Le canal de Suez n’est pas le seul goulet d’étranglement égyptien

Un câble internet tiré le long des côtes françaises. (Fourmy Mario / Abacapress)

Lorsque le canal de Suez a été bloqué pendant six jours par un porte-conteneurs, le « canal de Suez numérique » est resté ouvert au trafic international. Mais les grandes entreprises de l’Internet se préparent déjà à d’éventuelles irrégularités sur cette route câblée. On estime que 17 à 30% du trafic Internet mondial y transite.

L’Égypte bénéficie de sa position stratégique. Le pays est la voie terrestre la plus courte pour les câbles Internet entre l’Asie et le Moyen-Orient, vers l’Europe et l’Afrique. Si 8% de l’ensemble du trafic maritime passe par le canal de Suez chaque année, 17 à 30% du trafic Internet mondial passe par l’Égypte. Cela se fait par le biais d’une masse de câbles à fibre optique qui viennent débarquent à Alexandrie et à Port Saïd depuis la mer Rouge, pour replonger dans la mer Méditerranée.

Les Égyptiens ont pris l’habitude de faire de l’argent avec le trafic de transit et le trafic touristique. Maintenant, ils comptent également sur le trafic de données. De la même manière que les compagnies maritimes paient des péages pour traverser le canal de Suez (5,6 milliards de dollars au total en 2020), les grandes entreprises de l’Internet paient 185 millions de dollars par an à l’Égypte pour faire passer leurs produits par les câbles à fibre optique de la région. L’Égypte abuserait également de son monopole géographique pour facturer plus de 50% de plus que les autres opérateurs.

Les grandes entreprises de l’Internet travaillent sur un plan B

Mais que se passera-t-il si un ou plusieurs de ces câbles tombe(nt) en panne ? A cause d’un acte sabotage, d’un accident ou d’une catastrophe naturelle, par exemple ? Google, Facebook et d’autres entreprises générant un trafic Internet massif sont conscients des risques. Elles travaillent donc à l’élaboration d’un plan d’urgence, à activer en cas de catastrophe. Elles étudient la possibilité de créer une route câblée de l’Italie vers Israël, puis vers la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Inde. Cela permettrait d’éviter l’Égypte.

Si l’on en arrive là, il s’agira d’une percée géopolitique pour les réseaux câblés de la région. Actuellement, Israël n’a aucune connexion avec le Moyen-Orient et dépend des câbles provenant d’Europe vers Tel Aviv et Haïfa.

Mais un tel plan dépend entièrement de la politique régionale. Il s’agit d’un puzzle extrêmement complexe, qui, le plus souvent, désorganise les projets en raison de guerres, d’inimitiés et d’autres problèmes. La position d’Israël dans la région reste une pierre d’achoppement particulière.

Mais même si ce plan est mis en œuvre, l’Égypte continuera à jouer un rôle de premier plan dans l’infrastructure physique de l’Internet. Comme ses pyramides, l’emplacement de l’Égypte reste unique. Du moins pour l’instant.

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