Le télétravail, si populaire au début de la pandémie, ne connaitra pas le boom annoncé après la crise

La crise du coronavirus a forcé de nombreuses entreprises à organiser le télétravail à temps plein pour leurs travailleurs. Si au début de la pandémie, cette nouvelle méthode de travail a plu à de nombreux employeurs et employés, aujourd’hui, ils n’attendent qu’une chose: de retourner au bureau.

Une récente enquête de KPMG, qui a interrogé 500 CEO sur le télétravail, montre que seuls 17% veulent encore réduire le temps de travail en présentiel des employés après la crise. Ils étaient pourtant encore 69% en août dernier. Cela peut dire deux choses : soit qu’une majorité des CEO ont déjà changé définitivement les règles de travail en incluant des journées à domicile, soit qu’ils veulent un retour pur et simple au bureau.

Et c’est pour la deuxième option qui semble être la plus probable. Une autre étude, réalisée par Accenture en Amérique du Nord sur 1.450 dirigeants, montre que seuls 25% des entreprises offriront des possibilités de télétravail à leurs employés après la pandémie. Ils étaient 18% en 2019. La croissance annoncée n’est finalement pas si impressionnante que prévue.

Les problèmes du télétravail

Au début de la crise, on a surtout vu les bons côtés du télétravail. Les horaires des employés sont plus flexibles, le budget de location pour les bureaux est plus faible et certaines entreprises ont également observé une hausse de productivité.

Mais aujourd’hui, un an après le début du télétravail obligatoire, ce sont les inconvénients qui se font le plus ressentir. Surtout chez les employés. L’étude de Gensler montre qu’en France, seuls 5% des employés voudraient travailler à domicile à plein temps. Les trois quarts des interviewés veulent passer la majorité de leur temps de travail au bureau.

Trois problèmes du télétravail sont souvent cités : la santé mentale des travailleurs, environnement de travail pas idéal et la culture d’entreprise.

Santé mentale

Après une année entière à rester seul chez soi, sans voir ses collègues, de nombreux travailleurs ne prennent plus de plaisir à travailler. Fini la petite pause du matin pour discuter de tout et de rien avec les collègues devant un café. Finis les repas entre amis le midi. Fini la séparation nette entre vie professionnelle et vie privée. Même si elle semblait être une perte de temps, la navette entre le bureau et la maison permettait de délimiter clairement les heures de travail. Une fois rentré chez soi, le travail était derrière soi. Mais aujourd’hui, avec le télétravail, la limite est floue et nombreux sont ceux qui réalisent des journées à rallonge.

Travailler en équipe est aussi beaucoup plus difficile à distance. Bien que les logiciels de communication à distance soient très performants, rien ne remplacera une conversation en face à face. Une grande part de la communication non verbale est totalement ignorée en téléconférence. Les travailleurs, derrière leur écran, se sentent donc de plus en plus seuls. Selon une enquête française du baromètre Opinion Way, 36% des salariés affirment souffrir de dépression.

En outre, cette communication digitale peut brouiller les relations de travail. Certaines phrases qui seraient peut-être très bien passées à l’oral avec un beau sourire, passe pour des ordres dans les mails. Les sous-entendus ou le ton d’une parole ont beaucoup plus de chances d’être mal interprétés à l’écrit qu’en vis-à-vis. C’est comme ça que petit à petit les relations de boulot amicales deviennent tendues.

Le lieu de travail

Avec la pandémie, nous avons dû réaménager notre chez-soi pour y inclure une petite zone de travail. Mais tout le monde ne peut pas se permettre d’avoir une pièce uniquement dédiée pour le travail. C’est pourtant l’idéal pour bien séparer le travail et la vie privée au sein de la maison. Cela permet aussi d’avoir un endroit calme, qui invite à la concentration.

Mais beaucoup de travailleurs réalisent leur boulot sur la table du salon, dans la cuisine ou pire dans leur fauteuil ou leur lit. C’est d’une part très mauvais pour leur dos, mais aussi très mauvais pour leur concentration.

Il est en effet difficile de rester concentré sur son travail quand les enfants jouent ou réclament votre attention. Et même si vous n’avez pas de vie de famille, il est très vite arrivé d’être préoccupé par un problème dans la maison (la vaisselle qui déborde, le jardin mal entretenu, des papiers à classer, etc.) ou les loisirs à portée de mains (la télévision, la console, un jeu sur téléphone, etc.).

Pour les employeurs, c’est un gros problème. Pendant les heures où l’employé est censé travailler, il jardine, nettoie sa maison, réalise des achats en ligne ou joue à un jeu vidéo. Certains ont mis en place une surveillance accrue de leurs employés pour vérifier qu’ils restent bien devant leur ordinateur à travailler. Mais cela a également des dérives : intrusion dans la vie privée des travailleurs et surmenage de certains employés.

La culture d’entreprise

Être loin du bureau a également un impact sur la culture d’entreprise, c’est-à-dire les valeurs de l’entreprise, sa cohésion ou encore son mode de fonctionnement. D’une part, les travailleurs embauchés avant la crise perdent peu à peu leur attachement à leur entreprise. Une étude Protime qui a interviewé 1.000 travailleurs belges francophones montre que 18,1% des employés se sentent moins impliqués dans l’organisation de l’entreprise depuis le début du télétravail.

Mais d’autre part, les nouveaux arrivants n’ont pratiquement aucun moyen de s’intégrer à cette culture. Ils ne connaissent parfois que quelques autres travailleurs, ceux qui sont les plus proches de son boulot. Ils ont au final du mal à trouver leur place dans l’équipe.

Cela pose des problèmes tant pour les employés que les employeurs. Les nouveaux employés auront tendance à se sentir moins en confiance dans la nouvelle entreprise. Et cela impactera directement leur santé mentale et à long terme, leurs performances. Les plus anciens, moins attachés à l’entreprise, fourniront peut-être moins d’efforts pour atteindre leurs objectifs. Mais en plus, ils seront beaucoup plus tentés de chercher du boulot ailleurs. Les employeurs pourraient ainsi plus facilement perdre de bons éléments de leur équipe. Et ils devront engager et former des personnes, qui par le télétravail, seront à nouveau moins attachées à l’entreprise.

Productivité

En conséquence de ces problèmes de télétravail, la productivité des entreprises pourrait être impactée. En France, l’institut Sapiens a évalué les gains de productivité à 22% au début de la crise. Et c’était l’un des grands arguments pour le développement de manière structurelle du télétravail après la pandémie.

Mais selon Laurent Cappelletti, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), qui a codirigé l’étude de l’institut Sapiens, à long terme, ‘le télétravail pourrait à l’inverse engendrer jusqu’à 20 % de pertes de productivité’. Pour lui, si on veut que le télétravail fonctionne, il faut en discuter en premier lieu avec les travailleurs pour convenir d’une série de mesure qui améliorera leur confort de travail depuis chez eux. Des négociations avec les syndicats et employés, mais aussi un suivi sur le long terme doivent être mis en place.

Il est également important d’entendre ceux qui ne veulent pas télétravailler tous les jours et qui préfèrent revenir au bureau à temps plein ou à temps partiel lorsque la pandémie sera terminée. Au final, l’important sera d’écouter les besoins de chacun et de se montrer flexible, sinon le télétravail sera contre-productif.

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