L’un des derniers fleuves sauvages d’Europe est en danger

Un vieux pont au-dessus de la Vjosa, en Albanie, près de la frontière grecque. (AP Photo/Felipe Dana – Isopix)

En Europe, il ne reste plus beaucoup de fleuves sauvages, qui n’ont donc pas été canalisés par des constructions humaines. La Vjosa en Albanie est aujourd’hui menacée par de nouvelles constructions. Entre en faire un parc naturel ou créer une source d’énergie hydroélectrique, les autorités hésitent.

Les derniers fleuves sauvages d’Europe se trouvent dans les Balkans. La Vjosa mesure 270 kilomètres et traverse la Grèce et l’Albanie pour se jeter dans la mer Méditerranéenne. Ce fleuve n’a, pour l’instant, pas été contrôlé par l’homme. Bien que ce lieu naturel soit encore très peu étudié, les scientifiques ont pu recenser plusieurs espèces en voie de disparition : la loutre d’Europe, l’anguille commune ou encore la loche d’Ohrid (un poisson). Plus de 1.100 espèces vivraient dans ce cours d’eau. Et la flore qui entoure cette rivière est également très importante, avec des espèces endémiques de plus en plus rares.

Dangers

Le ministère albanais de l’Énergie voudrait construire 8 centrales hydroélectriques le long de ce fleuve. Tandis que le gouvernement grec voudrait créer un immense barrage pour détourner une partie du cours d’eau vers la rivière Kalamas.

Pour les défendeurs de la Vjosa, la construction de ces barrages – ‘ou même d’un seul’ – détruirait tout l’écosystème du fleuve. La force du courant de l’eau serait modifiée et le transport de sédiments serait bouleversé. Sur les bords du fleuve, où vit la faune endémique, la construction des centrales ferait disparaitre une partie de cette nature.

Les conséquences néfastes des plans énergétiques de l’Albanie se voient déjà sur la Langarica, un des affluents de la Vjosa. Ce cours d’eau avait créé naturellement 8 sources thermales, qui attirent des centaines de touristes chaque année. Mais avec la construction de 3 centrales électriques, ces sources se sont temporairement asséchées. En outre, ces centrales sont situées dans le parc national Hotovës-Dangelli, elles n’ont donc pas le droit de se trouver là. Mais malgré la colère des citoyens, la construction de la troisième centrale continue toujours.

Parc naturel

Les Albanais qui vivent près de la Vjosa ont un attachement sentimental à ce fleuve. Ils ne veulent donc pas qu’ils soient modifiés, même pour y produire de l’énergie renouvelable. L’Albanie possède d’ailleurs l’un des mix énergétiques les plus propres d’Europe. Selon les chiffres de Worlddata, 95% de l’énergie produite en Albanie vient de sources hydrauliques. Deux grands barrages sur le Devoll produisaient en 2015 près de 140% des besoins en électricité du pays.

L’Albanie ne semble donc pas manquer d’électricité. Pour de nombreux citoyens, il est plus intéressant de protéger cette région naturelle. Leur but est donc de créer un parc naturel autour de la Vjosa. Le fleuve et ses rives seraient ainsi protégés.

La Vjosa (Isopix)

Pour les défenseurs du Parc national de Vjosa, ce projet serait l’occasion d’améliorer l’écotourisme dans la région. La région est parfaite pour des randonnées à pied ou à vélo. Les paysages sont tout simplement magnifiques. En outre, de petites entreprises se sont installées au bord de l’eau pour proposer différents sports aquatiques comme du rafting ou du canoé.

Le groupe militant EcoAlbania assure que selon un sondage récent, ‘94% des Albanais seraient pour le parc national’. Même Leonardo DiCaprio soutient la cause du parc naturel. L’acteur a demandé à ses followers sur Twitter de signer la pétition. ‘La rivière Vjosa, ses espèces et les moyens de subsistance qui en dépendent sont constamment menacés de destruction par les barrages’, a-t-il écrit pour défendre la cause.

Les dirigeants albanais ont déjà annoncé à plusieurs reprises qu’ils allaient arrêter la construction de centrales. Mais les citoyens attendent encore aujourd’hui des actes concrets.

La marque californienne de vêtements de sports éco-reponsables, Patagonia, est l’un des grands partenaires des militants. Elle a donc réalisé un documentaire pour défendre le projet de parc.

D’autres articles similaires: