Principaux renseignements
- La supériorité aérienne américaine est menacée, car la flotte de F-22 est passée des 750 appareils prévus à seulement 56 avions opérationnels.
- Le démantèlement des chaînes de production empêche l’armée de l’air d’élargir sa flotte pour contrer la force croissante des J-20 chinois.
- Les coupes budgétaires à court terme ont créé un handicap permanent et fait exploser les coûts de maintenance unitaires.
L’armée de l’air américaine avait initialement prévu d’acquérir 750 F-22 Raptors pour remplacer sa flotte de F-15, mais ce projet s’est soldé par une pénurie critique. Alors que 195 appareils ont été produits au total, y compris les modèles d’essai, le nombre d’appareils opérationnels est aujourd’hui bien inférieur. Une fois pris en compte les accidents et les appareils destinés uniquement à l’entraînement, seuls environ 142 sont prêts au combat.
Une erreur de calcul stratégique
Plus alarmant encore, les données sur l’état de préparation indiquent que seuls 56 de ces avions seraient aptes à remplir une mission si un conflit éclatait immédiatement. Cela ne représente que 7 pour cent de l’objectif stratégique initial.
Le déclin a commencé après la Guerre froide. Les besoins ont diminué régulièrement, passant de 648 en 1991 à un plafond définitif de 187 en 2009, imposé par la Maison Blanche et le Sénat. À l’époque, les responsables estimaient que cet avion était trop coûteux et inutile pour les missions de contre-insurrection, pariant qu’aucun concurrent de même niveau n’apparaîtrait avant l’arrivée du F-35. Ce pari s’est avéré erroné. La chaîne de production ayant été fermée en 2012 et la chaîne d’approvisionnement démantelée, la flotte ne peut plus être agrandie.
Entretien coûteux
La petite taille de cette flotte a engendré un véritable cauchemar financier et opérationnel. Le coût de développement de 32 milliards de dollars (27,5 milliards d’euros) ayant été réparti sur un nombre réduit de cellules, le prix unitaire a grimpé en flèche pour atteindre près de 370 millions de dollars (317 millions d’euros). La maintenance est tout aussi onéreuse en raison de la disparition des fournisseurs et de la rareté des pièces spécialisées, les coûts de vol s’élevant à 85 000 dollars de l’heure.
Actuellement, les taux de disponibilité opérationnelle ont chuté à environ 40 pour cent. De plus, l’armée de l’air est prise au piège d’un paradoxe budgétaire : elle doit dépenser des milliards pour moderniser une flotte qu’elle ne peut pas agrandir, tandis que le Congrès interdit de retirer les anciens avions d’entraînement car il n’existe pas de remplacement immédiat.
Menace en provenance de Chine
L’écart stratégique se creuse à mesure que la Chine développe rapidement sa flotte de J-20, avec un potentiel d’ajout de 120 appareils par an. Alors que les États-Unis peinent à maintenir en service quelques dizaines de Raptors, la Chine pourrait bientôt disposer de centaines de chasseurs furtifs.
Si le plan initial de 750 avions avait été mené à bien, les États-Unis disposeraient quotidiennement d’environ 220 appareils opérationnels, ce qui permettrait un déploiement permanent en Europe et dans le Pacifique plutôt que des rotations temporaires. Une flotte aussi importante aurait également réduit le coût unitaire et fourni la profondeur nécessaire pour faire face aux pertes au combat.
En attendant la prochaine génération d’avions
En fin de compte, la décision de 2009 a donné la priorité aux économies budgétaires immédiates au détriment de la dissuasion à long terme. Si ce choix semblait logique au vu des renseignements disponibles à l’époque, il a privé les États-Unis de la masse de chasseurs de supériorité aérienne nécessaire pour faire face à un conflit moderne de haute intensité.
La chaîne de production ayant été supprimée, cette capacité ne peut être rétablie par des dépenses. L’armée doit désormais attendre la prochaine génération d’avions pour combler un vide devenu un handicap stratégique. (fc)
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