Principaux renseignements
- Les pays européens accélèrent leurs dépenses militaires pour compenser le retrait stratégique des troupes américaines.
- « L’OTAN 3.0 » transfère les principales responsabilités en matière de sécurité des moyens américains vers les capacités des alliés.
- Les experts préconisent une transition vers des innovations high-tech rentables, plutôt que vers des systèmes industriels lents à évoluer.
Alors que les dirigeants de l’OTAN se réunissent à Ankara, l’alliance est confrontée à une transition décisive caractérisée par l’« européanisation » de son cadre de sécurité. Ce changement intervient alors que les États-Unis signalent un retrait stratégique de la défense européenne. Afin d’apaiser les tensions avec Donald Trump — qui a exprimé un vif ressentiment face au manque de soutien européen dans le conflit opposant les États-Unis à l’Iran —, les pays alliés s’apprêtent à dévoiler des investissements sans précédent en matière de dépenses militaires. C’est ce qu’indique Euronews.
L’émergence de l’OTAN 3.0
Le secrétaire général Mark Rutte considère ce rassemblement comme un tournant historique. L’objectif premier des dirigeants de l’alliance est de veiller à ce que l’afflux massif de capitaux en provenance d’Europe et du Canada se traduise par des capacités concrètes, aptes à faire face aux menaces modernes en matière de sécurité.
Cette transition vers l’« OTAN 3.0 » reflète une nouvelle ère où les nations européennes doivent assumer davantage de responsabilités, en réduisant leur dépendance vis-à-vis des moyens militaires conventionnels américains.
Réduction stratégique des effectifs américains
La nécessité de ce changement est soulignée par les récentes mesures prises par les États-Unis. Le Pentagone a déjà entamé une réévaluation de la présence de ses quelque 80 000 soldats en Europe et a annoncé des réductions significatives du déploiement d’avions de chasse, de sous-marins lanceurs de missiles de croisière et de bombardiers à longue portée.
Ce retrait fait suite à une période d’instabilité diplomatique, au cours de laquelle le président Trump a qualifié l’alliance de « tigre de papier » et critiqué les dirigeants européens en les traitant de « lâches » après que l’Italie et l’Espagne eurent restreint l’accès des forces armées américaines pendant la guerre contre l’Iran.
Renforcer les investissements dans la défense
Les engagements financiers sont considérables. Rutte entend mettre en avant une hausse de 20 pour cent des dépenses de défense de base du Canada et de l’Europe au cours de l’année écoulée, soit un total de 139 milliards de dollars (120 milliards d’euros) supplémentaires.
Il attribue cette frénésie de dépenses « d’un billion de dollars » à la pression exercée par l’administration Trump. Parmi les annonces spécifiques à venir figurent des contrats de plusieurs milliards de dollars portant sur de l’artillerie de précision, des communications par satellite dans l’Arctique et des missiles Patriot pour la Pologne.
Le déficit d’efficacité
Cependant, les experts avertissent que dépenser davantage ne se traduit pas automatiquement par une meilleure sécurité. Fabrice Pothier, de Rasmussen Global, suggère que les industriels européens de la défense en Espagne, en France et en Allemagne se concentrent souvent trop sur des systèmes complexes et haut de gamme dont la production est trop lente.
De même, l’ancien ambassadeur Kurt Volker insiste sur la nécessité d’une innovation rentable. Il note que l’utilisation de missiles Patriot valant des millions de dollars pour détruire des drones bon marché n’est pas viable, et exhorte l’OTAN à adopter les stratégies à faible coût et de haute technologie mises en œuvre par l’Ukraine.
Leçons tirées du front ukrainien
Le conflit en Ukraine reste également un sujet central. Alors que les forces ukrainiennes ont pris l’avantage grâce à des frappes à longue portée efficaces et à des avancées en matière de drones, la guerre rappelle pourquoi l’Europe doit accélérer le développement de ses propres capacités industrielles pour contrer des adversaires tels que la Chine, la Russie et l’Iran.
La logistique du sommet a été délibérément condensée en deux courtes journées. Cette réorganisation vise à maintenir l’intérêt du président Trump — qui a indiqué qu’il ne participait qu’en raison de l’accueil du président Erdoğan — et à limiter les risques de désaccords publics. Alors qu’un projet de déclaration suggère un engagement continu des États-Unis envers les obligations de défense mutuelle prévues par l’article 5, l’accord final reste précaire compte tenu des antécédents de Trump, qui a souvent remis en question les principes fondamentaux de l’alliance.
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(ns)

