Le pari coûteux et risqué d’Elon Musk avec Starlink

Isopix

Grâce à Starlink, SpaceX compte bien s’imposer comme le leader mondial de l’internet à haut débit par satellite. Et pour parvenir à ses fins, la firme d’Elon Musk ne lésine pas sur les moyens.

Fin octobre, SpaceX a ouvert la version Beta de son réseau internet par satellite Starlink au grand public et dévoilé les tarifs que l’entreprise comptait demander. Les nouveaux clients devront débourser 99 dollars par mois, auxquels il faut ajouter le prix du kit de connexion. Celui-ci comprend un terminal utilisateur pour se connecter aux satellites de la constellation Starlink, un pied de fixation et un routeur wifi. Le kit complet coûte 499 dollars.

Si le réseau Starlink compte actuellement près de 900 satellites en orbite autour de la Terre, l’objectif de SpaceX est, à terme, de disposer de plusieurs dizaines de milliers de ces petits engins afin de proposer un accès à l’internet haut débit à l’ensemble de la planète. Pour l’instant, Starlink n’est toutefois disponible que dans certaines régions, principalement dans le nord-est des États-Unis.

Jusqu’à 10.000 dollars

Le prix de départ pour profiter des services proposés par Starlink est donc de pratiquement 600 dollars… Ce qui ne représente pourtant qu’une fraction du coût réel supporté par SpaceX.

Selon des analystes interrogés par Business Insider, l’antenne réseau à commande de phase (phased-array antenna), par exemple, qui fait partie du kit Starlink et est indispensable au fonctionnement du système, est un appareil qui peut en réalité coûter jusqu’à 10.000 dollars.

‘C’est l’un des ensembles technologiques les plus sophistiqués que j’aie pu voir, et il s’accompagne de logiciels extrêmement sophistiqués eux aussi’, explique notamment Roger Rusch, de TelAstra.

Subventions

En clair, SpaceX subventionnerait massivement l’achat du matériel nécessaire pour utiliser Starlink. Et cela sans même prendre en compte le coût du déploiement et de la maintenance de la constellation de satellites.

‘Il est probable que Starlink subventionne chaque terminal à hauteur de 1.000 dollars au moins, et possiblement jusqu’à 2.000 dollars’, estime de son côté Tim Farrar, expert en communication par satellite. Pour faire baisser ces subventions sous la barre des 1.000 dollars par personne, ‘il faudrait des dizaines de milliers de clients’, ajoute-t-il.

Elon Musk applique donc la recette désormais classique des jeunes entreprises aux ambitions démesurées: brûler des quantités énormes de cash pour tenter d’écraser la concurrence et se tailler la part lion. Une stratégie qui, en cas de succès, peut rapporter gros, mais qui, si elle échoue, faire courir un énorme risque à l’entreprise. D’autant plus que la concurrence existe dans le secteur, et qu’elle a du répondant.

La baisse des coûts au cours des prochaines années constituera donc un enjeu crucial pour SpaceX, mais le juteux marché des télécommunications, évalué à plus de 1.000 milliards de dollars par an, semble valoir la peine de prendre pareils risques aux yeux d’Elon Musk.