L’Autriche se démarque dans le conflit Russie-Ukraine: elle appelle à être plus conciliant envers Moscou

Alors que les Etats-Unis et l’Union européenne craignent de plus en plus que la Russie ne tente d’envahir l’Ukraine, l’Autriche veut se démarquer. Pas question de se montrer trop menaçant envers Moscou, selon son chancelier.

Karl Nehammer, le chancelier autrichien, a déclaré que son pays souhaite jouer un rôle de modérateur dans le conflit ukrainien. Son objectif est d’éviter une escalade du conflit et de ramener les deux parties à la table des négociations, rapporte Euractiv. Pour le coup, tout le monde sera d’accord lui.

En revanche, les moyens que l’Autriche veut mettre en œuvre pour y parvenir diffèrent quelque peu de ceux de ses alliés occidentaux. Elle a décidé d’adopter une position plus conciliante envers la Russie. Avec, notamment, un refus de se servir du gazoduc Nord Stream 2 pour faire pression sur Moscou.

Le projet est « déjà terminé et devrait être utilisé », a déclaré lundi le ministre autrichien des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg, lors du sommet des ministres des affaires étrangères de l’UE. Pour l’Autriche, le gazoduc doit mis en service le plus rapidement possible.

À l’Allemagne de décider

De la Russie à l’Allemagne, le gazoduc passe par la mer baltique en évitant l’Ukraine. D’autres gazoducs, de la Russie à l’Europe, passent par l’Ukraine. Avec ce nouveau projet, l’Ukraine risque de perdre des revenus et une position stratégique.

Les Etats-Unis se sont très longtemps opposés au projet, craignant que cela ne renforce encore un peu plus le pouvoir de la Russie sur les prix de l’énergie dans l’UE. Ils ont longtemps fait pression sur l’Allemagne pour qu’elle dise non à Nord Stream. A la mi-novembre, Berlin a suspendu le projet pour quatre mois. Pourrait-il le aller jusqu’à le mettre définitivement à la poubelle ? Les craintes vis-à-vis de l’invasion de l’Ukraine ont donné aux Américains un nouvel argument phare pour contrer le projet: ils considèrent désormais un blocage comme une piste « absolument prioritaire », selon les termes d’un conseiller en sécurité de la Maison Blanche interrogé par l’AFP.

Dimanche soir, l’Allemagne a fait savoir que Nord Stream 2 ne sera pas autorisé à fonctionner en cas de nouvelle « escalade » en Ukraine, en vertu d’un accord de principe conclu entre Berlin et Washington. En raison de la situation sécuritaire tendue, « il a été convenu entre les Américains et l’ancien gouvernement allemand » d’Angela Merkel « qu’en cas de nouvelle escalade ce gazoduc ne pourrait entrer en service », a déclaré Annalena Baerbock sur la chaîne de télévision allemande ZDF.

Mme Baerbock, qui a pris ses fonctions la semaine dernière, a aussi rappelé que le gazoduc, de toute façon, « ne peut pour le moment être autorisé car il ne remplit pas les règles de la législation européenne de l’énergie ».

 Même son de cloche du côte du chancelier allemand Olaf Scholz: « Ce serait une grave erreur de croire que violer les frontières d’un pays européens resterait sans conséquences ».

Une responsable américaine est en Russie

Lundi, les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 (États-Unis, Canada, Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni, Japon) se sont réunis pour, entre autres, évoquer le dossier russo-ukrainien. Selon la ministre britannique Liza Tuss, ce sommet a démontré « la voix très unie des pays du G7 qui représentent 50 % du PIB mondial, et qui est très claire » sur le fait « qu’il y aurait des conséquences massives pour la Russie en cas d’incursion en Ukraine ».

Dans le même temps, le gouvernement américain a annoncé qu’il dépêchait sa secrétaire d’Etat adjointe chargée de l’Europe, Karen Donfried, en Ukraine et Russie de lundi à mercredi, en quête de « progrès diplomatiques pour mettre fin au conflit dans le Donbass », dans l’est de l’Ukraine, « en mettant en œuvre les accords de Minsk ». Des accords conclus en 2015 pour mettre fin à la guerre qui a éclaté un an plus tôt dans cette région ukrainienne entre les forces de Kiev et des séparatistes prorusses, mais n’ont jamais été vraiment respectés.

Si la Russie « décide de ne pas emprunter cette voie » diplomatique, » il y aura des conséquences massives et un prix important à payer, et le G7 est absolument uni là-dessus », avait déjà prévenu la responsable américaine.

Ces menaces ont d’ailleurs été exprimées de façon très explicite par le président américain Joe Biden à son homologue russe Vladimir Poutine la semaine dernière à l’occasion d’une conversation téléphonique.

Poutine a appelé Johnson

De son côté, la Russie continue de réfuter toutes les intentions belliqueuses que lui prête l’Occident. Lundi, Vladimir Poutine a appelé le Premier ministre britannique Boris Johnson. Il a fait la même demande qu’à Biden quelques jours plus tôt: promettre que l’OTAN n’étendra pas ses activités en Europe orientale, et donc notamment en Ukraine. Pour ce faire, il a réclamé la tenue de discussions immédiates en vue d’obtenir des accords juridiques clairs allant dans ce sens.

Comme Biden, Johnson n’a pas cédé. Il lui a par contre fait part de sa « profonde inquiétude face au renforcement des forces russes à la frontière ukrainienne ». Et l’a averti  » que toute action déstabilisante serait une erreur stratégique qui aurait des conséquences importantes », selon des propos rapportés par Euractiv.

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