Les conseillers de Poutine le maintiennent-ils dans l’ignorance de la situation réelle sur le terrain ?

Les négociations en cours entre Russes et Ukrainiens pourraient marquer le début de la fin du conflit, en tout cas tout le monde l’espère. Cela semblerait logique d’au moins suspendre les combats, alors que la situation semble s’enliser et que les pertes sont lourdes de part et d’autre. Cela serait en tout cas un geste logique afin de travailler plus sereinement sur un accord durable, mais ça c’est partir du principe que chaque partie est bien informée de la situation sur le terrain. Or, selon un haut responsable américain, au Kremlin, ça ne serait pas le cas.

Se pourrait-il que Vladimir Poutine n’ait en fait qu’une vision partielle et déformée de la situation de son armée sur le sol ukrainien ? C’est en tout cas ce qu’a bien voulu confier à NBC News une source au sein de l’administration américaine.

Un président russe maintenu dans l’ignorance par crainte ?

« Poutine ne savait même pas que son armée utilisait et perdait des conscrits en Ukraine, ce qui montre une rupture évidente dans le flux d’informations précises vers le président russe », a déclaré le fonctionnaire, qui est resté anonyme. « Nous pensons que Poutine est mal informé par ses conseillers sur les mauvaises performances de l’armée russe et sur la façon dont l’économie russe est paralysée par les sanctions, parce que ses hauts conseillers ont trop peur de lui dire la vérité. »

Or, plus tôt ce mois-ci, Poutine avait affirmé que la Russie n’utilisera pas de soldats conscrits en Ukraine : « Je souligne que les soldats conscrits ne participent pas aux hostilités et n’y participeront pas. Et il n’y aura pas d’appel supplémentaire de réservistes. »

Des Russes qui craignent de se retrouver conscrits

Un enjeu très important dans le pays alors que la prochaine vague de conscription commence le 1er avril prochain, et qu’on peut légitimement penser que de nombreux jeunes du pays craignent de se voir incorporés, puis envoyés au front. En théorie cela ne peut se faire sans leur accord et un engagement auprès de l’armée après leur période de conscription, mais des pressions pour signer un départ volontaire » au combat risquent d’être bien réelles.

L’oreille de Washington

Bien sûr, il s’agit là d’un avis qui nous vient de Washington ; il est forcément orienté et cette fuite n’a sans doute pas été lâchée au hasard, elle doit donc être prise avec la plus grande circonspection. Mais il faut noter que, dans cette guerre comme durant les mois de tensions qui l’ont précédée, l’appareil d’Etat américain a fait preuve de la bonne qualité de ses renseignements, tout en jouant à merveille des révélations d’informations afin de couper l’herbe sous le pied au récit que le Kremlin aurait voulu imposer. Le Pentagone est allé jusqu’à évoquer très tôt de possibles opérations « false flag » envisagées par les Russes afin de les désamorcer, avec un certain succès.

Certains observateurs du conflit envisagent même qu’en révélant ce genre de problèmes de communication au sein de l’État russe, les Américains aient en tête de les amplifier. Faire apparaître Poutine comme un leader coupé du terrain par une caste de conseillers trop craintifs pour faire leur travail correctement ne renforcerait certainement pas sa réputation de dirigeant froid et calculateur.

De même, les tensions s’aggraveraient entre le président et ses principaux responsables de l’armée et du renseignement. Le mois dernier, Poutine a eu un échange tendu, filmé, avec le chef du service d’espionnage russe Sergueï Naryshkin lors d’une réunion de sécurité sur les zones contestées dans l’est de l’Ukraine, l’interrompant à plusieurs reprises et lui enjoignant de « parler franchement ». Mais n’oublions pas que le président russe reste très doué pour se mettre en scène.

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