Principaux renseignements
- Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient menacent la sécurité alimentaire de l’UE en déstabilisant les chaînes d’approvisionnement en engrais.
- La Commission européenne met en place des stocks stratégiques et des suspensions tarifaires afin de réduire les coûts de production.
- La flambée des prix de l’énergie risque d’alimenter l’instabilité politique dans les zones rurales et de retarder les rendements agricoles.
Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, l’Union européenne est confrontée à des menaces potentielles pour sa sécurité alimentaire. Le détroit d’Ormuz, corridor essentiel pour environ un tiers des expéditions maritimes mondiales d’engrais, étant menacé de perturbation, les ministres de l’Agriculture de l’UE se sont réunis à Bruxelles pour faire face aux instabilités de la chaîne d’approvisionnement qui en résultent. C’est ce qu’écrit Al Jazeera.
Réponse stratégique à l’instabilité de l’approvisionnement
Pour atténuer ces risques, la Commission européenne a mis en place un plan d’action sur les engrais. Cette stratégie vise à protéger les producteurs agricoles contre la flambée des coûts tout en réduisant la dépendance du continent vis-à-vis des sources alimentaires étrangères.
Les principaux volets de cette initiative comprennent la constitution de stocks stratégiques, l’octroi d’une aide financière d’urgence aux agriculteurs et la diversification des sources d’importation afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Biélorussie et de la Russie.
L’Europe est fortement dépendante du gaz naturel international
Si l’Europe n’est pas aussi directement touchée par le blocus d’Ormuz que les régions d’Asie du Sud ou d’Afrique, elle n’en est pas pour autant à l’abri. Bien que seule une petite fraction des importations d’ammoniac et d’azote de l’UE provienne du Moyen-Orient, la région en subit les conséquences par le biais de canaux économiques indirects. La production d’engrais azotés en Europe reposant fortement sur le gaz naturel, la flambée des prix de l’énergie déclenchée par le conflit a fait grimper les coûts de production nationaux.
En conséquence, les prix des engrais azotés ont grimpé d’environ 70 pour cent par rapport à leur moyenne de 2024. Cette vulnérabilité fait écho à la crise de 2022 qui a suivi l’invasion de l’Ukraine, laquelle a contraint plusieurs usines européennes à cesser leurs activités en raison de coûts énergétiques non rentables.
Aide financière
Les mesures d’aide proposées par l’UE comprennent une flexibilité financière via la Politique agricole commune, telle que des mécanismes de liquidité et des avances ajustées. En outre, la Commission encourage une transition vers des alternatives biosourcées et une utilisation plus efficace afin de réduire la dépendance aux produits chimiques de synthèse. Dans le but de réduire les coûts, l’UE a également suspendu les droits de douane — qui variaient auparavant entre 5,5 pour cent et 6,5 pour cent — sur certains engrais azotés provenant de pays non en conflit, une mesure qui devrait permettre aux importateurs d’économiser environ 60 millions d’euros.
Malgré ces efforts, la crise met en évidence des disparités internes au sein du bloc. L’Irlande est particulièrement exposée en raison de sa production nationale minimale et de sa forte dépendance vis-à-vis des importations pour son agriculture centrée sur l’élevage. À l’inverse, des pays comme la Finlande et la Suède disposent de meilleures protections grâce à des stratégies de stockage de mises en place de longue date.
Frictions politiques
Des tensions politiques sont également apparues concernant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. La France et l’Italie plaident en faveur d’un allègement de cette taxe carbone afin de réduire les coûts pour les agriculteurs, tandis que les écologistes mettent en garde contre le fait qu’un assouplissement des réglementations sur l’azote pourrait entraîner une grave pollution de l’eau.
Parallèlement, des puissances industrielles comme l’Allemagne et la Pologne se montrent prudentes quant à la réduction des droits d’importation, craignant une perte de protection pour leurs propres fabricants nationaux d’engrais.
Une crise peut-elle entraîner une instabilité politique ?
Bien qu’une flambée soudaine des prix des produits alimentaires ne soit pas attendue dans l’immédiat — car de nombreux agriculteurs utilisent des stocks achetés précédemment —, les responsables mettent en garde contre un effet différé. En raison du temps nécessaire pour transformer le gaz en engrais et pour que les engrais permettent de cultiver des récoltes, l’impact économique complet met souvent jusqu’à six mois à se concrétiser.
Au-delà de l’économie, on s’inquiète de plus en plus que la pression financière sur les communautés rurales puisse alimenter l’instabilité politique et un retour de bâton contre les initiatives écologiques de l’UE. (fc)
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