L’UE doit-elle craindre une inflation élevée?

Aux États-Unis, l’inflation est résolument en hausse. Pour l’instant, le taux d’inflation de la zone euro reste bien inférieur à celui observé outre-Atlantique. Mais y a-t-il une chance que nous soyons bientôt confrontés, nous aussi, à un taux d’inflation qui flirte avec la barre des 5%?

Pourquoi est-ce important ?

L'inflation a un impact sur notre vie quotidienne qui ne doit pas être sous-estimé. Les banques centrales utilisent certains objectifs d'inflation pour maintenir la croissance économique. La Banque centrale européenne (BCE), par exemple, a un objectif d'inflation d'un peu moins de 2%. Les régulateurs tentent d'empêcher une baisse ou une hausse trop rapide de l'inflation, car cela a un impact sur nos dépenses. Si l'inflation est trop élevée, par exemple, elle entraîne une dépréciation monétaire et une baisse du pouvoir d'achat.

Le taux d’inflation américain a grimpé à 5% en mai, le point le plus élevé depuis plus d’une décennie. Dans notre partie du monde, de telles augmentations de prix ne sont pas encore à l’ordre du jour. En mai, le taux d’inflation dans la zone euro était de 1,98%. La Banque centrale européenne (BCE) ne s’inquiète donc pas trop de la hausse de l’inflation. L’autorité de régulation s’attend à ce qu’elle atteigne 1,9% en 2021, puis descende à 1,5% en 2022. La prévision pour 2023 est de 1,3%. L’objectif de la BCE est un taux d’inflation légèrement inférieur à 2%.

Hausse des prix des matières premières et des salaires

Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING Belgique, ne s’attend pas non plus à ce que l’inflation européenne suive celle des États-Unis. « Bien sûr, nous avons un certain nombre de choses qui ont actuellement un effet à la hausse sur l’inflation, comme l’augmentation des prix des matières premières. Ces coûts seront répercutés sur les clients, mais nous pensons qu’il s’agira d’une répercussion unique », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Les prix des matières premières atteignent actuellement des niveaux record, mais Vanden Houte prévoit qu’un resserrement de la politique de crédit en Chine mettra un terme à ces augmentations en 2022.

Il a également déclaré que l’effet de la hausse des salaires sera limité. « Il y a un risque que cela fasse grimper l’inflation, mais l’augmentation restera modeste par rapport aux États-Unis. Le marché du travail y est plus dynamique que dans l’UE. »

Il a également noté que l’inflation aux États-Unis est plus structurelle que dans l’UE. Cela est dû en partie au mode de calcul de l’inflation. Les États-Unis utilisent une forme de revenu cadastral pour calculer le coût du logement. Ces prix constituent environ un tiers du panier de l’inflation. Dans l’UE, seuls les loyers sont pris en compte. « La hausse des prix de l’immobilier a donc un impact solide sur l’inflation américaine », a précisé l’économiste en chef d’ING.

Augmenter les taux d’intérêt?

L’une des façons pour les banques centrales de freiner l’inflation est de relever les taux d’intérêt. Jusqu’à présent, la Réserve fédérale et la BCE, entre autres, ont adopté une politique de taux d’intérêt bas pour freiner l’inflation. Mais à mesure que ce chiffre augmente, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander leur modification.

Lors de sa dernière réunion de fixation des taux, la Fed a décidé de relever les taux d’intérêt pour la première fois en 2023. Toutefois, certains responsables de la Fed, dont James Bullard, n’excluent pas une première hausse des taux en 2022. Vanden Houte pense également que cela pourrait être le cas. « Nous nous attendons également à ce que la Fed annonce à la fin de cette année qu’elle va réduire son programme de rachats d’actifs », a-t-il expliqué. « Un tel resserrement pourrait avoir un impact minuscule sur les taux d’intérêt à long terme européens. »

Une situation différente dans l’UE

Dans l’UE, l’économiste en chef d’ING affirme que la situation ne sera pas la même. « Le taux d’intérêt négatif à court terme restera en vigueur au moins jusqu’en 2023. Ils ne peuvent augmenter que si les taux de dépôt sont augmentés et si les liquidités excessives sont supprimées. Ni l’un ni l’autre n’arrivera. La BCE n’envisage pas encore de relever le taux de dépôt et tout l’argent libéré par la dette arrivant à échéance sera investi dans de nouvelles obligations », a-t-il précisé.

Le fait que les taux d’intérêt restent si bas est une bonne nouvelle pour notre pays. La Belgique a actuellement un taux d’endettement de 115% du PIB. Les faibles taux d’intérêt signifient que ces dettes restent bon marché. « Si vous regardez la dette totale en termes absolus, elle a doublé en 20 ans. Mais si vous regardez les paiements d’intérêts, ils ont diminué de moitié au cours de la même période », ponctue Vanden Houte.

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