Biden va discuter de l’Ukraine avec Poutine: c’est peut-être le défi diplomatique le plus périlleux de sa présidence

Les tensions continuent de monter à la frontière entre la Russie et l’Ukraine. Le président américain Joe Biden a donc prévu une conversation téléphonique avec le président russe Vladimir Poutine ce mardi. Selon un responsable américain, les Etats-Unis brandiront la menace de sanctions économiques pour dissuader la Russie d’envahir l’Ukraine.

Une conversation téléphonique entre Biden et Poutine est prévue ce mardi. Le sujet: les tensions à la frontière entre la Russie et l’Ukraine. Ces dernières semaines, il est apparu que la Russie transportait nombre d’équipements militaires dans les régions frontalières. Actuellement, plus de 90.000 soldats russes seraient déployés près des frontières ukrainiennes. Oleksii Reznikov, le ministre ukrainien de la Défense, a déclaré vendredi que Moscou pourrait planifier une offensive militaire de grande envergure d’ici la fin janvier.

Exercices militaires

Le Kremlin, quant à lui, affirme que ces déploiements sont purement destinés à des exercices militaires sur son propre territoire. Les Etats-Unis n’y croient pas. Et Biden ne va pas hésiter à le faire savoir à Poutine, au moyen de menaces.

« M. Biden brandira la menace de sanctions économiques si Poutine décide d’envahir l’Ukraine », a confié un responsable américain à l’agence de presse Reuters. Selon lui, le président américain a également déjà eu des entretiens avec plusieurs homologues européens à ce sujet. « Ils examinent comment ils peuvent répondre ensemble à une éventuelle invasion. L’Europe et les États-Unis, ensemble, peuvent faire très mal à la Russie sur le plan économique », a-t-il indiqué.

Déconnexion de SWIFT

« La Russie dispose d’une issue diplomatique possible par le biais de l’accord de Minsk si elle le souhaite », a précisé le fonctionnaire. Il s’agit d’un accord négocié précédemment pour mettre fin à la guerre dans la région du Donbas en Ukraine. « Nous encourageons la Russie à reprendre le dialogue par la voie diplomatique. »

« Nous avons consulté de manière significative nos alliés et nous pensons que nous avons une voie à suivre qui imposerait un préjudice important et sévère à l’économie russe », a confirmé la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki. « Vous pouvez appeler cela une menace. Vous pouvez appeler cela un fait. Vous pouvez appeler cela une préparation. Vous pouvez appeler cela comme vous voulez ».

Le fonctionnaire interrogé par Reuters n’a pas voulu donner de détails sur les sanctions économiques qui pourraient être imposées. CNN rapporte qu’elles pourraient viser le cercle restreint autour de Poutine. De plus, l’Europe et les États-Unis pourraient aussi décider de déconnecter la Russie du système de paiement international SWIFT, qui est utilisé par les banques du monde entier. C’est ce que certains appellent « l’option nucléaire ».

Le Parlement européen a adopté au printemps une résolution non contraignante appelant à une telle mesure en cas d’invasion de l’Ukraine par la Russie, et les États-Unis en ont discuté avec leurs homologues de l’UE.

Selon CNN, des discussions sont également en cours pour refuser aux producteurs d’énergie russes l’accès aux marchés du crédit en cas d’invasion.

La Russie va émettre une condition intenable pour les USA

Face aux menaces économiques, la Russie ne devrait pas rester inoffensive. Les Américains s’attendent à ce que Poutine leur demande de ne pas intégrer l’Ukraine à l’OTAN. Le président russe pourrait exiger de Biden une garantie contraignante qui « exclura toute nouvelle expansion de l’OTAN vers l’est et le déploiement de systèmes d’armes qui nous menaceraient sur les territoires des pays voisins, y compris l’Ukraine », a déclaré aux journalistes la semaine dernière le conseiller de Poutine pour les affaires étrangères, Yuri Ushakov.

L’Ukraine est demandeuse, l’OTAN pas spécialement sur le court terme. Mais l’Alliance n’exclut pas cette possibilité non plus. Et les Etats-Unis n’ont aucune intention de céder à la condition qui sera sans doute émise par la Russie.

« Les pays membres de l’OTAN décident qui est membre de l’OTAN, pas la Russie. Et c’est ainsi que le processus a toujours été et comment il se déroulera », a prévenu la porte-parole de la Maison Blanche. De son côté, Biden a lui-même fait savoir qu’il « n’acceptera la ligne rouge de personne ».

In fine, les Etats-Unis craignent que la Russie ne se serve de ce refus pour procéder à l’invasion de l’Ukraine. Face à un rejet d’exclure définitivement l’Ukraine de l’OTAN, Moscou trouverait là un bon prétexte pour mettre ses manœuvres en marche.

C’est là que réside toute la complexité de la question, qui est, selon de nombreux observateurs, l’un des – si ce n’est LE – dossiers les plus épineux devant lesquels se trouve Biden depuis son arrivée à la Maison Blanche. La problématique lui tient d’autant plus encore que c’était lui qui, en 2014, alors vice-président, avait été en charge du dossier ukrainien. Qui avait abouti sur l’annexion de la Crimée et qui reste à ce jour comme l’un des épisodes les plus douloureux de la présidence d’Obama.

Au-delà de l’Ukraine, de nombreux autres problèmes sont également sur la table, notamment les cyberattaques et les droits de l’Homme. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que les relations américano-russes étaient globalement dans « un état plutôt désastreux ».

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