L’Allemagne signe une volée de deals pour importer le (controversé) hydrogène bleu émirati

En ce début de semaine, l’Allemagne a signé une série de contrats avec les Emirats arabes unis pour importer de l’hydrogène bleu. Ses mérites climatiques sont pourtant régulièrement mis en doute.

« L’expansion accélérée des chaînes d’approvisionnement en hydrogène est un facteur essentiel de la transition vers une énergie durable ». Par ces mots, le vice-chancelier et ministre allemand de l’Economie et du Climat Robert Habeck s’est félicité de la signature de plusieurs contrats qui verront l’Allemagne importer de l’hydrogène bleu depuis les Emirats arabes unis.

Au total, d’ici 2030, l’Allemagne a l’intention d’utiliser 3 millions de tonnes d’hydrogène « propre » par an. Un chiffre qui pourrait s’élever à 11 millions en 2050. La plus grande partie de cet hydrogène sera importée. Il sera acheminé donc notamment à partir des Emirats arabes unis.

Les premières livraisons de l’hydrogène émirati sont déjà prévues pour cette année, a fait savoir le ministère de Robert Habeck.

Coopérations tous azimuts

Les contrats passés entre l’Allemagne et les Emirats arabes unis sont de nature assez diverses et vont au-delà des simples livraisons d’hydrogène.

L’un d’eux unit la start-up bavaroise de transport d’hydrogène Hydrogenious, la compagnie pétrolière d’État des Émirats arabes unis (ADNOC), la coentreprise japonaise JERA et le géant allemand des services publics Uniper. Ensemble, ils utiliseront la technologie dite des transporteurs d’hydrogène organique liquide (LOHC). Hydrogenious affirme que sa technologie offre un moyen sûr et peu coûteux de stocker et de transporter l’hydrogène en vrac, en liant les molécules d’hydrogène à un liquide ininflammable, ce qui le rend adapté et plus sûr pour le transport et la distribution.

Un autre contrat d’expédition d’hydrogène et de ses dérivés a été signé par ADNOC, la compagnie d’électricité allemande RWE, l’opérateur d’énergie au charbon Steag, le producteur de cuivre Aurubis et une société appelée GEWEC, qui s’est engagée à recevoir les premières expéditions test d’ammoniac bleu. Ce composé gazeux d’hydrogène et d’azote (NH3) est considéré comme un carburant alternatif dans le transport maritime. Un accord au sujet de cet ammoniac bleu a aussi été passé entre ADNOC et l’opérateur logistique du port de Hambourg.

Siemens Energy, Lufthansa, la société émiratie Masdar et d’autres partenaires travailleront aussi à la production du kérosène synthétique « Green Falcon ». Un produit actuellement considéré comme une voie viable pour décarboniser l’aviation.

Il s’agira également pour l’institut de recherche allemand Fraunhofer et le ministère de l’énergie des Émirats arabes unis de coopérer en matière de recherche. Cela se traduira par des conseils pour la stratégie énergétique nationale émiratie, par une aide à la mise en place d’infrastructures de recherche et par des projets communs dans le domaine des énergies renouvelables et des technologies de l’hydrogène appliquées.

Une « propreté » remise en cause

« Les partenariats d’aujourd’hui apportent donc une double contribution : ils renforcent la réalisation de nos objectifs climatiques et, en même temps, notre sécurité énergétique », s’est réjoui le vice-chancelier Habeck.

Notons toutefois que le caractère « propre » de l’hydrogène bleu a déjà été mis en cause dans plusieurs études. Cet hydrogène est produit à partir de combustibles fossiles – du gaz, en l’occurrence – avec capture et stockage du carbone (CSC) pour enfouir les émissions sous terre. Car il est déjà apparu sur des sites de ce type que le processus laissait s’échapper des fuites de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

 Une étude publiée l’an dernier par des chercheurs des universités de Cornell et de Stanford a même révélé que l’empreinte de gaz à effet de serre de l’hydrogène bleu est plus de 20% supérieure à celle de la combustion du charbon pour le chauffage, pourtant considéré comme le combustible fossile le plus polluant.

Les contrats passés entre l’Allemagne et les Emirats arabes unis prévoient toutefois qu’à terme, cet hydrogène bleu soit remplacé par du vert, produit à partir d’énergies renouvelables via électrolyse.

Diversification de l’approvisionnement énergétique allemand

L’annonce de ces accord pour de l’hydrogène émirati survient au lendemain d’un autre deal passé par l’Allemagne dans le Golfe. Celui-ci a vu Berlin annoncer l’accélération de la construction de deux terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) dans le cadre d’un accord énergétique de long terme avec le Qatar.

Plusieurs années de discussions avec Berlin n’avaient, auparavant, pas abouti « à des accords définitifs en raison du manque de clarté sur la place du gaz à long terme dans le bouquet énergétique de l’Allemagne et sur les infrastructures d’importation de GNL requises », a noté le vice-chancelier Habeck. Les deux pays se sont à présent « mis d’accord pour que leurs entités commerciales respectives se réengagent et fassent avancer les discussions sur la fourniture de long-terme de LNG du Qatar à l’Allemagne ».

Enfin, toujours dans ce qui s’assimile à des efforts de l’Allemagne pour diversifier les origines de son approvisionnement énergétique et réduire sa dépendance à l’égard de la Russie, Berlin a annoncé la semaine dernière la tenue de discussions avec la Norvège en vue de la construction d’un nouveau pipeline qui permettra d’acheminer de l’hydrogène vert.

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