Les pays d’Amérique du Sud souhaitent renforcer leur position sur le marché des matières premières


Principaux renseignements

  • Quatre pays d’Amérique du Sud ont formé une alliance stratégique afin de regrouper leur production de matières premières et d’attirer des investissements internationaux.
  • L’Amérique latine tire parti de ses énormes réserves de cuivre et de lithium pour pallier les pénuries mondiales.
  • Le Brésil est à l’avant-garde d’une transition régionale vers la production locale de batteries et d’aimants de haute qualité.

Les pays d’Amérique du Sud collaborent pour transformer leurs vastes réserves minières en un pôle commun d’investissement et de production. Cette évolution intervient alors que les grandes puissances mondiales se disputent les matières premières essentielles à la défense, aux technologies de pointe et aux énergies renouvelables.

Récemment, le Pérou, la Bolivie, l’Argentine et le Chili ont conclu un accord commun à Santiago, la capitale chilienne. Cet accord a permis de créer un cadre visant à renforcer la coopération technique, à encourager les investissements éthiques dans le secteur minier et à harmoniser leurs réseaux d’approvisionnement en minerais. C’est ce que rapporte Mining.com.

Coopération doit positionner la région comme un fournisseur fiable

En harmonisant leurs politiques en matière de financement, de compétences professionnelles, de réglementation et de géologie, ces quatre gouvernements visent à faire de la région une source fiable de minerais nécessaires à l’intelligence artificielle, aux véhicules électriques et aux efforts mondiaux de décarbonisation.

Selon les experts, si ce pacte rend la région plus attractive et plus cohésive aux yeux des investisseurs, son succès final dépendra de l’engagement à long terme des gouvernements participants à maintenir cette coordination.

Lutter contre la pénurie mondiale de minéraux

Le moment choisi pour cette alliance est crucial, alors que le monde est confronté à une pénurie imminente de minéraux essentiels. Les données de l’Agence internationale de l’énergie indiquent que la production de cuivre pourrait être inférieure de 25 pour cent à la demande d’ici 2035, en grande partie parce que la mise en place de nouvelles mines est un processus lent qui dépasse souvent les 15 ans.

Le lithium connaît des contraintes similaires en raison du coût élevé de la prospection et du manque d’investissements dans de nouvelles explorations.

L’avantage de l’Amérique latine en matière de matières premières

L’Amérique latine occupe une position unique pour pallier ces déficits. Des rapports du Forum économique mondial et de McKinsey & Co. soulignent l’immense richesse de la région ; par exemple, le Chili et le Pérou possèdent près d’un tiers des réserves mondiales de cuivre, tandis que le Chili et l’Argentine détiennent environ 40 pour cent des réserves mondiales de lithium.

Par ailleurs, le Brésil contrôle une part considérable de l’offre mondiale de métaux rares et de graphite. Outre l’énorme volume de ses ressources naturelles, la région offre un large éventail de capacités industrielles. Cet attrait est encore renforcé par la volonté des pays occidentaux de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement et de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine.

Coopération transfrontalière

Certains pays mettent déjà en œuvre ces stratégies de coopération. Le Chili et l’Argentine ont élaboré des protocoles communs pour les projets miniers transfrontaliers, ce qui simplifie les procédures d’autorisation complexes qui entravaient auparavant les activités transfrontalières.

Les responsables chiliens estiment que la relance de la coopération minière avec l’Argentine pourrait générer plus de 20 milliards de dollars (environ 17,2 milliards d’euros) d’investissements et augmenter considérablement la production annuelle de cuivre.

Le Brésil encourage la production nationale

L’objectif premier de la région est toutefois d’aller au-delà de la simple exportation de minerais bruts et de développer à la place des capacités industrielles internes. Le Brésil est à la pointe de cet effort grâce à un nouveau dispositif offrant environ 1 milliard de dollars (860 millions d’euros) d’avantages fiscaux et un fonds de garantie destiné à stimuler la production nationale d’aimants et de batteries.

Cette impulsion donnée au développement de l’industrie de transformation s’accompagne d’une surveillance plus stricte de la part de l’État, notamment par la création d’un nouveau conseil chargé de contrôler la propriété étrangère et les concessions minières.

Matières premières ne suffisent pas à elles seules

Bien que des pays comme le Brésil, le Pérou, le Chili et l’Argentine soient actuellement considérés comme des marchés attractifs en raison de leurs réserves considérables et de leurs risques politiques maîtrisables, la richesse géologique ne suffit pas à elle seule.

Pour jouer véritablement un rôle prépondérant dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, ces pays doivent garantir la stabilité fiscale, rationaliser les procédures d’octroi de licences et maintenir un climat politique cohérent afin d’attirer les capitaux nécessaires. (lv)

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