L’UE prévoit des discussions avec les talibans sur le retour des Afghans


Principaux renseignements

  • La Commission européenne prévoit d’inviter des représentants des talibans à Bruxelles pour discuter du retour des ressortissants afghans sans titre de séjour légal dans l’UE.
  • La Belgique joue un rôle clé dans la facilitation de ces discussions sensibles, tout en insistant sur le respect des obligations en matière de droits de l’homme tout au long du processus.
  • Malgré la controverse et les divisions internes, plusieurs pays de l’UE font pression pour mettre en place un mécanisme coordonné de retour des Afghans en raison de la pression croissante sur les systèmes d’asile.

La Commission européenne se prépare à inviter des représentants des talibans à Bruxelles pour des discussions axées sur la facilitation du retour des ressortissants afghans qui ne disposent pas d’un titre de séjour légal au sein de l’UE. Cette initiative, considérée comme très sensible, a bénéficié de la participation active de la Belgique. C’est ce qu’annonce Belga.

Coopération pratique

Les discussions visent à mettre en place des mécanismes de coopération pratique, notamment l’identification des personnes devant être rapatriées et la délivrance des documents de voyage nécessaires. Une réunion de suivi est prévue à Bruxelles avant l’été, dans le prolongement d’une visite technique préliminaire à Kaboul en janvier à laquelle ont participé des représentants européens et l’Office de l’immigration belge.

La Belgique, aux côtés de 19 autres États membres de l’UE, dont l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas, a exhorté la Commission à mettre en œuvre, d’ici fin 2026, des mesures concrètes visant à rationaliser les retours tant volontaires que forcés, en ciblant particulièrement les personnes condamnées pour des crimes.

Droits de l’homme

La ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, a affirmé que la Belgique continuerait à participer activement au niveau européen pour traiter cette question. Elle a souligné que toute approche devait respecter strictement les obligations en matière de droits de l’homme, précisant que les retours devaient avoir lieu dans la mesure du possible, mais uniquement après une évaluation approfondie au titre de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit la torture et les traitements inhumains.

Mme Van Bossuyt considère la réunion prévue à Bruxelles comme une étape cruciale vers une solution européenne unifiée pour la gestion des retours d’Afghans, tout en précisant que cet engagement ne signifie pas une reconnaissance du régime taliban.

Divisions au sein du gouvernement

Cependant, cette question a mis en évidence des divisions au sein du gouvernement belge. Si la Belgique elle-même n’invite pas de représentants des talibans, sa position de pays hôte des institutions de l’UE pourrait l’obliger à délivrer des visas si l’invitation émane de la Commission européenne.

La perspective d’un engagement avec les talibans reste très controversée en raison des violations des droits de l’homme avérées commises par le régime, notamment les restrictions imposées aux femmes et aux filles et la répression de la dissidence. Les détracteurs mettent en garde contre le fait que même des contacts techniques risquent de conférer involontairement une légitimité aux talibans.

Opposition politique

Les partis d’opposition ont exprimé leur vive désapprobation. Le député Groen Matti Vandemaele a fait valoir qu’un tel engagement « normalise et légitime » le régime taliban, tandis que Francesca Van Belleghem, du Vlaams Belang, a condamné ce qu’elle percevait comme une « hypocrisie organisée » au sein du gouvernement.

Malgré la controverse, plusieurs pays de l’UE plaident en faveur d’un mécanisme de retour coordonné, motivé par la pression persistante sur les systèmes d’asile. Les Afghans constituaient l’un des groupes les plus importants de demandeurs d’asile dans plusieurs États membres l’année dernière, et certains pays ont déjà repris l’expulsion d’Afghans condamnés. Pour l’instant, les discussions se poursuivent au niveau européen, la Belgique assumant un rôle de coordination alors que ce dossier complexe continue d’évoluer.

Suivez également Business AM sur Google Actualités

Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

Plus