il a annoncé la semaine dernière qu’il réserverait 50.000 mètres carrés aux cyclistes et aux piétons.

Même constat à Berlin, où 22 km de nouvelles pistes cyclables sont soudainement apparus dans la capitale allemande. À Budapest, ce sont 19 km de pistes cyclables temporaires qui ont été aménagées sur certaines des routes les plus fréquentées de la ville au cours du mois dernier. Tandis que dans la capitale irlandaise, à Dublin, les autorités ont mis en place un ‘plan de mobilité temporaire’ qui pourrait bien devenir permanent. Des pans entiers de la ville sont désormais réservés aux cyclistes et piétons.

Et ça continue en Italie, où la pratique du vélo n’est pourtant pas autant ancrée qu’ailleurs. Rome a approuvé la construction de 149 km de pistes cyclables (temporaires et permanentes) pour permettre à sa population de respecter la distance sociale, tout en continuant à vivre. Et l’une des villes les plus polluées d’Europe, Milan, s’apprête à voir 35 km de ses rues transformées cet été dans le cadre d’un projet visant à réaffecter l’espace de la voiture au vélo et à la marche. Les habitants des villes italiennes de 50.000 personnes ou plus pourront également réclamer jusqu’à 500 euros au gouvernement pour s’acheter un nouveau vélo.

Une mesure similaire à celle du gouvernement français, qui va dépenser pas moins de 20 millions d’euros pour encourager la pratique du vélo. Ce programme prévoit notamment d’offrir aux citoyens un bon de 50 euros pour faire réparer leur vélo. La maire de Paris, Anne Hidalgo, ne veut pas non plus voir la pollution atteindre son niveau d’avant-crise dans la capitale française. La région parisienne prévoit de créer jusqu’à 750 km de nouvelles pistes cyclables pour faciliter l’accès des navetteurs aux villes situées en dehors de la capitale. Et rétrécira pour ce faire l’espace réservé aux voitures.

Chez nous aussi?

En Belgique, les Bruxellois n’ont pas pu passer à côté de l’affaire de la piste cyclable rue de la Loi. Créée en pleine nuit, cette piste provisoire au détriment d’une bande de circulation a déchaîné les passions, surtout au niveau politique. Le principal parti d’opposition, le MR, se range du côté des automobilistes et dénonce un ‘dogmatisme’ du gouvernement bruxellois PS-Ecolo-Défi-Groen-VLD-Spa. Pour les libéraux, cette politique de mobilité douce est surtout une politique anti-voitures.

Une piste cyclable anti-voitures pour le MR, et anti-flamande pour la N-VA. Cette mesure politique propre aux Bruxellois n’est pas du goût des nationalistes, qui creuse le fossé entre la capitale et la Flandre, selon Théo Francken. Le nationaliste va même plus loin, et indique qu’il faut arrêter de payer pour Bruxelles.

Du côté de la ministre bruxelloise de la Mobilité, on se préoccupe surtout d’alléger la pression sur les transports en commun pendant la phase de déconfinement. ‘Pour aider la Stib, nous devons proposer des solutions alternatives. On sait que deux tiers des trajets effectués à Bruxelles sont inférieurs à 5 km. Nous voulons donc encourager les personnes en bonne santé à privilégier la marche ou le vélo. Et, pour cela, il est de notre responsabilité de créer des infrastructures sécurisées’, explique Elke Van den Brandt (Groen). Elle envisage d’aménager une piste sécurisée sur tous les grands axes structurants de la capitale, soit 40 km en tout.

La capitale a d’ailleurs été récompensée ce lundi pour son plan de mobilité intitulé ‘Good Move’ avec le Prix européen de la planification de la mobilité urbaine durable (SUMP). ‘Le jury a été particulièrement impressionné par son approche pour atteindre ses objectifs, qui considère la ville comme un écosystème’, indique le communiqué.

L’avènement du vélo?

Il n’y a pas de doute, ce mouvement est le fruit indirect de la pandémie de coronavirus. Il s’agit de dégorger les transports en commun afin de respecter au mieux la distance sociale, mais aussi d’en profiter pour diminuer les taux de pollution de façon durable. ‘Nous avons cette opportunité unique et nous faisons avancer rapidement tous nos travaux publics’, indique le maire d’Athènes. La ville ‘sera plus propre, plus verte’, un slogan qui pourrait correspondre à de nombreuses villes européennes.

Les partisans de cette politique de déplacement citent notamment les études indiquant que l’absence de gaz d’échappement pendant le confinement a considérablement amélioré la qualité de l’air dans les villes. Or une étude américaine a montré que la pollution engendre une hausse dramatique des décès liés au Covid-19. Même sans le coronavirus, l’air pollué est déjà la cause de milliers de décès chaque année. Au Royaume-Uni, on estime le nombre de victimes de la pollution entre 28.000 et 36.000 par an.

La pandémie a bouleversé nos habitudes de circulation, et de nombreuses organisations espèrent ne pas faire marche arrière après la crise. Reste à voir si la volonté prendra le pas sur des pratiques qui ont la vie dure, alors que les critiques sont tout aussi nombreuses. ‘La réduction temporaire du trafic automobile, et accessoirement la hausse de l’utilisation des vélos, ne peut pas être utilisée pour imposer la réaffectation permanente de l’espace de circulation’, affirme l’ADAC, l’association automobile allemande.

Et même si les vélos se multiplient, les transports en commun connaissent eux une perte de confiance des utilisateurs, selon les signes en Chine et une étude britannique. La voiture risque donc de reprendre progressivement sa place dans les villes en déconfinement…

Lire aussi: