L’impôt de Biden sur la fortune sous le feu des critiques: « C’est un message électoral, ce truc a zéro chance de passer »

Joe Biden a pour idée de taxer la fortune des Américains les plus riches. Mais un économiste ne voit pas l’intérêt de cette mesure, qu’il trouve impossible à mettre en place et contre-productive. Pour lui, il s’agit plus d’une communication politique.

Lundi, Joe Biden a annoncé son projet de budget pour 2023. Une classe d’Américains est dans le viseur : les super-riches. À côté d’une limitation des rachats des entreprises de leurs propres actions qui enrichissent les plus gros actionnaires, Biden veut également imposer la fortune des ménages qui possèdent plus de 100 millions de dollars d’actifs, et qui ne paient pour l’heure pas ou très peu d’impôts. Les gains qu’ont observés les actifs de ces personnes, notamment les actions, seraient ainsi taxés à hauteur de 20%.

« Pendant trop longtemps, notre code des impôts a récompensé la richesse, pas le travail, et a contribué à l’inégalité croissante des revenus et de la richesse en Amérique », a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué de presse, relayé par Yahoo Finance. « En vertu de la loi actuelle, lorsqu’un travailleur américain gagne un dollar de salaire, ce dollar est imposé au fur et à mesure qu’il le gagne. Mais lorsqu’un milliardaire gagne un revenu parce que ses investissements augmentent en valeur, ce gain n’est trop souvent jamais imposé du tout. »

Avec la nouvelle loi de Biden, Elon Musk devrait s’acquitter de 50 milliards de dollars au fisc, et Jeff Bezos 35 milliards de dollars. Les dix Américains les plus riches devraient payer en tout 215 milliards de dollars. Le texte n’est encore qu’un projet, mais fait déjà l’objet de critiques : les riches n’ont de toute manière pas cet argent-là sur leur compte en banque. De plus il s’agit d’actions, dont la valeur peut fluctuer. Ainsi, Tyler Goodspeed, ancien vice-président du Council of Economic Advisers et membre de l’Hoover Institution à l’Université de Stanford, que cette mesure est de toute façon irréalisable.

Pas assez de liquidités

Pour lui, les impôts sur ces gains « non réalisés » (gains de la valeur des actions, qui ne sont pas des gains directs dans la poche des personnes) seraient difficiles à implémenter, et seraient possiblement contre-productifs. « Il y a beaucoup de problèmes lorsque vous commencez à taxer les gains en capital non réalisés », explique-t-il à Yahoo Finance. Il faudrait gérer les soucis de flux de trésorerie que ces personnes pourraient avoir. Les ultra-riches pourraient ainsi être amenées à liquider des actifs pour payer les impôts. Ce qui perturberait le marché.

Elon Musk par exemple ne détiendrait « que » six milliards de dollars en argent liquide. Pour régler les 50 milliards de dollars, il devrait alors vendre une quantité énorme d’actions. Cela pourrait alors avoir un impact sur le marché boursier, et dévaluer l’action.

Pour l’économiste, il y aurait d’autres moyens, plus efficaces, pour faire contribuer davantage les riches, notamment sur la taxation de la succession. Au final, il estime que ce projet est avant tout un message politique, à quelques mois des midterms, qui a « zéro » chance de passer à la Chambre et au Sénat. Des Démocrates se sont d’ailleurs déjà prononcés contre l’idée.

Aux États-Unis, les actions ne sont imposées que quand elles sont vendues ou exercées. Les dividendes sur les gains en capital sont imposés mais à des taux préférentiels par rapport à d’autres revenus. Une récente étude a montré que les 400 familles les plus riches aux États-Unis ne payaient en moyenne que 8,2% d’impôts sur leurs revenus à l’État fédéral. Pourquoi ? Parce que l’immense majorité de leurs fortunes se base sur des gains en action non réalisés.

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