Les États-Unis ont plusieurs années d’avance sur l’Europe dans le développement d’un avion de combat de sixième génération


Principaux renseignements

  • Les États-Unis conservent une avance de dix ans dans le développement des avions de combat de sixième génération.
  • La fragmentation en Europe ralentit des projets tels que le Future Combat Air System, qui a été un échec.
  • Dans la sixième génération, les avions de combat devront servir de centre de commandement pour toutes sortes de drones sans pilote et d’autres équipements militaires.

La course mondiale au développement des avions de chasse de sixième génération a placé l’Europe dans une position précaire, les États-Unis détenant une avance considérable. Cet écart s’est accentué suite à l’échec du Future Combat Air System (FCAS), un vaste projet militaro-industriel impliquant notamment la France, l’Allemagne et l’Espagne. Ce projet, qui visait à mettre en service un avion de pointe d’ici les années 2040 avec un budget dépassant les 100 milliards de dollars, a été interrompu après la fin du partenariat entre Airbus et Dassault.

Une avance d’une décennie

L’avantage américain n’est pas nouveau, mais s’inscrit dans la continuité d’une tendance historique. Selon Antonio Fonfría, de l’université Complutense de Madrid, les États-Unis conservent probablement une avance de près d’une décennie. Cet écart remonte à la quatrième génération ; par exemple, le F-18 américain a volé en 1978, tandis que l’Eurofighter Typhoon européen n’a fait ses débuts qu’en 1994.

L’Europe ayant peiné à s’accorder sur une plateforme de cinquième génération, les États-Unis jouissent désormais d’un quasi-monopole dans cette catégorie. Alors que les pays européens s’appuient encore sur des avions de quatrième génération tels que le Gripen, le Rafale et l’Eurofighter, les États-Unis progressent déjà vers le F-47, dont l’entrée en service est prévue au début des années 2030.

La domination du F-35

Malgré quelques défaillances opérationnelles — telles que la baisse du taux de disponibilité opérationnelle totale du F-35 —, cet avion reste très convoité. Treize pays européens se sont déjà engagés à acheter plus de 600 exemplaires. La Pologne augmente notamment ses investissements, tandis que l’Espagne s’est retirée du programme bien qu’elle dispose d’un porte-avions conçu pour le F-35B.

Il est important de noter que le futur F-47 est destiné exclusivement à un usage national aux États-Unis, même si ses logiciels d’accompagnement et ses systèmes de drones autonomes seront disponibles à l’exportation.

« Combat Cloud »

Un avion de sixième génération représente un changement de paradigme dans la guerre aérienne. Plutôt qu’un avion autonome, il sert de centre de commandement au sein d’un « Combat Cloud » — un réseau numérique sécurisé reliant des satellites, des systèmes au sol et des drones autonomes. Dans cet écosystème, le pilote gère une flotte d’aéronefs sans pilote pour mener des attaques ou des missions de surveillance sans mettre en danger l’appareil piloté.

Le bond technologique est stupéfiant. Alors qu’un Eurofighter utilise 1,5 million de lignes de code, on estime qu’un avion de sixième génération en nécessitera près de 100 millions.

À la recherche de nouvelles collaborations

L’Europe explore désormais des alternatives au programme FCAS, qui a échoué. Le Global Combat Air Programme (GCAP), une collaboration entre l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, reste actif et s’avère plus rentable. D’autres possibilités incluent un projet français en solo ou une coentreprise entre l’Allemagne, l’Espagne et, éventuellement, la Suède.

Les experts suggèrent que le maintien du concept de « combat cloud » est essentiel pour l’interopérabilité future, que les nations européennes utilisent ou non la même cellule d’avion.

Le financement reste un obstacle majeur. Contrairement aux États-Unis, qui disposent d’un vaste marché intérieur pour subventionner le développement, les pays européens doivent s’appuyer sur les exportations ou sur des partenariats complexes pour maîtriser les coûts. La France continue de donner la priorité à l’autonomie stratégique, préférant des dépenses nationales élevées à la dépendance vis-à-vis d’alliés étrangers. En fin de compte, la fragmentation actuelle reflète les divisions qui ont conduit à la création du Rafale et de l’Eurofighter, rappelant au continent que la désunion industrielle se traduit souvent par une influence mondiale réduite et des charges financières plus lourdes. (fc)

Suivez également Business AM sur Google Actualités

Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

Ajoutez fr.businessam.be en tant que source préférée sur Google
Plus