Le PS travaille de nouveau dur sur le modèle d’une Belgique à 4 Régions

Paul Magnette (PS)
Paul Magnette (PS) – Isopix

Le président du PS veut éviter de répéter ‘la même erreur que ces dernières années’: venir s’assoir à la table des négociations en étant ‘demandeur de rien’. Paul Magnette a même un plan bien ficelé sur lequel son parti travaille, même si les attentes au sein de la Vivaldi sont pour le moment minimes. Le PS a mis en place pas moins de 6 groupes de travail en interne pour discuter de la nouvelle structure de l’Etat. Le président des socialistes a même déjà rencontré les présidents du MR et d’Ecolo. Et le cdH et DéFI seront prochainement invités pour prendre part aux discussions. Le modèle du PS? Quatre Régions à part entière, et la fin des Communautés.

Le PS sait ce qui l’attend lors des prochaines élections législatives en 2024. Les discussions communautaires feront nécessairement surface. Comme le prévoit d’ailleurs l’accord de gouvernement qui a installé deux ministres pour préparer notre avenir institutionnel: la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), et le ministre des PME, David Clarinval (MR).

Le Parti socialiste n’attendra pas cette date butoir pour préparer ses plans. C’était déjà évident lors des dernières négociations: Bart De Wever (N-VA) et Paul Magnette (PS) s’étaient entendus sur un accord, avant que le socialiste ne fasse brusquement marche arrière un dimanche, sur le plateau de RTL-TVi. Cet accord remodelait en profondeur la Belgique telle que nous la connaissons. Pour les nationalistes, c’était un refrain connu. Que les socialistes aillent si loin en a surpris plus d’un.

Bart De Wever (N-VA) en Paul Magnette (PS) – Isopix

Ça travaille en coulisse

Le plan de Magnette, c’est une Belgique à quatre Régions aux pouvoirs renforcés, au détriment des Communautés: la Wallonie, Bruxelles, la Flandre et la Région germanophone.

Lors d’une conversation informelle pour le Nouvel An, Magnette a donné un aperçu de la stratégie de son parti pour la Belgique. Sourire esquissé, il a indiqué avoir reçu des réactions particulièrement cordiales de la part des germanophones suite à sa proposition développée cet été. Une stratégie qu’il a lui-même rendue publique à l’automne, après la formation de la Vivaldi.

Le PS prend les choses au sérieux: ‘Nous travaillons désormais en interne avec six groupes de travail différents. Ils sont également occupés au CD&V et au sein de l’Open VLD. L’intention est que nous élaborions notre vision et que nous soyons prêts’, peut-on entendre au boulevard de l’Empereur, le siège du PS.

‘La meilleure façon de bien se préparer est, cette fois, de ne pas attendre que les Flamands viennent avec leurs revendications, et que nous ne soyons demandeur de rien’. Le PS veut briser cette logique, la méthode doit être différente.

Quatre Régions qui se partagent tout. Ce qui signifie de facto la fin des Communautés, et la fin des liens entre la Région bruxelloise et la Communauté flamande. ‘Il n’y a pas un seul parti flamand sérieux qui ne se rende pas compte que c’est inévitable’, commente-t-on.

Le Parlement flamand se situe à Bruxelles.

L’Open VLD, Groen et Vooruit semblent déjà d’accord avec ça. Publiquement, la N-VA et le CD&V y sont toujours opposés. Mais là aussi, Magnette pense qu’il obtiendra le feu vert de Joachim Coens (CD&V) et même de Bart De Wever (N-VA). En échange, la représentation flamande serait ‘garantie’, ‘mais il appartient aux Bruxellois de se mettre d’accord entre eux’.

Les négociations de l’été comme phase de tests

‘Nous avons beaucoup parlé cet été de politique, mais aussi de littérature, d’Histoire. Nous savons comment il voit désormais les choses. Et bien sûr il y a des différences fondamentales, mais aussi des ouvertures’, déclare le président du PS qui mentionne explicitement Bart De Wever.

Bien sûr, le PS doit prendre garde à ne pas froisser les francophones. Paul Magnette souligne immédiatement qu’un accord de coopération devra être trouvé entre Bruxelles et la Wallonie. En ce compris les domaines de la culture, de l’éducation et des médias. ‘Notre intention n’est pas de scinder la RTBF et les universités, hein, que du contraire’.

‘Si cette coopération se fait avec force, avec des pouvoirs pleins et clairs, elle ira beaucoup plus vite. La Flandre et la Wallonie ont immédiatement négocié de nombreux accords au cours de la période gouvernementale précédente. Tout a été plus rapidement.’

Stand-by

Cette préparation ne signifie pas que les choses vont bouger au sein de la Vivaldi pour le moment. Sur papier, la nouvelle réforme de l’État est confiée aux deux ministres qui détiennent ce portefeuille. Sentant le souffle de la N-VA, mais aussi du VB, le CD&V et Joachim Coens se sont battus avec acharnement pour que cela figure dans l’accord de gouvernement.

Le PS souhaitait prendre la tête de ce portefeuille. Mais le MR en faisait une priorité à l’époque. Le MR a choisi la stratégie belgicaine et la préservation de certaines compétences à l’échelon fédéral. Placer David Clarinval était un moyen de le démontrer.

Au CD&V, on ne se fait néanmoins pas beaucoup d’illusion: ‘Avec ce MR-là vous ne concluez pas une réforme de l’État propre.’ Reste que le PS a voulu rencontrer le parti libéral, comme il l’a fait avec Ecolo qui adopte aussi une stratégie très belgiciste. L’intention de Paul Magnette est également de rencontrer les présidents de DéFI et du cdH.

Paul Magnette (PS) - Georges-Louis Bouchez (MR) - Jean-Marc Nollet (Ecolo)
Paul Magnette (PS), Georges-Louis Bouchez (MR) en Jean-Marc Nollet (Ecolo) – Isopix

On peut se poser des questions sur le bien fondé de telles démarches: les points de vue du PS et ceux du MR ou de DéFI par exemple sont tellement opposés. Simple geste de politesse?

En attendant, les réformes économiques doivent primer. Avec une volonté pour les socialistes de mettre en place une taxe Tobin en Belgique. Le président des socialistes ne jouera pas les trublions et ne fera pas d’ombre à Alexander De Croo (Open VLD), nous explique-t-on au PS: ‘Non, il fallait s’attendre avec la presse flamande à ce que ce match commence. Mais le contact entre le président et le Premier ministre est très bon: ils s’appellent beaucoup, et ils restent dans un dialogue permanent. Et Magnette ne veut certainement pas jouer la belle-mère ou entrer en conflit.’