Comment le conflit au Moyen-Orient place les banques centrales face à un dilemme


Principaux renseignements

  • Le conflit au Moyen-Orient fait flamber les prix de l’énergie et alimente l’inflation régionale.
  • Les chocs d’offre obligent les banques centrales à trouver un équilibre entre la stabilité des prix et la croissance économique.
  • De solides réserves de fonds propres permettent à la BCE de lutter contre l’inflation sans risquer un effondrement financier.

L’instabilité géopolitique au Moyen-Orient a profondément modifié le paysage macroéconomique, obligeant les banques centrales à revoir leurs stratégies, rapporte la Banque national de Belgique.

Premières hausses des taux d’intérêt depuis près de trois ans

Alors que l’inflation dans la zone euro s’était stabilisée autour de 2 pour cent après la volatilité de 2021 et 2022, les tendances récentes indiquent une remontée vers près de 3 pour cent. En réponse, le Conseil des gouverneurs de la BCE a procédé à des hausses des taux d’intérêt en juin, marquant ainsi la première mesure de ce type depuis près de trois ans.

Les perturbations énergétiques compliquent la tâche des décideurs politiques, car elles créent souvent une tension entre la nécessité de maintenir la stabilité des prix et celle d’assurer la stabilité financière.

L’impact des conflits régionaux sur les prix de l’énergie

La trajectoire économique semblait prometteuse début 2026, avec une croissance qui restait soutenue et une inflation oscillant près de l’objectif. Cependant, cette stabilité a été perturbée en février par des actions militaires impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. Le blocus du détroit d’Ormuz qui s’en est suivi a provoqué une flambée des prix du pétrole.

Bien qu’un accord de paix conclu mi-juin ait entraîné une reprise partielle des prix, les répercussions persistent. La remise en état des infrastructures énergétiques et la reconstitution des stocks prennent du temps, et comme les coûts élevés de l’énergie se répercutent sur les prix des denrées alimentaires et des services, l’inflation globale devrait rester élevée pendant un certain temps.

Comprendre la nature des chocs d’offre

Ce phénomène est qualifié par les économistes de « choc d’offre », les perturbations trouvant leur origine du côté de la production. Parmi les exemples similaires, on peut citer les défaillances de la chaîne d’approvisionnement pendant la pandémie de COVID-19 et la crise énergétique déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine. En raison des évolutions actuelles de la politique climatique mondiale et de l’instabilité géopolitique, de tels chocs risquent de devenir plus fréquents.

Le dilemme des banquiers centraux

Les chocs d’offre posent un dilemme plus complexe à la politique monétaire que les chocs de demande. Alors qu’un choc de demande survient lorsqu’une économie en surchauffe fait grimper les prix, un choc énergétique nuit à l’activité économique tout en poussant les prix à la hausse. Cela oblige les banquiers centraux à choisir entre soutenir la production et lutter contre l’inflation. Relever les taux pour freiner la hausse des prix peut alourdir davantage le fardeau d’une économie déjà aux prises avec des coûts énergétiques élevés.

De plus, le resserrement de la politique monétaire visant à lutter contre l’inflation d’offre peut déclencher une instabilité financière en provoquant des réévaluations brusques des actifs et un durcissement des conditions de crédit. Lorsque les coûts énergétiques augmentent, les entreprises et les ménages deviennent plus fragiles. Dans un tel contexte, la hausse des taux d’intérêt alourdit le fardeau de la dette, ce qui peut entraîner des défauts de paiement ou des primes de risque plus élevées de la part des prêteurs. Cette situation diffère de celle de l’inflation tirée par la demande, où une économie florissante entraîne généralement une augmentation des revenus et des bénéfices, rendant les emprunteurs plus résistants aux hausses de taux et permettant à la banque centrale de prévenir une surchauffe financière.

Synchronisation des outils monétaires et macroprudentiels

Pour faire face à ces défis, les banques centrales doivent synchroniser leurs politiques monétaires et macroprudentielles. Bien que ces deux cadres aient des objectifs principaux différents – l’un axé sur les prix et l’autre sur la stabilité systémique – , ils peuvent entrer en conflit lors de chocs d’offre.

Pour atténuer ce risque, la zone euro s’est attachée à renforcer la résilience systémique. Les banques ont augmenté leurs réserves de fonds propres, et les bilans des ménages et des entreprises se sont consolidés, offrant ainsi un filet de sécurité pouvant être utilisé en période de tension.

Résilience actuelle du secteur

À l’heure actuelle, la solidité du secteur financier fait qu’un compromis entre stabilité des prix et stabilité financière n’est pas immédiatement nécessaire. La solidité des bilans, en particulier au sein des banques belges, a permis au système de résister au choc provoqué par le conflit au Moyen-Orient.

Par conséquent, la BCE peut donner la priorité à la stabilité des prix tandis que les outils macroprudentiels servent de première ligne de défense contre la fragilité financière. Si le conflit venait à s’intensifier, les banques pourraient mobiliser leurs réserves afin d’offrir la marge de manœuvre nécessaire à un nouveau resserrement monétaire.

Perspectives concernant l’interdépendance entre les prix et la stabilité financière

En fin de compte, la stabilité des prix et la stabilité financière sont interdépendantes. Un système financier stable est indispensable à l’efficacité de la politique monétaire, et la stabilité des prix permet aux entreprises et aux ménages d’investir de manière plus prévisible.

À l’horizon, les marchés financiers ne prévoient pas de répétition des hausses de taux agressives observées en 2022-2023. Les anticipations actuelles suggèrent une seule nouvelle hausse des taux d’ici fin 2026, à condition que l’impact du conflit actuel sur l’inflation reste limité.

(at)

Suivez également Business AM sur Google Actualités

Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

Ajoutez fr.businessam.be en tant que source préférée sur Google
Plus