Les gens qui nous gouvernent ne comprennent rien à la technologie

Malgré l’énorme impact de la technologie sur nos vies, la plupart des politiciens semblent à peine les comprendre, et encore moins les maîtriser. 

Sundar Pichai (notre photo de couverture), le CEO de Google, a été interrogé mardi sur les activités de sa société devant le Congrès américain. De plus en plus de politiciens se posent des questions sur le fonctionnement des monopoles virtuels tels que Google et Facebook et leurs algorithmes. Mark Zuckerberg (Facebook) et Jack Dorsey (Twitter) ont précédé Pichai au Congrès.

Mais ces auditions se caractérisent toujours par le même phénomène. Nos politiciens n’ont aucune idée du fonctionnement de la technologie. Les CEO en question s’en sortent généralement en répondant à une série de questions simples. Cela a également été le cas de Pichai, qui n’a jamais été vraiment mis en difficulté au cours de son témoignage qui a duré trois heures et demie.

« Cher Membre du Congrès, l’iPhone est fabriqué par une autre société »

La perle du jour revient au député républicain Steve King de l’Iowa. King s’est plaint que sa petite-fille de 7 ans avait diffusé une vidéo sur son iPhone qui n’employait pas un langage très galant à propos de King. Cette viséo était apparue sur son téléphone après qu’elle avait joué à un jeu. « Comment est-ce possible ? », a demandé King à Pichai. A quoi ce dernier répondit sèchement: « Cher membre du Congrès, l’iPhone est fabriqué par une autre société. » 

Mais on pourrait aussi citer celle du député démocrate Ted Lieu : « Si vous voulez des résultats positifs, faites des choses positives. Si vous ne voulez pas de résultats négatifs [sur le moteur de recherche de Google], ne faites pas de choses négatives … Ne blâmez pas Google, Facebook ou Twitter, mais vous-mêmes », a-t-il lancé à l’adresse des députés républicains. 

L’analphabétisme technologique de nos élus

Les politiciens ne savent souvent pas comment aborder ces dirigeants d’entreprises de technologie. Une étude récente du groupe de réflexion libéral français Institut Montaigne donne une idée de la mesure de l’analphabétisme technologique de nos élus. L’institut attribue des points en fonction de la formation des élus, de leur participation à la préparation de rapports relatifs à la technologie, de leur expérience dans différents secteurs technologiques, etc.

Quelle est sa conclusion ? 72 % des représentants du peuple n’y connaissent rien, 13 % obtiennent le titre d’amateur, 10 % sont des « connaisseurs » et … 5 % pourraient se qualifier d' »experts » selon l’Institut Montaigne.

Dans un monde où la technologie joue un rôle de plus en plus important et dans lequel l’impact de cette technologie est révolutionnaire à tous les niveaux (songez aux caissiers dans les supermarchés , mais aussi à la recherche sur le cancer, par exemple), nous sommes gouvernés par un groupe de personnes qui comprennent ne saisissent bien souvent même pas la différence entre un iPhone et un smartphone Android. Une nouvelle preuve que la démocratie représentative telle qu’elle existe aujourd’hui est dépassée. 

À mesure que l’intelligence artificielle se développera au XXIe siècle, la probabilité que ce problème ne fasse que s’étendre augmentera également. Pourtant, peu de politiciens ont placé cette perturbation technologique au sommet de leurs priorités. Lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, Donald Trump et Hillary Clinton ont discuté  des conséquences de l’automatisation pour la perte d’emploi. La portée de la technologie n’a été vraiment mise en avant que dans le contexte du scandale du courrier électronique de Clinton et de l’impact présumé des médias sociaux sur les résultats des élections.

Technologie et processus politique

Les gens ordinaires des démocraties occidentales deviennent de moins en moins pertinents dans un monde étrange et nouveau d’intelligence artificielle, de mondialisation et de machine learning. La crainte de perdre leur pertinence les a poussés, désespérés, à utiliser le pouvoir politique qui leur reste avant qu’il ne soit trop tard. Les séismes politiques de 2016 – le Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux États-Unis – ont été l’œuvre de simples citoyens qui craignent le monde et ses systèmes politiques libéraux dominants. Cette vague populiste s’est depuis propagée sur tout le continent européen. Mais malgré l’énorme impact de la technologie sur nos vies, la plupart des politiciens semblent les comprendre à peine, et encore moins les maîtriser.