Les lancements spatiaux par centrifugeuse de SpinLaunch; une bonne idée, vraiment ?

Le projet SpinLaunch de la start-up américaine du même nom attisait déjà la curiosité depuis quelques mois avec son projet de gigantesque centrifugeuse destinée à envoyer des charges utiles vers l’espace. Voilà qu’elle soulève de plus en plus d’enthousiasme depuis le tir réussi de son 8ème test, le 22 avril dernier. Mais elle suscite aussi des regards sceptiques sur la viabilité de la méthode employée.

SpinLaunch base sa technologie sur un principe très simple : celui de la fronde, qui permet de faire accélérer un projectile dans une boucle fermée avant de brutalement le relâcher dans la direction voulue, le propulsant ainsi à très grande vitesse. Très utile depuis la préhistoire pour chasser du petit gibier à la fronde, mais pour envoyer une cargaison dans l’espace, c’est plus ambitieux. Car voilà l’objectif final de la start-up américaine : développer une méthode plus économique et plus écologique pour envoyer des charges utiles dans l’espace.

Et pour y arriver, elle a de l’ambition : à SpacePort America, au Nouveau-Mexique, elle a fait construire une centrifugeuse de 50 m de haut braquée vers le ciel, capable de faire accélérer jusqu’à « plusieurs milliers de kilomètres par heure » un véhicule réutilisable de 3 mètres de long, puis de le relâcher à toute vitesse vers les cieux.

Un lancement vraiment brutal

À terme, l’entreprise espère bâtir une centrifugeuse trois fois plus grande, qui sera capable de propulser son obus à 60 km d’altitude, afin qu’il puisse enclencher ses propulseurs déjà partiellement affranchis de la gravité terrestre. Un projet qui a su attirer l’attention de la NASA. Mais est-il vraiment si prometteur ?

Interrogé par CNN, Olivier L. de Weck, professeur d’astronautique et de systèmes d’ingénierie au MIT, émet quand même quelques réserves: « La centrifugeuse de SpinLaunch peut exercer jusqu’à 10.000 G – soit 10.000 fois la force de gravité de la Terre – sur le satellite qui est accéléré à l’intérieur. Un CubeSat [un petit satellite standard actuel] serait réduit à l’état de débris. »

Pour atteindre l’orbite, SpinLaunch devra encore mettre au point une fusée capable de survivre à une vitesse de lancement de 80.000 km/h, pour ensuite seulement allumer son moteur et terminer son voyage vers l’orbite. Et bien sûr, n’évoquons même pas l’effet d’un tel traitement sur un corps humain : la force centrifuge n’a jamais été envisagée pour le vol habité.

Et à 2.000 dollars en facture d’électricité

Un argument que Jonathan Yaney, le PDG de SpinLaunch, balaie rapidement : le projectile n’est pas le problème le plus compliqué à surmonter et un prototype est déjà en cours d’élaboration dans une usine en Californie. Il a été décrit comme une « fléchette aérodynamique ». Yaney estime que le prochain souci est la construction de sa grande centrifugeuse trois fois plus grande que celle utilisée jusqu’à présent pour les essais au Nouveau-Mexique, et qui est déjà la plus grande chambre à vide du monde en termes de diamètre.

Sauf que selon Weck, une structure trois fois plus grande nécessitera 27 fois plus d’énergie que pour les lancements déjà effectués. Soit 2.000 dollars de facture d’électricité. Un argument qu’on ne réfute pas chez SpinLaunch, tout en précisant à CNN que l’entreprise favorise le renouvelable et qu’une partie de l’énergie est stockée durant la décélération de la centrifugeuse.

« Vous pouvez me mettre dans la catégorie des sceptiques », considère Olivier L. de Weck. « Mais ils sont allés plus loin que ce que j’aurais dit il y a un an et… si on me prouve que j’ai tort, ça serait génial. »

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