Principaux renseignements
- Le projet X-Ray des États-Unis avait pour objectif d’utiliser des chauves-souris comme vecteurs de bombes incendiaires contre le Japon.
- Des obstacles logistiques liés au transport des animaux ont contraint l’armée à abandonner ce projet.
- Ces expériences ont démontré la vulnérabilité des villes japonaises face aux campagnes de bombardements incendiaires.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les forces américaines progressaient à travers le Pacifique, l’armée de l’air américaine cherchait des moyens innovants de perturber l’industrie japonaise et de saper le moral de la population civile.
Si la campagne a finalement abouti à l’utilisation d’armes atomiques, l’armée avait auparavant exploré une stratégie bien plus atypique, connue sous le nom de projet X-Ray. Cette initiative proposait d’utiliser des milliers de chauves-souris vivantes comme vecteurs de petits engins incendiaires afin de déclencher des incendies à grande échelle dans les centres urbains japonais.
Réaction à Pearl Harbor
Ce concept a été imaginé par Lytle S. Adams, un dentiste et inventeur originaire de Pennsylvanie. À la suite de l’attaque de Pearl Harbor et d’une visite aux grottes de Carlsbad, peuplées de chauves-souris, Adams se rendit compte que l’architecture japonaise — composée en grande partie de bambou, de papier et de bois — était hautement inflammable.
Il suggéra que les chauves-souris pourraient introduire des explosifs dans les crevasses difficiles d’accès des bâtiments, contournant ainsi les défenses traditionnelles. Sa proposition parvint au président Franklin D. Roosevelt, qui ordonna à l’armée d’en évaluer la faisabilité.
Arme biologique
Les chercheurs ont identifié la chauve-souris à queue libre du Mexique comme le candidat idéal en raison de sa force, de sa petite taille et de son habitude de rechercher des gîtes sombres et abrités. Pour faciliter la manipulation des animaux, l’armée a utilisé des températures basses afin de les plonger dans un état d’hibernation.
Une fois les chauves-souris en torpeur, des techniciens y ont fixé des dispositifs incendiaires miniatures à base de napalm, conçus par le chimiste Louis Fieser, qui étaient équipés de minuteries à allumage retardé.
Tests réussis
Le plan opérationnel consistait à charger ces chauves-souris en état de torpeur dans des conteneurs spécialisés, puis à les larguer depuis des avions. Lorsque les conteneurs se brisaient en plein vol, les chauves-souris se réveillaient et cherchaient refuge sous les toits ou à l’intérieur des bâtiments. Quelques heures plus tard, les minuteries se déclenchaient, provoquant des milliers d’incendies simultanés qui submergeraient les services d’urgence locaux.
Les essais menés au Dugway Proving Ground, dans l’Utah, ont prouvé la létalité du concept, les chauves-souris ayant réussi à décimer une réplique d’un village japonais.
Échecs logistiques
Malgré son efficacité, le projet s’est heurté à des obstacles logistiques insurmontables. La nécessité de collecter, de réfrigérer et de transporter des milliers d’animaux vivants à travers l’océan Pacifique s’avérait bien plus complexe que le déploiement de munitions classiques. En conséquence, le programme fut abandonné dès 1944.
Conclusions utiles
Bien que le projet X-Ray n’ait jamais été utilisé au combat, l’investissement de 2 millions de dollars a fourni des informations cruciales. Les recherches ont confirmé l’extrême vulnérabilité des villes japonaises au feu, une prise de conscience qui a conduit le général Curtis LeMay à mener un raid conventionnel dévastateur à l’aide de bombes incendiaires sur Tokyo en 1945. Si le projet X-Ray reste une note de bas de page insolite dans l’histoire militaire, il a ouvert la voie aux stratégies incendiaires qui ont finalement contribué à mettre fin à la guerre. (fc)
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