Le décès du sénateur américain Lindsey Graham laisse un vide dans la stratégie de sanctions contre la Russie


Principaux renseignements

  • L’héritage politique du sénateur Lindsey Graham plaide en faveur d’une approche économique beaucoup plus ferme à l’égard de la Russie.
  • Les entreprises privées font souvent preuve de plus de détermination que les gouvernements occidentaux, dont les positions sont souvent contradictoires.
  • Une stratégie de sanctions efficace exige que les gouvernements et les entreprises coordonnent mieux leurs pressions économiques sur la Russie.

Le décès du sénateur Lindsey Graham représente non seulement une tragédie personnelle pour ses proches et ses électeurs, mais aussi une perte stratégique pour les efforts internationaux visant à résoudre les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.

Graham était un fervent défenseur du soutien militaire à Israël et à l’Ukraine. Il a également été le moteur du « Sanctioning Russia Act » de 2025, une initiative soutenue par les deux partis ainsi que par Donald Trump.

Cette loi visait à intensifier la pression économique sur la Russie par le biais de restrictions bancaires, du gel des avoirs des responsables russes et de droits de douane secondaires de 500 pour cent. Selon ses partisans, ce cadre législatif, qui pourrait porter le nom de Graham, offre un moyen d’exercer une pression supplémentaire sur la politique étrangère agressive de Vladimir Poutine.

Fossé entre les paroles et les actes

Bien que les dirigeants de l’OTAN aient récemment réaffirmé à Ankara leur soutien à la souveraineté ukrainienne, leur rhétorique l’emporte souvent sur leurs actes. L’alliance a augmenté ses dépenses de défense et son aide humanitaire, mais la guerre se poursuit car les gouvernements occidentaux n’ont pas fait preuve de la cohérence nécessaire pour transformer leur position morale en une victoire décisive.

L’Occident dispose d’un arsenal économique lui permettant de mettre fin au conflit à un coût relativement faible, à condition que la volonté politique soit à la hauteur du courage dont fait preuve le secteur privé.

Détermination du secteur privé

Le monde des entreprises a souvent fait preuve de plus de détermination que les gouvernements nationaux. Peu après l’invasion, une équipe de recherche de Yale a suivi les activités des multinationales en Russie, évaluant les entreprises en fonction de leur engagement à se retirer.

Cette transparence a poussé plus de 1 200 entreprises — représentant environ 40 pour cent du PIB russe d’avant-guerre — à se retirer volontairement. Ces retraits n’étaient pas imposés par la loi, mais motivés par des impératifs moraux et la prise de conscience que la Russie n’était plus un investissement viable. Contrairement aux sanctions gouvernementales, qui sont des outils juridiques coercitifs, les départs volontaires des entreprises privent le Kremlin de sa légitimité internationale, de technologies essentielles et de capitaux.

Politiques contradictoires des pouvoirs publics

Malgré cette dynamique du secteur privé, les gouvernements ont souvent sapé leurs propres objectifs. Le département du Trésor américain, par exemple, a accordé des dérogations autorisant le commerce du pétrole russe afin d’éviter une instabilité des marchés mondiaux. Ces concessions ont été accordées précisément au moment où l’emprise économique de Poutine s’affaiblissait, ce qui a entraîné une forte augmentation des exportations de pétrole brut russe et permis au Kremlin d’enregistrer à nouveau d’énormes bénéfices.

Échecs européens

Le bilan de l’Europe est encore plus contradictoire. La société française Total Energies a conservé des participations importantes dans des projets russes de GNL alors même que le gouvernement français condamnait publiquement Poutine ; certaines de ces entreprises ont même produit du carburant destiné aux avions bombardant des villes ukrainiennes.

Dans le secteur aérospatial, Airbus a continué à s’approvisionner en titane russe — affirmant que les sanctions seraient autodestructrices — tandis que Boeing a réussi à se tourner vers de nouveaux fournisseurs. On peut citer d’autres exemples, tels que l’action limitée menée à l’encontre de la banque autrichienne Raiffeisen, le rôle de l’Allemagne qui a permis au Kirghizistan de devenir une voie de transit pour des marchandises sanctionnées, et le soutien apporté par des compagnies maritimes grecques à la flotte fantôme russe.

De plus, les raffineries indiennes ont tiré profit de la crise en important du brut russe bon marché et en réexportant les produits raffinés vers l’Occident.

Le réseau financier parallèle

La Russie a par ailleurs mis au point de nouveaux moyens de contourner les sanctions. Le réseau A7, un système de paiement privé étroitement lié à l’État russe, en est un exemple. Ce réseau traiterait chaque année environ 90 milliards de dollars (78 milliards d’euros), soit plus de la moitié du budget militaire russe. Pourtant, le système et le stablecoin A7A5 qui y est associé sont restés en grande partie hors de portée des sanctions occidentales.

Stratégie contre l’économie de guerre russe

Pour démanteler véritablement la machine de guerre russe, l’Occident doit adopter une stratégie globale. Celle-ci consiste notamment à neutraliser le réseau financier A7A5, à lutter contre les intermédiaires dans des pays tels que le Kirghizistan, à sanctionner individuellement les navires de la flotte fantôme et à sanctionner les entreprises européennes qui continuent de soutenir l’économie russe.

Leçons de l’histoire

La victoire historique remportée sur l’apartheid sud-africain prouve que les sanctions gouvernementales ne portent leurs fruits que lorsqu’elles s’accompagnent d’un exode massif du secteur privé. Tout comme l’effort coordonné des entreprises et des États a mis fin au régime de Pretoria, l’Occident doit désormais synchroniser ses leviers politiques et économiques.

Bien que plus de 1 200 entreprises aient déjà tenu bon, il appartient désormais aux gouvernements occidentaux de faire preuve du même courage et de la même cohérence pour mettre fin à la guerre. (lv)

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