Le modèle écologique à la sauce suédoise : vert à domicile, polluant à l’extérieur

Reuters évoque ce lundi un enjeu majeur à l’approche de la COP26. Comment chaque État peut-il parvenir à atteindre ses objectifs climatiques tout en ne déportant pas le problème ailleurs ? Le cas de la Suède et de l’entreprise d’extraction de calcaire Slite est de ce point de vue tout à fait intéressant.

Lorsque début juillet, un tribunal local a fait interdire l’extraction de calcaire sur l’île de Gotland, les associations écologistes se sont félicitées. Une décision qu’est venue confirmer ensuite la Cour suprême suédoise, estimant que le géant du ciment, l’Allemand Cimenta, et l’entreprise locale Slite, n’avaient aucune base juridique pour faire appel.

Bonne nouvelle pour la faune et la flore locales. L’entreprise qui fabrique 75% du ciment de la Suède et qui est le 2e émetteur de carbone du pays allait réduire sa production.

Sauf que le problème pourrait tout simplement se déplacer ailleurs, là où la législation est plus douce vis-à-vis du carbone. C’est ce qu’explique un rapport commandé par les autorités suédoises qu’a pu consulter Reuters. La décision de justice pourrait forcer la Suède à devoir trouver des matières premières ailleurs, dans des pays qui rejettent plus de carbone que ne l’aurait fait le pays scandinave, champion du renouvelable.

« Les importations en provenance de pays extérieurs à l’UE entraîneraient probablement des impacts environnementaux plus importants en raison de normes plus faibles liées aux émissions de CO2 et de normes plus faibles en matière d’utilisation des terres »

Le dilemme

C’est un dilemme bien connu pour les démocraties occidentales. Se transformer en champion de l’écologie n’a aucun sens si on laisse faire le sale boulot aux autres. Un phénomène connu sous le nom de « fuite de carbone ». Voilà comment la Commission européenne le définit: « Une situation dans laquelle une entreprise, pour échapper aux coûts liés aux politiques climatiques, déplace sa production dans un autre pays appliquant des règles moins strictes en matière de limitation des émissions. »

La Suède truste les premières places des classements environnementaux depuis longtemps. Le miracle suédois est d’avoir réussi à opérer sa transition énergétique sans empiéter sur sa croissance économique. La Suède est le pays le plus vert d’Europe: 54,6% de l’électricité consommée en moyenne provenaient de sources d’énergie renouvelable l’année dernière. La Suède vise une neutralité carbone 5 ans plus tôt que tout le monde en 2045. Outre l’hydroélectricité (45%) et l’énergie éolienne, à la troisième place, la Suède peut compter sur un apport conséquent en énergie nucléaire (30%). En 2018 déjà, les émissions carbone par habitant était de 3,5 tonnes contre 6,4 pour la moyenne européenne, selon la Banque mondiale.

En outre, la Suède est le pays qui taxe le carbone le plus lourdement au monde avec 137 dollars la tonne de carbone. Une grande partie du ciment importé en Europe provient de Turquie, de Russie ou d’Afrique du Nord. Des régions où les standards environnementaux sont beaucoup moins élevés. Là bas, il n’y a pas de système d’échange de quotas d’émission, le plus grand marché de carbone au monde qui fixe un prix pour les secteurs à forte intensité énergétique. En dehors de l’UE, le prix moyen du carbone est fixé à 3 dollars la tonne par le FMI, autant dire qu’on est très très loin des 137 dollars de la Suède.

Solution globale

Selon les derniers chiffres, les importations de ciment en dehors de l’UE ont bondi de 160% au cours des 5 dernières années. Et ce phénomène peut s’étendre à d’autres secteurs gourmands en ressources. À quoi bon avoir des normes strictes si le problème est tout simplement exporté ? En reprenant l’exemple suédois, les émissions du pays sont tombées à un peu moins de 60 millions de tonnes de carbone en 2018. Mais si l’on prend en compte la consommation des biens et services produits à l’étranger, ce chiffre est 30% plus élevé, de l’ordre de 82 millions de tonnes de carbone.

C’est pourquoi l’Europe veut imposer une taxe carbone à ses frontières : un moyen de lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi de protéger ses industries plus propres.

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