Le PS veut faire avancer le dossier des retraites avant l’été, « sinon la Vivaldi montrera qu’elle n’est plus capable de décider », mais on est désormais loin d’une réforme ambitieuse

La Vivaldi se prépare pour un sprint final jusqu’au 21 juillet. Il est à noter que les attentes d’un autre grand accord pour le pouvoir d’achat sont désormais tempérées : « Ce sera à l’automne, au moment de la révision du budget », dit-on au PS. Enfin, des réserves ont été émises quant aux dépenses mal ciblées de la réduction générale de la TVA pour le gaz et l’électricité. L’Open Vld et le PS sont, de manière peut-être surprenante, alliés sur ce point. « Cela équivaut à 8 millions d’euros par jour. Nous pourrions apporter un soutien beaucoup mieux ciblé », entend-on au boulevard de l’Empereur, le siège du PS. Mais il y a plus: les socialistes veulent absolument que la Vivaldi présente un plan pour les retraites avant le 21 juillet. « Cela doit se faire maintenant, nous ne pouvons pas nous contenter de faire des one shots ». Pour cette réforme des pensions, le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) travaille avec la ministre Karine Lalieux (PS) sur un plan autour de quatre points : le bonus de pension, une pension après 42 ans de carrière, une plus grande égalité des sexes et l’affinement de la pension minimum.

Dans l’actualité : Demain, le Premier ministre De Croo abordera la question des pensions, au sein du kern.

Les détails : Le PS dit tout haut « qu’il ne faut rien faire », mais en coulisse, il fait pression pour un accord.

  • Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a le sourire au sommet de l’OTAN à Madrid. Car là-bas, la grande nouvelle, c’est qu’au tout dernier moment, une fumée blanche est venue de Turquie et de l’homme fort Recep Tayyip Erdogan. Pendant des semaines, il a pris en otage les pays de l’OTAN à propos de l’adhésion de la Finlande et de la Suède. Mais regardez : après avoir obtenu suffisamment de « garanties » et de concessions, notamment sur les liens entre les deux pays scandinaves et la minorité kurde de Turquie, Erdogan a donné son aval.
  • Le résultat : des visages souriants et une atmosphère détendue dans la capitale espagnole. Cela a immédiatement détourné l’attention d’une discussion difficile sur les efforts de défense que chaque État membre doit mener. La Belgique ne sort clairement pas du lot dans ce domaine.
  • En effet, bien que De Croo ait dû se battre très fort dans son propre pays, singulièrement contre Ecolo, pour faire passer une déclaration gouvernementale qui promet une augmentation du budget de la défense de 2 % d’ici 2035, aucun des pays de l’OTAN n’est impressionné. Les pays voisins, les Pays-Bas et l’Allemagne se rapprocheront déjà de ces 2 % d’ici 2024, la France y est déjà. Le reste de l’OTAN suit, tandis que le calendrier belge se situe dans un futur de plus de 10 ans, le tout au conditionnel.
  • En interne, cependant, Ecolo était bloqué : Jean-Marc Nollet (Ecolo) avait déclaré à plusieurs reprises à ses partisans que cela « n’arriverait jamais », ces 2%. Après avoir conclu un compromis au sein de la Vivaldi, les Verts se sont efforcés de souligner le caractère conditionnel de cette promesse à l’OTAN. Il s’agissait de permettre à Nollet de sauver la face. Mais bien sûr, les partenaires de l’OTAN lisent aussi les informations.
  • Pas agréable pour le Premier ministre belge, qui doit porter la réputation douteuse de l’armée belge au niveau international. Le fait qu’hier plus que tout autre jour, la découverte d’un laboratoire de drogue dans un hangar abandonné de l’armée belge, sur la base nucléaire de Kleine Brogel, ait été divulguée (également dans la presse étrangère), n’a pas facilité les choses. La Défense belge a tout fait pour démentir cette information : il s’agissait en fait d’un hangar juste à côté, et non sur le terrain militaire. C’était un laboratoire où l’on fabriquait de la MDMA, près du domaine militaire de Burkel, un hameau de Peer, dans un bâtiment isolé et désert, à proximité de l’OTAN. Mais le mal était fait: le Guardian, entre autres, avait déjà rapporté l’information.
  • Finalement, c’est un simple détail au vu du contexte international : l’OTAN pourrait triompher en admettant deux nouveaux membres. Au même moment, les tambours de guerre retentissent : l’alliance décide de multiplier par sept sa force de réaction rapide en Europe de l’Est. Bientôt, 300 000 soldats américains et européens devront être prêts à la frontière orientale de l’OTAN.
  • Dans le même temps, il est important que le sommet considère la Chine comme un nouveau « défi » sur la liste des risques pour la sécurité. Cela indique qu’en plus de la Russie, la Chine est également surveillée. « Elle n’est pas une ennemie ou une rivale, mais nous ne devons pas être aveugles face à ses énormes investissements militaires, à son développement de missiles nucléaires à longue portée et à sa tentative de prendre le contrôle d’infrastructures critiques en Occident », a déclaré le patron de l’OTAN, Jens Stoltenberg.
  • Pour De Croo, l’important est qu’il délivre le message « que la Belgique fera son devoir ». Il pourra ensuite rentrer au pays plus tôt que d’habitude, demain déjà. Ce départ anticipé a un double objectif : pouvoir entamer la discussion sur les pensions et faire taire les critiques selon lesquelles « De Croo est trop occupé par les affaires étrangères et sa carrière personnelle ».

L’essentiel : le PS veut un accord, contrairement à ce qu’il a déclaré sur le devant de la scène.

  • Le week-end dernier, le président du PS, Paul Magnette, a encore joué au poker menteur. Dans Het Nieuwsblad, il a déclaré sans détour que lui et son parti avaient déjà obtenu ce dont ils avaient besoin: l’augmentation de la pension minimum. « Nous pouvons nous en accommoder s’il n’y a pas de réforme des retraites plus large. Le plus important est la pension minimum. Si ça ne marche pas, le reste sera pour la prochaine législature. »
  • Cette situation mène en fait a un blocage de la réforme de près de deux ans. Dès le départ, les socialistes ont obtenu le plus important pour eux, tandis que les partenaires de la Vivaldi, principalement les libéraux et le CD&V, devaient eux encore gagner des points sur cette réforme. Entre-temps, la ministre des Pensions, Karine Lalieux, a proposé des plans très indigestes pour l’Open VLD, le MR et le CD&V. Une méthode de négociation à l’avantage des socialistes dans la mesure où ils ont obtenu ce qu’ils étaient venus chercher.
  • De Croo et Lalieux ont donc considérablement réduit les négociations ; en effet, il ne reste plus que quatre points sur lesquels ils veulent discuter pour parvenir à un accord.
    • On parle d’un bonus de pension : ceux qui désirent continuer à travailler après leur retraite (anticipée) devraient être mieux récompensés pour cela. Une pension à temps partiel, dans laquelle les deux statuts (travailleur et retraité) sont combinés pendant un certain temps, serait également élaborée. En fait, il existe déjà un accord de principe sur les deux mesures susmentionnées.
    • En outre, il y a la question de l’accès à une pension de retraite anticipée : peut-on le faire après 42 ans de carrière ou non ? C’est ce que Lalieux veut faire passer. Dans ce cas de figure, l’âge de la retraite n’est plus déterminant, mais plutôt le temps de carrière.
    • Peut-il y avoir une plus grande « égalité des sexes », compte tenu du fait que les femmes ont plus souvent travaillé à temps partiel, notamment pour s’occuper des enfants ?
    • Et, le plus grand point de discussion : à partir de quand avez-vous accès à une pension minimum complète ? Actuellement, c’est possible à partir d’une carrière de 30 ans. Mais il y a d’autres conditions : combien de temps avez-vous réellement travaillé ? Le PS veut la rendre accessible à partir de 10 années de carrière, même à temps partiel, l’Open Vld a répété ce week-end que le minimum requis est de 20 années à temps plein. Le compromis se situera quelque part entre les deux.
  • En coulisses, le PS admet vouloir un accord avant l’été : « Nous devons vraiment prendre des décisions sur les retraites, sinon les gens diront que nous sommes incapables de décider avec la Vivaldi. Nous ne pouvons pas continuer à faire que des one shots », entend-on, au siège du parti.

La vue d’ensemble : on n’attend plus grand-chose du grand « accord de l’été », en dehors des pensions, d’ici le 21 juillet.

  • On s’attend à ce que la réforme des retraites soit éliminée de la liste avant les vacances d’été. Mais il s’agira d’un « mini-plan », pas du tout de la grande réforme des retraites que tous les experts estiment nécessaire pour assainir les finances publiques.
  • Tout le monde s’inquiète du financement des retraites à long terme, mais le PS s’en moque en se référant uniquement au taux d’emploi, qui atteindra 80 %. Le fait que cela nécessitera des réformes nécessaires sur le marché du travail n’est pas pris en compte : le PS n’est pas non plus favorable à des interventions majeures dans ce domaine. Même en remettant tous les chômeurs au travail, on n’atteindrait pas ce chiffre de 80%. Le mal du marché de l’emploi en Belgique se situe plutôt autour des inactifs.
  • Toute une série de vaches sacrées en matière de retraite n’ont pas été touchées, ce qui fait que les Belges restent en activité bien moins longtemps que de nombreux autres pays européens, où le taux d’emploi est automatiquement beaucoup plus élevé :
    • La retraite anticipée reste en place.
    • Il y aura un bonus de pension, mais pas de malus de pension.
    • Les années d’inactivité sont en fait récompensées par une pension.
    • Les pensions élevées des fonctionnaires sont maintenues.
  • Cela signifie déjà que la réforme des pensions, si Vivaldi en propose une, risque d’être froidement abattue par les experts car « insuffisante ». Mais pour l’instant, les partenaires de la coalition s’en moquent : De Croo et Cie seront déjà très heureux s’ils parviennent à un accord.
  • En outre, il se dit que les autres grands dossiers annoncés pour l’été, notamment un accord avec Engie sur les centrales nucléaires, un nouveau paquet de mesures en faveur du pouvoir d’achat et les réformes ou interventions fiscales, ne verront pas beaucoup de mouvements avant les vacances. « Ce sera plutôt pour l’examen du budget à l’automne. De Croo aime réunir les dossiers de toute façon, sous une forte pression. Parfois jusqu’à ce qu’il y en ait trop. Cette fois-ci, ce ne sera pas différent », analyse le PS.

Il y a plus : les réductions de la TVA sont remises en question au sein de la Vivaldi.

  • À la mi-juin, la Vivaldi a conclu un accord sur la défense, mais aussi toute une série de mesures pour le pouvoir d’achat et en particulier l’énergie. Dans le même temps, il a également été décidé de prolonger la réduction de la TVA de 21 à 6 % pour le gaz et l’électricité jusqu’en 2023 au moins. Auparavant, l’Open Vld s’y était opposé.
  • Il est intéressant de noter que les occupants du boulevard de l’Empereur émettent désormais, eux aussi, des réserves quant au coût actuel de cette mesure. Car dans ce cas-ci, ils mettent en avant les sommes énormes que perdent les finances publiques – 8 millions d’euros par jour selon le PS – alors que cette mesure n’est pas du tout ciblée : après tout, la TVA réduite s’applique à tous, riches ou pauvres. « Et cela n’a pas vraiment d’effet, parce qu’au final, il n’y a pas de grande différence, en raison des énormes hausses de prix sur le marché international. »
  • Ce chiffre de 8 millions par jour est quelque peu contredit par les chiffres du budget. Selon le SPF Finances, cela représente 63,9 millions par mois pour le gaz et 99,3 millions par mois pour l’électricité. Ce qui nous amène à environ 4,6 millions par jour : évidemment, cela reste une somme énorme.
  • Le budget prévoit jusqu’à présent 298 millions d’euros pour la réduction de la TVA sur l’électricité et même 384 millions d’euros pour celle sur le gaz. Mais ces montants pourraient encore augmenter fortement. À titre de comparaison : pour la prime sur le mazout majorée à 225 euros par personne, la Vivaldi alloue 210 millions d’euros.
  • C’est cette dernière mesure, ou des mesures similaires, que Magnette préférerait prolonger. Il aimerait certainement donner un coup de pouce à la classe moyenne inférieure, qui souffre relativement plus de l’inflation. « Moins d’interventions générales, plus de cibles. » Magnette et Egbert Lachaert, le président de l’Open Vld, avaient déjà pris contact à ce sujet : l’Open Vld n’est pas non plus fan de ces interventions brutales sur la TVA.
  • La question est de savoir si les autres membres de la Vivaldi veulent inverser la mesure aussi rapidement. Pour les Verts, cela a toujours été très difficile de toute façon, il s’agit essentiellement d’une subvention aux combustibles fossiles. Mais pour le CD&V et Vooruit, il s’agit d’une intervention concrète, qui n’est d’ailleurs que justice : « Quel est le revenu supplémentaire de l’augmentation des prix, pour la TVA et les accises ? Il est logique qu’il revienne au peuple, non ?
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